11/12/2025
Certaines personnes croient encore, à tort, qu’une femme puissante se reconnaît à sa capacité à se battre.
Ils ne savent pas que certaines n’ont plus besoin de lever la voix :
elles déplacent le destin en retirant leur énergie.
Ce monde a enseigné que la force fait du bruit.
Mais les femmes qui marchent entre les mondes savent une autre loi, une loi qui ne s’inscrit pas dans les livres mais dans la moelle des os :
le silence d’une femme alignée est un séisme métaphysique.
Certaines portent en elles des architectures entières, des cathédrales de présence, des lignes telluriques de conscience.
Elles vibrent comme les forêts anciennes — immobiles en surface, mais animées d’une force souterraine qui déplace les plaques de son propre destin.
Elles soutiennent les êtres, les lieux, les relations,
comme on soutient un temple fragile avec la seule courbe de son souffle.
Leur énergie est une charpente invisible : on ne la voit pas, mais sans elle tout se fissure.
Et quand elles se retirent, ce n’est jamais un caprice.
C’est un rite.
Une réclamation d’âme.
Un rappel du cosmos envoyé directement dans leur sternum.
Elles se retirent quand le discernement devient plus tranchant que l’amour.
Quand la loyauté envers soi-même dépasse toutes les fidélités offertes aux autres.
Quand la dignité sonne plus fort que les attachements, même les plus aimés.
Quand elles voient, avec une lucidité implacable, la vérité nue derrière les discours, derrière les gestes, derrière les illusions.
Alors elles coupent.
Proprement.
Net.
Sacralement.
Elles retirent leur chaleur — ce feu qui soutenait, rassurait, dynamisait.
Elles retirent leur clairvoyance — cette vision qui éclairait les angles morts des autres.
Elles retirent leur magnétisme — ce champ gravitationnel qui maintenait les histoires cohérentes.
Et soudain, l’édifice s’effondre.
Pas parce qu’elles l’ont détruit.
Mais parce que cet édifice n’avait jamais existé sans elles.
Leur lumière tenait tout.
Leur constance apaisait tout.
Leur présence soutenait ce qui n’aurait jamais dû reposer sur leurs épaules.
Elles se retirent, et ce qui restait debout par habitude s’écroule par vérité.
C’est là qu’on reconnaît la puissance.
Pas dans la bataille, pas dans les confrontations, pas dans les éclats.
Mais dans ce geste souverain, presque inaudible : je retire mon souffle,
et tu fais enfin face à ta propre ombre.
Ce retrait n’a rien d’un abandon.
C’est une consécration.
C’est la mise à nu d’une mécanique énergétique que peu comprennent :
l’énergie suit la conscience, et leur conscience ne se dilue plus.
Elles savent que leur présence est une bénédiction rare.
Qu’elles ne sont pas faites pour maintenir artificiellement en vie des royaumes en ruine.
Qu’elles ne sont pas venues ici pour épargner les egos, mais pour honorer leur axe.
Elles partent comme on ferme un portail :
fermement, lumineusement,
avec une précision qui ne tremble pas.
Leur absence devient un miroir où chacun se voit non pas comme il se raconte, mais comme il est réellement.
Ce n’est pas une vengeance.
C’est une révélation.
Parce que quand une femme qui porte la nuit et l’aube dans la même poitrine choisit de se retirer, elle ne fuit pas.
Elle rétablit l’ordre cosmique.
Elle reprend son trône intérieur.
Elle marche vers elle-même avec la lenteur majestueuse d’une marée qui ne demande jamais la permission de revenir.
Son départ n’est pas un point final.
C’est une onde.
Une onde qui traverse les murs, les corps, les mémoires, et révèle la fragilité de ce qui ne tenait que grâce à elle.
Et ceux qui n’ont jamais compris la valeur de son énergie
prennent soudain la mesure de leur propre poussière.
Parce qu’en vérité…
Une femme souveraine ne combat pas.
Elle se retire, et les royaumes qui n’étaient pas dignes d’elle s’effondrent sous leur propre poids.
Corinne De Leenheer
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