01/09/2025
Il y a des histoires qui se déposent dans mon cabinet.
Des histoires qu’aucun être humain ne devrait porter.
Elles parlent du viol, du corps sali, de l’âme écrasée.
Elles parlent de la peur qui s’installe jusque dans les os, de la honte plantée comme une écharde, de la solitude qui dévore les nuits.
Elles parlent des femmes qui ont dû fuir, en pleine nuit, enfants serrés contre elles, pour échapper au père, à l’oncle, au bourreau.
Elles parlent de la violence reçue, du silence imposé,
du vide qui creuse à l’intérieur.
Je les écoute.
Je recueille ces mots comme on recueille des éclats de verre. Je les tiens dans mes mains, même si parfois ça coupe, même si parfois ça brûle.
Et le soir, quand je quitte ma blouse de thérapeute,
je sens la colère. Oui, j’ai la haine.
Parce qu’il y a des crimes qui n’ont pas de justification.
Parce qu’il y a des douleurs qu’aucune parole ne devrait effleurer.
Quelle est le problème des hommes ?
Pourquoi tant de corps abîmés, tant de vies piétinées ?
Alors oui, il faut être féministe quand on accompagne.
Parce que la douleur a souvent le visage des femmes.
Parce que les blessures qu’elles portent sont le reflet d’un monde qui les trahit encore et encore.
Mais au milieu de cette obscurité, je vois aussi une lumière. Une force inouïe. Un courage qui ne dit pas son nom. Une braise qui ne s’éteint pas.
Elles reviennent malgré tout. Elles survivent. Elles se lèvent. Et parfois, elles guérissent.
C’est cela que je garde au fond de moi : la certitude que même dans les corps salis,même dans les âmes écrasées, quelque chose résiste, quelque chose respire encore et appelle à vivre.