12/01/2026
Zaïd, quelques heures de vie et déjà la haine : quand le racisme s’attaque aux berceaux
Il est né à 1h30 du matin, le 1er janvier 2026, à l’hôpital d’Avignon. Il pesait 4,42 kilos. Il était le premier bébé de l’année. Il s’appelle Zaïd.
Quelques heures plus t**d, sans avoir prononcé un mot, sans avoir posé un regard sur le monde, il était déjà désigné comme « futur dealer », « terroriste », « gnoule », « migrant », « caïd », certains allant jusqu’à écrire qu’il « aurait dû être avorté ».
En France, en 2026, un nourrisson est devenu une cible politique.
Un rituel de presse locale… détourné par la haine
Chaque année, la presse quotidienne régionale consacre un article au premier bébé né dans une ville. Une tradition anodine, presque attendrissante.
À Avignon, La Provence publie ainsi, le 1er janvier, un article annonçant la naissance du premier enfant de l’année : un garçon né vers 1h30 au centre hospitalier, prénommé Zaïd, prénom signifiant croissance ou prospérité en arabe.
L’article est relayé sur les réseaux sociaux du journal. Et très vite, ce qui devait être un moment de douceur se transforme en déferlement de haine raciste.
Quand un prénom suffit à déclencher la violence
Les commentaires arrivent par centaines.
D’abord les sous-entendus. Puis les insultes. Puis l’abjection brute.
« Zaïd va brûler des voitures, toucher la CAF et violer ta grand-mère », écrit un internaute sur X.
« Gnoule », « terroriste en puissance », « futur dealer », « le premier migrant terroriste de 2026 ».
« Zaïd, ça rime avec caïd ».
« Ses petits doigts cherchent déjà le manche du couteau ».
« On aurait dû l’avorter ».
Tout cela vise un bébé de quelques heures, dont la seule “faute” est de porter un prénom à consonance arabe.
Les auteurs se cachent derrière des pseudonymes, des photos de profil floutées ou anonymes. Ils hurlent masqués. Et ils sont nombreux.
Un racisme décomplexé, banal, assumé
Face à l’ampleur de la vague, La Provence ferme l’espace commentaires sous sa publication Facebook.
Les modérateurs suppriment les messages racistes. Mais la violence ne faiblit pas immédiatement.
Dans un éditorial, le directeur de la rédaction, Olivier Biscaye, décrit des faits glaçants :
« Des centaines de commentaires qui critiquent d’abord les prénoms à consonance arabe des enfants avant de tomber dans les propos haineux, racistes, intolérables et insoutenables par leur violence. »
Il explique que malgré la modération, toutes les vingt minutes, un nouveau flot de haine surgissait. Jusqu’à rendre la fermeture des commentaires inévitable.
Ce n’est pas un “dérapage”.
C’est un symptôme.
Quand la haine franchit les frontières
L’affaire dépasse rapidement Avignon. Elle est reprise par de nombreux médias nationaux : ICI Vaucluse, Le HuffPost, Sud Ouest, La Voix du Nord, AFP.
Elle est même relayée à l’international. Le média algérien TSA résume la sidération générale par une phrase glaçante :
« Le racisme en France s’étend aux bébés. »
Oui. En 2026, en France, le racisme ne s’arrête plus à rien. Pas même à un berceau.
Des parents contraints de porter plainte pour protéger leur enfant
Quelques jours après la naissance de leur fils, les parents de Zaïd n’ont pas le luxe de savourer sereinement leurs premiers moments.
Ils se rendent au commissariat d’Avignon.
Le 7 janvier, ils déposent plainte pour injures racistes publiques.
En droit français, ces faits sont passibles d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH Avignon, Orange et Carpentras) annonce également envisager une plainte et publie un communiqué sans ambiguïté :
« Ces insultes, en raison de l’origine d’un prénom, sont d’autant plus graves qu’elles s’adressent à un nourrisson. Elles rappellent de manière inquiétante la persistance d’un racisme décomplexé, banalisé dans l’espace public, nourri par les discours de l’extrême droite et amplifié par l’anonymat et la viralité des réseaux sociaux. »
Un soutien populaire et antifasciste
Face à la haine, des voix s’élèvent.
À Montfavet, le collectif No Pasaran Jeunes réalise plusieurs collages :
« Bienvenue Zaïd »,
« Montfavet est antiraciste »,
« Avignon est ta maison ».
Des centaines d’internautes répondent aux insultes par des messages de solidarité, de tendresse, de dignité. Parce que tout le monde n’a pas renoncé à son humanité.
Une parole politique qui nomme l’absurde
Le député de la première circonscription de Vaucluse, Raphaël Arnault, apporte publiquement son soutien à la famille.
Il résume l’indécence de la situation avec une lucidité brutale :
« On parle quand même d’un bébé qui vient de naître. Quelle justification peut-on trouver à un nourrisson qui subit déjà des attaques racistes absolument ignobles ? »
La question est simple.
Et la réponse est claire : il n’y en a aucune.
Ce n’est pas un fait divers, c’est un signal d’alarme
Selon Tajmaât et VIRMAG, plateformes qui documentent les discours islamophobes et racistes, certains auteurs de commentaires seraient enseignant, responsable politique local, cadre juridique d’une collectivité.
Ce racisme n’est pas marginal.
Il est socialement installé.
Il se croit autorisé.
Il se sent protégé.
Et ce n’est pas un cas isolé : un autre bébé, né fin 2025 et prénommé Maryam, avait déjà subi un flot de commentaires similaires.
Quand la République vacille au-dessus d’un berceau
S’en prendre à un bébé, ce n’est pas seulement insulter une famille.
C’est piétiner l’idée même d’égalité.
C’est refuser à un enfant le droit d’exister sans soupçon.
C’est transformer un prénom en accusation.
Ce racisme-là ne tombe pas du ciel.
Il est nourri, répété, banalisé, toléré.
Il prospère dans un climat où l’on excuse, relativise, minimise, voire encourage la stigmatisation.
Zaïd n’a rien fait.
Il n’a rien dit.
Il vient de naître.
Et pourtant, il est déjà sommé de se justifier.
Bienvenue, Zaïd
Bienvenue dans un pays où des milliers de gens se battent encore pour que ton prénom ne soit jamais une condamnation.
Bienvenue dans une France qui résiste, malgré le bruit, malgré la haine, malgré les lâchetés.
Et surtout : pardon.
Pardon pour ce monde qui t’a accueilli avec des insultes.
Mais sache-le : il y aura toujours plus de mains tendues que de poings serrés.
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