10/03/2026
Le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, je n’ai rien publié.
Ce silence n’était pas un oubli.
Il venait d’un malaise face à l’écart que je constate régulièrement, dans ma pratique de psychanalyste, entre les discours publics de soutien aux femmes victimes de violences et ce que certaines d’entre elles traversent concrètement.
Je viens d’ailleurs de terminer la série L’affaire Laura Stern. Elle met en lumière, de manière assez juste, les limites auxquelles le système peut se heurter face aux violences : des alertes qui ne trouvent pas toujours de réponse, des procédures qui s’enlisent, des responsabilités qui restent longtemps sans être nommées.
Dans mon cabinet, je reçois des femmes qui ont subi des violences conjugales sous toutes leurs formes. Certaines (environ 15%) ont franchi une étape extrêmement difficile : déposer plainte. Cela suppose de sortir du silence, de raconter les faits, et de faire confiance à l’institution pour que la responsabilité soit reconnue.
Sur le plan psychique, cette démarche est essentielle. Elle permet souvent de remettre la responsabilité de la violence du côté de l’agresseur, et non plus du côté de la victime.
Mais il arrive trop fréquemment (environ 8 fois sur 10) que la réponse judiciaire tarde pendant des années, ou qu’elle prenne la forme d’un classement sans suite. Pendant ce temps, ces femmes vivent avec l’incertitude, parfois la peur, et le sentiment que leur parole n’a pas réellement trouvé d’écho.
Dans le travail thérapeutique, nous tentons de restaurer une place pour leur parole et de déplacer la culpabilité qui les habite souvent. Lorsque les institutions reconnaissent les faits et nomment les responsabilités, ce processus peut être profondément soutenu.
Lorsque ce n’est pas le cas, cela laisse des traces.
La lutte contre les violences faites aux femmes ne se joue pas seulement dans les prises de parole symboliques. Elle se joue aussi dans la capacité de notre société à répondre réellement à celles qui ont déjà trouvé le courage de parler.
Au sein de l'association Femmes Debout, Audrey, l'une des adhérentes, est en difficulté : son mari, pourtant sous mesure d'éloignement, est venu la menacer. ...