01/04/2026
LE COIN DE L’APOTHICAIRE : épisode 54
Au détour d’une promenade peut-être vous arrivera t-il de croiser un bien singulier arbre que vous prendrez de prime abord pour un robinier faux-acacia, mais alors en version furie. En effet, on ne joue pas dans la même catégorie ; abordons donc cet « épineux » sujet et faisons connaissance avec le piquant févier d’Amérique.
Également appelé févier épineux, févier à 3 pointes ou acacia à 3 épines, Gleditsia triacanthos désigne un arbre pouvant atteindre 40 mètres de haut dans son habitat sauvage, le centre et l’est des États Unis d’Amérique. On le rencontre parfois dans nos jardins d’Europe depuis son introduction en Angleterre vers 1700. Mais ce n’est pas son port majestueux qui constitue sa caractéristique la plus remarquable ; pas plus que son bois dur et imputrescible utilisé pour fabriquer des traverses de chemins de fer ; ni ses grandes gousses (jusqu’à 45 cm de long) couleur acajou, très décoratives, dont la pharmacopée africaine utilise la pulpe douce et sucrée pour traiter certaines affections respiratoires ou ses graines, ressemblant à de petites fèves d’où son nom français, et qui constituent un succédané du café une fois torréfiées.
Rien de tout cela : ce qu’il y a de plus impressionnant chez lui et qui saute aux yeux instantanément, ce sont ses très très longues, robustes et redoutables épines acérées, capable d’infliger de terribles blessures à l’inconscient qui voudrait s’y frotter de trop prêt ; uniques en leur genre dans le règne végétal, elles peuvent avoir jusqu’à 20 cm de longueur et sont présentes sur tout l’arbre, en particulier sur son tronc où, dirigées vers le bas, elles sont une protection absolue contre les chevreuils ou les cerfs , bien incapables d’attaquer son écorce. On peut remarquer que triacanthos vient du grec et signifie « à 3 épines », en raison justement de ces épines présentant 2 petits dards latéraux tels les ardillons d’un hameçon.
Ces épines sont tellement dures et résistantes qu’elles furent utilisées autrefois pour remplacer les clous, en particulier chez les indiens d’Amériques, pour clouer les plaques d’écorce sur leurs canoës.
Petit conseil, avant de vous approcher trop prêt d’un spécimen pour mieux l’observer, vérifier qu’il n’y a pas une de ses branches mortes tombée à terre dessous, car si vous y marchez dessus et à moins d’avoir des chaussures de sécurité à semelle d’acier, les épines du févier pourraient bien traverser votre chaussure comme si de rien n’était, un peu à l’image d’un pneu de voiture roulant sur une herse. Ce conseil est aussi valable si vous voulez étaler dessous votre couverture de pique-nique !
Le mois prochain, l’histoire d’un bâton sucré...
Curiositophil