01/03/2026
LE COIN DE L’APOTHICAIRE : épisode 53
Dès le 19ème siècle et jusqu’à la fin des années 1960, lorsque les mineurs descendaient dans les entrailles de la terre pour extraire le charbon, ils emmenaient souvent avec eux un oiseau en cage (souvent un canari) . Besoin de compagnie ? Envie de profiter de son chant ? Cherchons la raison de la présence de ce précieux petit auxiliaire des mineurs.
Coupons court à toute supputation, le petit volatile n’était là ni pour la beauté de son plumage ni pour son chant mélodieux mais comme détecteur d’un pernicieux tueur silencieux présent dans les galeries : le monoxyde ce carbone.
De formule chimique CO, c’est un gaz incolore, inodore et sans saveur ; sa densité de 0,97, proche de celle de l’air facilite sa dilution dans l’atmosphère des galeries. Il est très toxique en empêchant le transport de l’oxygène dans le corps humain et cela à très faible concentration ; en effet, des symptômes de maux de tête, vertiges, nausées, fatigue apparaissent dès 0,02 % de CO dans l’air, la perte de connaissance immédiate et le décès en 1 à 3 minutes survenant dès 1,28 %.
Dans les mines, ce gaz est produit par l’échauffement spontané et la combustion incomplète du charbon entraînant son oxydation, dans les endroits où il y a une faible circulation d’air.
Et c’est là qu’intervient notre petit oiseau ; bien plus sensible que les êtres humains à ce gaz en particulier en raison de son rythme respiratoire élevé, il servait d’alarme quand les émanations de monoxyde de carbone se faisaient menaçantes : dès qu’il s’agitait, battait des ailes, s’arrêtait de siffler voir s’évanouissait, cela signifiait que le gaz était présent et les mineurs devaient remonter au plus vite à la surface.
Ainsi la plupart des mines élevaient leurs propres canaris. Ces oiseaux étaient d’ailleurs fort populaires auprès des mineurs qui avaient même des mini bouteilles d’oxygène pour réanimer leur petit compagnon en cas d’évanouissement.
Par contre, les oiseaux ne sont pas sensibles à un autre gaz encore plus redouté des mineurs : le méthane (de formule chimique CH4) alias grisou, formé durant le processus de houillification et enfermé dans les microfissures des couches de charbon. Hautement inflammable et surtout très explosif, il est à l’origine du fameux coup de grisou responsable de tant de catastrophes dans l’histoire de l’extraction du charbon.
A partir des années 1970, les alarmes électroniques ont progressivement pris le relai des oiseaux, et ce sont les canaris qui respirent!
Le mois prochain, l’histoire d’un arbre qui ne manque pas de piquant...
Curiositophil