25/02/2026
A-t-on vraiment besoin de compléments alimentaires ?
Comme leur nom l’indique, ils sont conçus pour compléter une alimentation déjà équilibrée, et non pour la remplacer ou assurer des performances. Ils peuvent stimuler le système immunitaire, lutter la fatigue passagère, le stress, la déprime, les douleurs articulaires, favoriser le sommeil...
Les compléments alimentaires connaissent un engouement en pharmacie, en parapharmacie, ... On en parle avec :
- Dr Guillaume Fond, auteur de “Compléments alimentaires & santé mentale” (Flammarion), psychiatre, docteur en biologie cellulaire et moléculaire, chercheur en psychonutrition
- Pr Boris Hansel, endocrinologue-nutritionniste à l’Hôpital Bichat (AP-HP)
- Pr Sabrina Boutefnouchet, pharmacienne, enseignante-chercheuse en pharmacognosie, maîtresse de conférences à l'Université Paris Cité.
Rappellons les recommandations de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pour limiter les risques avec les compléments alimentaires :
- Demander conseil à un professionnel de santé
- Éviter les prises prolongées, répétées ou multiples
- Respecter les conditions d'emploi
- Être vigilant face aux produits présentés comme miraculeux
- Privilégier plutôt les produits vendus dans des circuits les mieux contrôlés.
Un vide réglementaire, mais une évaluation scientifique scrupuleuse
Si la frontière entre "supplément" et "traitement thérapeutique" est bien plus ténue et poreuse qu'on le pense, la pharmacienne Sabrina Boutefnouchet commence par souligner l'absence de garanties de sécurité strictes au départ concernant les suppléments alimentaires : "Un complément alimentaire, contrairement aux médicaments, est enregistré sur une base déclarative. Donc les fabricants vont déclarer des produits avec la composition de leurs produits et n'ont pas du tout de dossier qualité. On n'a pas du tout, comme un produit de santé, médicament ou cosmétique, un dossier informations produit avec une partie sécurité". À cela le Pr Boris Hansel ajoute qu'à partir du moment où "les substances des compléments font l'objet d'une évaluation scientifique, elles passent ensuite dans la catégorie médicaments pour lesquels on a un rapport bénéfice-risque favorable, une indication précise et où finalement, on va dire qu'on peut utiliser ces produits".
Pallier les carences alimentaires : un enjeu de santé publique ?
Si la réglementation interroge, les carences de la population française sont, elles, bien réelles, expliquent nos intervenants. Pour certains, le recours aux compléments devient une nécessité pour nous complémenter. Le Dr Guillaume Fond souligne le déficit important en nutriments essentiels, notamment les oméga-3 : "Ce qui est très bien démontré par des études épidémiologiques internationales, c'est que 80 % de la population mondiale manque d'oméga 3 de type DHA-EP. La bonne nouvelle, c'est que les chiffres de la France se sont améliorés, mais que ça ne vient pas de la consommation de poisson, ça vient de la consommation de compléments alimentaires". Une nécessité confirmée par la pharmacienne Sabrina Boutefnouchet, qui s'appuie sur des données épidémiologiques précises : "Les carences en vitamine D, fer et folates chez les femmes sont confirmées par les enquêtes, donc il y a nécessité de supplémenter, à travers des compléments alimentaires ou son alimentation, du moins enrichir ses apports est nécessaire".
Attention aux pièges de l’automédication
Cependant, prendre des compléments n'est pas un acte anodin. Entre les produits surdosés et l'absence de diagnostic médical, les consommateurs s'exposent potentiellement à des dangers parfois ignorés, particulièrement lors de périodes charnières comme la ménopause. Le Dr Guillaume Fond alerte sur les dosages excessifs que l'on retrouve couramment dans le commerce, notamment pour le zinc : "Il vaut mieux une supplémentation modérée au long cours que de grosses méga doses sur des périodes très courtes, ce qui est pratiqué actuellement dans beaucoup de compléments alimentaires".
Enfin, le Pr Boris Hansel rappelle l'importance capitale et systématique d'un avis médical pour ne pas masquer une pathologie plus grave : "Le risque d'une auto prescription de compléments alimentaires ou de prendre des compléments sur le conseil d'une telle ou d'un tel, c'est de passer à côté d'un diagnostic validé".
Idées reçues sur les compléments
Dans son travail "Compléments alimentaires & santé mentale" (Flammarion), le psychiatre Guillaume Fond revient sur quelques idées reçues:
Les compléments alimentaires sont inutiles, on trouve tout ce dont on a besoin dans une alimentation équilibrée et variée ? "Faux".
Avec les compléments alimentaires plus besoin de médicaments ? "Faux, on arrête pas les médicaments. Il faut toujours prendre l'avis de son médecin prescripteur pour arrêter un médicament. Surtout, les études scientifiques montrent que les deux ensemble sont plus efficaces que chacun séparément"
Les compléments alimentaires, c'est de l'effet placebo : "Faux"