05/02/2026
Vous vous souvenez de la semaine cinéma UGC en partenariat avec la CNAM pour faire la promotion au cinéma du dispositif MonSoutienpsy ?
C’était en octobre 2025. Le 8 Octobre 2025 a d’ailleurs eu lieu une soirée promotionnelle du dispositif organisée par la CNAM à l’UGC ciné cité Paris, et les voix discordantes n’y étaient pas conviées.
Le était présent à l’événement pour faire entendre la voix des psychologues français. Voici un extrait vidéo de la prise de Parole de Camille, co fondatrice du Manifestepsy, face au discours de la CNAM.
Comme vous pourrez le constater sur cette vidéo, le dialogue démocratique entre les psychologues et les promoteurs de Monsoutienpsy n’aura pas été possible. Après la prise de parole de Camille, puis les retours de la représentante de la CPAM, Camille a été silenciée : le micro lui a été retiré et elle n’a donc pas pu répondre aux fausses informations qui ont été énoncées par la représentante CNAM face au public.
Nous allons donc y répondre ici, point par point, afin de lutter contre la désinformation constante de la CNAM sur son dispositif.
1/ En Octobre 2025, le site de la CNAM annonçait 6700 psychologues « ayant signé une convention avec l’Assurance Maladie ». Mais encore une fois, « s’être conventionné » et « être aujourd’hui conventionné », ce n’est pas la même chose. Car sur les 6700 psychologues qui se sont conventionnés depuis 2022, combien se sont déconventionnés depuis ? Combien sont malgré tout restés sur les listes de l’annuaire Monsoutienpsy, comme nous le font remonter de nombreux.ses collègues régulièrement ?
Donc ce qu’affirme la représentante de la CNAM est faux : non, il n’y avait pas « plus de 6800 psychologues conventionnés » en octobre 2025. Il s’agit clairement d’une information trompeuse.
2/ Lorsque cette même représentante de la CNAM parle de « 16000 psychologues libéraux pouvant être éligibles à Monsoutienpsy », il est clair que ce nombre n’a aucun sens.
Explications :
- Lorsqu’on regarde les « critères d’admission sur dossier » pour intégrer Monsoutienpsy, on trouve notamment que le psychologue doit posséder « un master de psychologie ou équivalent" ( mais pas un "master de psychologie clinique »)
- il faut « 3 ans d’expérience en psychologie clinique ou en psychopathologie » (la notion d’ « expérience » étant assez floue)
Pas besoin d’être déjà installé en libéral, un psychologue, même issu du public, peut très bien créer sa micro entreprise en deux clics et se conventionner dans la foulée.
- Camille parle, en arrondissant, de « 80000 psychologues en France », mais le chiffre exact est 88647 psychologues recensés par la DREES en janvier 2023. Tous ces psychologues ont donc leur diplôme depuis 3 ans en octobre 2025, et peuvent postuler à Monsoutienpsy.
De par les critères de sélection, l’ensemble des 88647 psychologues recensés en 2023 sont potentiellement éligibles à Monsoutienpsy et la CNAM ne peut donc que donner un chiffre fantaisiste quand elle évoque seulement 16000 psychologues "éligibles".
Un chiffre qui est évidemment 5.5 fois inférieur au chiffre réel afin de masquer le boycott massif de Monsoutienpsy par la profession.
3/ Non, contrairement à ce qui est affirmé par la représentante de la CNAM, Monsoutienpsy n’est pas « complémentaire » aux CMP.
Le dispositif Monsoutienpsy sert malheureusement de prétexte pour vider les CMP de leurs pratiques.
Des collègues psychologues ont notamment pu nous témoigner du fait que, sous pression des ARS, certains chefs de pôle, chefs de service ou même cadres supérieurs de santé, leur demandaient en CMP de raccourcir drastiquement la durée de leurs prises en charge. Par exemple, ne recevoir les patients seulement que quelques mois maximum, pour finir par ne plus faire que de l'accueil, de évaluation et de l’orientation.
On ose leur dire : "pour la psychothérapie désormais, il y a Monsoutienpsy".
Une orientation vers Monsoutienpsy ? Un dispositif qui n’est que du soutien, au mieux de la prévention, sur 12 séances, en aucun cas de la psychothérapie. Nous rappelons ici l’évidence : les patients nécessitant une réelle prise en charge psychothérapique ne peuvent pas être pris en soin via ce dispositif de soutien/prévention.
4/ Même si on acceptait de reprendre le chiffre avancé faussement par la CNAM de « 6700 psychologues ayant signé une convention » (qui n’est pas le chiffre actuel de conventionnés puisque les déconventionnés ne sont pas retirés), et qu’on le compare aux 88647 psychologues potentiellement éligibles à ce dispositif, le calcul est simple :
6700 divisé par 88647 et multiplié par 100, cela fait 7.5% de psychologues conventionnés sur l'ensemble des psychologues potentiellement éligibles.
On est alors en mesure d’affirmer que oui, il y a toujours 92.5% de psychologues qui ne sont pas conventionnés dans le dispositif Monsoutienpsy : le dispositif CNAM est donc bien un flop !
En plus d’être un échec cuisant, le dispositif Monsoutienpsy est un total gâchis d'argent public car si on s’en tient aux chiffres de la CNAM et aux montants des budgets alloués à ce dispositif depuis sa création, il a été dépensé plus de 500 millions d’euros dans Monsoutienpsy. Autant de millions d’euros pour ne prendre en charge (sans que cela soit de la psychothérapie) 2.19% de la population française en souffrance psychique par an.
Là aussi le calcul est simple, Frank Bellivier, ex-délégué ministériel à la santé mentale, parle dans son bilan de Monsoutienpsy, d'1 million de personnes prises en charge par le dispositif en 3 ans et demi. Cela fait donc 285700 personnes prises en charge par an.
Selon le ministère de la santé, il y aurait 13 millions de personnes en souffrance psychique en France.
Donc 285700/13000000 x 100 = 2.19% de français en souffrance psychique pris en charge par Monsoutienpsy par an.
Pour les plus de 500 millions de budget, il suffit d'additionner les 50 millions de 2022, les 100 millions de 2023, les 170 millions de 2024 et, au grand minimum, 200 millions d'euros en 2025 (sur les 600 millions d'euros attribués à la "grande cause de la santé mentale").
Le passage de 8 à 12 séances en 2024 et la pub tonitruante pour le dispositif par la CNAM en 2025, laissent à penser qu'on est bien au dessus des 200 millions en 2025 selon toute vraisemblance.
En conclusion : lorsque la CNAM fausse les chiffres pour faire croire à un succès du dispositif, il nous paraît essentiel de venir remettre de l’ordre dans les chiffres. Nous démontrons ici clairement que le dispositif est un échec.
Le boycott fonctionne et il doit continuer afin de lutter contre la destruction du soin psychique pour tous dans le public, et la mise sous tutelle de notre profession par la CNAM.
Nous exigeons un véritable dialogue avec les décideurs du Ministère de la santé afin d'élaborer des solutions alternatives cohérentes. Le Manifestepsy avait déjà soumis 18 propositions concrètes dans son rapport, afin d’intégrer et offrir une place adéquate aux psychologues français dans le système de soins en France. Des propositions que le Ministère de la santé n’a toujours pas décidé d’adopter. Seul l'échec de Monsoutienpsy, du fait de son boycott massif, obligera les décideurs à offrir une véritable place aux psychologues dans le système de santé français, sans nous contraindre à une paramédicalisation forcée.