26/05/2026
A lire certains jugements, parfois extrêmement violents, tant sur la fin de vie, l'IVG, la violence faite aux enfants, aux femmes et à certains hommes, je me dis que nous, soignants, à force de vouloir vous protéger en taisant l'inhumanité que l'on cotoye parfois, nous participons à vous maintenir dans une forme de dénégation, nourrissant ainsi le tabou. Bien sûr qu'on aime vous raconter Marie qui est enfin en rémission de son cancer et quitte enfin son mari violent. Bien sûr qu'en foyer de l'enfance, le jour de l'adoption de Jessica nous avions tous la larme à l'oeil de la savoir en sécurité. Bien évidemment que j'ai été émue que Sophie, en soins palliatifs, puisse dire adieu à ses proches sans douleur physique et s'en aller doucement. Bien sûr que l'essentiel des médecins, les infirmiers, les aides-soignants, les psychologues hospitaliers, les personnels des foyers de l'enfance etc... se réjouissent quand tout se passe aussi bien mais il arrive, heureusement moins souvent mais encore trop souvent, que rien ne se passe comme prévu, que le pire se présente à nous, qu'il faut être là, encaisser aussi et que certaines situations qu'on ne vous raconte pas nous hantent toute notre vie. Faut-il vous raconter l'arrivée de Marc, enfant sauvage de 3 ans, ayant subi le pire et à qui il a fallu tout apprendre y compris que l'humain peut être bienveillant? Que dire de Chloé, 1 an, violentée ? Faut-il vous raconter l'agonie de Stéphane, 30 ans, qui hurlait de douleur car rien ne pouvait soulager la tumeur qui compressait son cerveau, le défigurait et qui suppliait qu'on mette fin à cette torture? Que dire à Yolande, qui a subi l'inceste et qui ne parvient pas à sortir de ce traumatisme, son père n'ayant pas été jugé coupable? Que dire à Frédéric, agressé sexuellement enfant en colonie de vacances et dont l'affaire de Betharram vient soudain raviver ce traumatisme jusque là enfoui en lui?
Ne jugez pas sans savoir, ne critiquez pas ceux qui ne pensent pas comme vous, n'ont pas les mêmes vécus que vous. Si certaines personnes ont besoin de 10 ans, 20 ans pour oser enfin dénoncer les ignominies subies c'est que les traumatismes sont souvent si extrêmes que l'esprit voudrait oublier, que la honte force au silence, que justement vos "elle aurait pu se débattre" alors que le choc était tel que son corps s'est figé pendant ce viol... "Il aurait dû refuser cette fellation" alors qu'il n'avait que 11 ans et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. "Est-ce qu'elle invente pas cette agression" alors qu'on sait que 98% des enfants racontent la vérité et presque autant les adultes. Toutes ces réflexions blessent, isolent, renforcent les traumatismes. Pourquoi trop souvent douter de la parole des victimes en protégeant les agresseurs qui nient, eux, forcément? Trop facile de faire comme si tout cela n'existait pas, tellement injuste pour toutes les victimes, hélas si nombreuses. Si je prône amour et bienveillance, je sais, cela peut paraître naïf et pourtant, avec tout ce que j'ai vu d'inhumanités sordides, ce que j'ai vécu aussi, je crois que les victimes de violences, ceux qui demandent à choisir leur fin de vie etc...ont plus que jamais besoin de toute notre compassion, de tout l'amour que nous pouvons leur donner.
Pour ceux qui m'ont traitée dernièrement sur l'un de ces sujets abordés de "nazie" entre autres, sachez que je vous bloque sans hésitation et que des dépôts de plaintes suivent.
Valérie Sugg