07/02/2026
Je propose en début de Carême 2 sessions de chemin thérapeutique et spirituel chrétien à travers la sculpture de la pierre (aucune compétence préalable requise), en Dordogne puis vers Lille. Vous trouverez ci-dessous les liens pour les détails pratiques, et un texte sur mon parcours, l'esprit de cette approche, et la proposition de ces deux sessions.
Au plaisir de vous y accueillir !
* « Entrer dans le dépouillement de nos opacités » (pierre et argile), Centre Sainte-Croix (Dordogne) du 25 février (soir) au 1er mars : https://centresaintecroix.net/calendrier-des-sessions
* « Ouvrir nos cœurs de pierre » (pierre tendre), Centre du Hautmont (Lille) les 7 et 8 mars : https://www.hautmont.org/propositions/sculpture-et-interiorite/du-samedi-7-mars-2026-a-09h00-au-dimanche-8-mars
Anne-Elodie Meunier pratique depuis l’adolescence la sculpture de l’argile, de la pierre et du bois comme chemin d’incarnation, de guérison psychologique, de croissance spirituelle, et y accompagne depuis 27 ans, dans une approche nourrie à la fois de sa pratique intuitive, et de ses études de philosophie, histoire de l’art et anthropologie, psychologie et théologie (École Normale Supérieure, doctorat).
Dans ses sessions de « Sculpture intérieure », elle invite, autour de thèmes éclairant différents aspects de ce chemin, à aborder la matière à la fois comme portion de la nature, de la Création, où s’inscrit le Logos divin, auquel elle nous permet de nous relier à travers elle ; et comme un symbole concret, un miroir de nos humanités, de nos âmes et de nos corps.
Un miroir qui nous parlera à travers les associations qui résonneront pour chacun, à un moment donné, de chaque matériau, argile, pierre ou bois (l’argile d’Adam le glaiseux ou la terre qui nous accueille, le bois de nos lignées ou celui de la Croix...), et de leurs caractéristiques physiques, renvoyant à des émotions, des modes relationnels (le rouge de nos entrailles ou d’une colère, la froideur d’un environnement ou d’un corps privé de vie, la résistance à l’adversité ou à l’amour…).
Les gestes, également, seront habités, et écoutés, comme à la fois extérieurs, sur la matière, et intérieurs, sur notre âme, qu’ils permettront, par la prière, de laisser être révélée en ses mouvements intimes, et être remaniée par l’Esprit, dans une synergie divino-humaine. On lissera des aspérités de caractère, on tranchera entre des parts de soi, ou entre soi et l’autre, on ouvrira des parties resserrées de son être…
Et les formes qui émergeront, ou s’imposeront d’emblée, et pourront évoluer au fil du travail, ne seront pas le but final – il ne s’agira pas avant tout de produire des œuvres – mais manifesteront des attitudes, mémoires, figures spirituelles, qui demandent à être vues ou écoutées sur ce chemin.
Les sessions « Entrer dans le dépouillement de nos opacités » et « Ouvrir nos cœurs de pierre » proposeront, en début de Carême, de travailler la pierre, et dans la première secondairement l’argile, notamment l’argile sèche.
Le Carême est en effet une temps de l’année où nous sommes invités à parcourir les lieux pierreux de nos cœurs (Ezechiel 36), coupés de la Source de vie, de l’écoute du Verbe divin, les déserts pétrés, endurcis, parfois comme le diamant (Zacharie 7), les lieux de nos tentations.
Où nous devons faire face aux lourdes pierres – défenses, blindages, par lesquels nous avons tenté de colmater nos manques et de protéger nos blessures – qui enferment dans des tombeaux, parfois à notre insu, notre vulnérabilité vivante, notre capacité de contact vrai avec l’Autre et les autres.
Où nous devons regarder l’accumulation de petits gravats, mécanismes de diversion ou de contrôle, fausses croyances, sous lesquelles nous l'avons enfouie, avons rempli le puits, obstrué la Source.
Ces sessions inviteront donc, en travaillant la pierre, à rencontrer ce qui nous maintient, dans certains pans de notre existence, sur certains plans, à un certain degré, dans des formes de mort intérieure, ce qui nous rend opaques à la vie, à la rencontre de l’autre, de la présence spirituelle au cœur de nous et à l’extérieur.
Elles proposeront de laisser l’Esprit, comme une baguette de sourcier, révéler le désir jaillissant, enfoui dans les profondeurs. (Il y a beaucoup d’eau dans le désert, mais en profondeur. Et pour la trouver, il faut donc creuser. Le désert est le lieu qui nous amène à creuser en nous, à aller en profondeur, au-delà de ce qui est desséché, pour y découvrir la Source d’eau vive. Sans le désert, il y aurait le risque de rester à la surface.)
Puis de s’allier à Lui pour ouvrir des brèches dans les pierres massives. Les briser afin de les rendre moins lourdes, moins étanches. Dégager morceau par morceau les gravats qui encombrent.
Cela pourra conduire à se heurter, en chemin, aux pierres d’achoppement qui se dressent devant nous quand nous refusons ou cessons d’écouter dans notre action la Parole, quand nous entendons seulement la voix, que nous divinisons faussement, des idoles de pierre (nos idéaux narcissiques, ou ceux du monde détourné de Dieu) que nous avons mises dans nos cœurs, placées devant notre face (Ezechiel 14), qui aimantent nos projets et la conduite de notre vie – comme de croire que devenir juste se fera essentiellement par nos œuvres et nos propres efforts (Romains 9) – et qui nous font chuter, nous font retomber dans nos morts (Jérémie 6).
Et le chemin pourra conduire à toucher, en profondeur, la pierre de fondement, le rocher de l’Éternel ou du Christ, sur lequel nous pouvons prendre appui sans avoir plus besoin de fuir, de nous protéger (Esaie 28), et nous édifier comme des pierres vivantes, pour former une maison spirituelle (1 Pierre 2).
Ce chemin est celui d’une vie, et à une échelle moindre, le parcours spécifique de ce Carême se poursuivra, pour chacun, jusqu’à Pâques. Dans ces sessions de 4 ou 2 jours, il s’agira donc de faire quelques pas de plus, d’engager ce qui se déploiera peut-être dans la suite du Carême, à travers la métaphore agissante, alchimique, avant tout de la taille de la pierre, particulièrement à même de soutenir ce chemin de dépouillement, étant un travail par soustraction, sur un matériau dur, résistant, où il faut enlever, trancher, éclater, en ôtant couche après couche, vers la profondeur. Où on doit séparer, là où il y a indifférenciation, emprise, pour mieux permettre la communion. Où on ne peut pas combler les manques, pour retrouver une apparence de plénitude, mais mettre à plat et creuser davantage… Ce qui a conduit de grands auteurs chrétiens, comme Origène, à donner à leur disciples l’image de la sculpture sur pierre pour expliquer le chemin spirituel – une métaphore qui se retrouve dans d’autres traditions, notamment hindoue.
Mais la session « Entrer dans le dépouillement de nos opacités » abordera aussi le travail de l’argile, au départ sèche et durcie comme la pierre, ne permettant pas que la Parole s’y enracine (Luc 8), pour faire l’expérience qu’elle peut s’assouplir, à travers une lente imprégnation par Son eau vive, ou une brisure permettant qu’Elle pénètre plus rapidement, mais en passant par la boue destructurée, avant de se raffermir et de s’ouvrir à d’autres formes plus ajustées à notre vocation essentielle. Que le cœur de pierre peut devenir un cœur de chair, pleinement humain, que nous pouvons vraiment recevoir un cœur nouveau et un esprit nouveau (Ezechiel 36), qui nous guideront sur cette terre dans une nouvelle orientation.
Il s’agit donc moins de sessions d’enseignement, même si elles comportent des temps de lecture de passages bibliques et réflexions théologiques ou poétiques, et un partage de méditations à ce propos, que de l’accompagnement du parcours intérieur de chacun dans le dialogue avec la matière et l’Esprit saint. Les outils techniques, après une première explication générale en lien avec leur portée symbolique, y seront apportés personnellement à chacun au fur et à mesure de sa nécessité intérieure : aucune connaissance ou compétence préalable n’est donc demandée. Et le creuset d’un groupe fraternel permettra que les résonances, la diversité de regards, l’ouverture des possibles envisagés, épaulent chacun dans son cheminement..
(Photographie : Coeur sculpté par Emanuela Hauth dans un stage de "Sculpture intérieure")