20/01/2026
🟦LE NARCISSISME
Le narcissisme ne naît pas de l’amour de soi. Il naît de l’insécurité. D’un vide intérieur qu’on tente de remplir avec des regards, des likes, de la validation. De l’extérieur, tout semble solide : assurance, confiance affichée, posture maîtrisée. À l’intérieur, c’est souvent l’inverse. Une peur sourde de ne pas être assez. De ne pas compter. Et cette peur pousse à construire une façade.
L’estime de soi, elle, ne fonctionne pas comme ça. Elle ne dépend pas du regard des autres. Elle ne se négocie pas. Elle se construit dans le silence, dans la cohérence entre ce que tu ressens, ce que tu penses et ce que tu fais. Elle vient de l’intérieur. Pas d’un miroir. Pas d’un public. Pas d’une approbation extérieure.
Le narcissisme cherche à prouver. L’estime de soi n’a rien à démontrer. L’un a besoin d’être vu pour exister. L’autre existe même quand personne ne regarde. C’est une différence fondamentale, mais souvent invisible, surtout dans une société qui confond confiance et mise en scène.
Nous vivons à une époque où le narcissisme est encouragé, presque récompensé. Tout pousse à se montrer, à se comparer, à se vendre. On apprend très tôt à construire une image, pas une base intérieure. À optimiser l’extérieur, en négligeant l’essentiel. Et plus on se tourne vers l’extérieur, plus on s’éloigne de soi.
Le problème, c’est que cette logique s’infiltre partout. Même chez ceux qui pensent travailler sur eux. Même chez ceux qui parlent de développement personnel. Sans s’en rendre compte, on peut nourrir son propre narcissisme en cherchant constamment à être validé pour sa “progression”, sa “guérison”, sa “conscience”.
À force de se regarder à travers les yeux des autres, on perd le contact avec ce qu’on ressent vraiment. On ajuste. On corrige. On joue un rôle. Et petit à petit, on confond reconnaissance et valeur personnelle. Ce glissement est subtil, mais il est réel.
Le narcissisme n’est pas toujours bruyant. Il peut être discret, bien habillé, spirituel même. Mais sa racine reste la même : l’insécurité. L’estime de soi, elle, ne cherche pas à briller. Elle cherche à être juste. Alignée. Authentique, même quand ce n’est pas flatteur.
Revenir à soi, c’est arrêter de demander au monde de nous dire qui l’on est. C’est accepter de se rencontrer sans filtre, sans public, sans applaudissements. Et c’est souvent à cet endroit précis, loin du regard extérieur, que l’estime de soi commence réellement à naître.