31/12/2025
Une petite réflexion de bon matin afin de vous accompagner vers cette nouvelle année dans quelques heures :
Faits, valeurs et normes : un éclairage précieux pour la thérapie narrative
On entend souvent qu’en thérapie, il faudrait s’en tenir aux faits et laisser les valeurs de côté, au nom de la neutralité. Mais cette séparation, en apparence évidente, ne résiste pas à l’analyse.
Le philosophe britannique Robert Ellis (philosophe Britannique contemporain à ne pas confondre av. le Dr Ellis dt je parle souvent en séance). soutient une thèse centrale en philosophie contemporaine : Les faits et les valeurs sont imbriqués, enchevêtrés, mutuellement dépendants.
Autrement dit, il n’existe pas :
de faits totalement neutres, indépendants de toute grille de lecture, ni de valeurs qui flotteraient hors sol, sans lien avec une certaine manière de décrire le réel.
UN POINT CLÉ POUR LA CLINIQUE
En thérapie narrative, on observe très souvent que la souffrance ne vient pas seulement des événements vécus, mais de normes intériorisées qui se présentent comme des évidences :
« C’est normal de… »
« Je devrais… »
« C’est comme ça dans la vie »
Ces normes apparaissent comme des faits, alors qu’elles sont en réalité porteuses de valeurs implicites, socialement et culturellement situées.
LE TRAVAIL DE DÉMÊLAGE
Il consiste alors à :
- Rendre visibles ces valeurs cachées dans les récits dominants, distinguer ce qui relève d’un fait vécu de ce qui relève d’une norme intériorisée, et rouvrir un espace de choix là où tout semblait figé ou obligatoire.
- Dans cette perspective, la thérapie narrative devient un travail de clarification éthique : surtout ne pas dire aux personnes quelles valeurs adopter, mais leur permettre de reprendre la main sur celles qui orientent leur vie.
UNE NEUTRALITÉ LUCIDE
La pensée de Robert Ellis soutient une posture clinique précieuse : Reconnaître que toute relation thérapeutique s’inscrit déjà dans un champ de valeurs, tout en accompagnant les personnes à reconfigurer librement les leurs.
UNE POSTURE DÉCENTRÉE MAIS JAMAIS NEUTRE !
Cette compréhension des faits et des valeurs éclaire directement la posture décentrée mais influente, si centrale en thérapie narrative.
Le thérapeute narratif ne prétend pas occuper une position neutre ou extérieure aux valeurs : il sait que toute écoute, toute question, toute reformulation s’inscrit déjà dans un champ axiologique.
Être décentré, ce n’est donc pas s’effacer, ni suspendre toute valeur — ce serait illusoire.
C’est refuser d’imposer ses propres normes comme allant de soi, tout en restant attentif aux effets des normes dominantes qui traversent le récit de la personne.
UNE INFLUENCE QUE J'ESPÈRE ÉTHIQUE AU SERVIE DE LA PERSONNE :
L’influence du thérapeute se situe alors ailleurs : dans le choix des questions qui permettent de remettre en question l'évidence, dans la mise en lumière de ce qui a été présenté comme “normal” ou “naturel”, dans l’ouverture d’un espace où les valeurs implicites peuvent être nommées, interrogées, reconfigurées.
Dans cette perspective, la thérapie narrative n’impose pas de nouvelles valeurs, elle crée les conditions pour que la personne se repositionne éthiquement, en devenant davantage auteure de son propre récit, plutôt que simple héritière de normes incorporées.
**********************************
La posture décentrée mais influente reconnaît ainsi une chose essentielle : accompagner, c’est toujours déjà influencer, mais influencer n’est pas diriger, c’est soutenir la liberté de sens.
***********************************
BONNE ANNÉE À TOUS !