04/01/2026
Dans quelques jours reposera pour l’éternité, face à la mer infinie, madame Brigitte Bardot, une de nos plus grandes actrices et une femme qui a fait le choix, en pleine gloire, d’abandonner la gloire et de consacrer sa notoriété, sa fortune et le reste de sa vie, à la cause de nos amis les animaux.
Elle a certes pris des positions quelquefois extrêmes et s’est montrée parfois intransigeante et sans nuances vis-à-vis de certains groupes. Ses guerres médiatiques contre la chasse ont heurté bien des sensibilités qui ne partageaient pas moins qu’elles l’amour de la nature et le respect de la gent animale. Mais qui n’a jamais été dans sa vie cassant envers les autres avec la certitude absolue d’avoir raison ? C’est le propre du petit enfant, puis de l’homme, ou de la femme, que d’affirmer son avis bien haut, et de confronter sa personnalité à la réalité du monde.
En dépit de ses positions et des critiques qu’elles a subies, Brigitte Bardot nous donne la leçon d’une droiture et d’un engagement qui n’a jamais faibli. La Fondation qu’elle a créée, c’est aujourd’hui 70 pays, 70.000 donateurs, 300 salariés, 4 refuges et des centaines de bénévoles. Loin de contenir son action à des prises de position symboliques, elle a structuré celle-ci dans une entreprise solide et pérenne. Ils sont des milliers qui vont poursuivre son action après son départ pour l’au-delà. Cette persévérance dans la durée mérite notre respect.
Aujourd’hui, notre monde des ânes, tout comme le monde des chevaux, sont confrontés à certains groupuscules qui versent dans le spécisme et l’antispécisme. Ces gens prétendent revenir à un monde édénique fantasmé où les animaux de compagnie et de travail vivaient heureux et libres, avant que l’homme ne vienne leur imposer ses lois et sa domestication aux relents d’esclavage. Peu à peu, sous prétexte d’amour des animaux, ces gens parviennent à faire passer des lois et des règlements absurdes qui mettent en péril nos activités. Chez Randoline, nous sommes entrés depuis plusieurs années dans l’association France Energie Animale, afin de lutter contre ces positions extrémistes et faire passer notre message : « Non, faire travailler nos animaux n’est pas cruel ».
Quand on a eu la chance de partager la vie d’un petit âne, on ne peut pas être d’accord avec cette vision dualiste du monde. Combien de fois, lors de mes randonnées au long cours à travers l’Europe, auprès de mon bourri Ferdinand, ai-je croisé de vieilles personnes, qui avaient connu le temps d’avant la mécanisation, quand les animaux étaient le moteur de la ferme, et qui me racontaient, des larmes dans les yeux, combien elles avaient aimé ces bêtes qui partageaient leur vie de travail.
Je me souviens de cette mamie de Bourgogne, qui m’a montré, dans son écurie désormais vide, la place et l’anneau de son petit Grisou, et qui me suppliait de rester un jour ou deux, pour avoir le bonheur de soigner et de câliner encore un petit âne. Je me souviens de cet homme du Gers qui avait gardé dans sa ferme un cheval de trait devenu aveugle lors du transport en wagon. Il lui avait appris les chemins et l’avait gardé jusqu’au bout de sa vie. La pauvre bête travaillait à la voix, dans le noir, dans la confiance absolue avec son maître. Après toutes ses années, cet homme en parlait encore avec beaucoup d’émotion.
Ceux qui ont randonné avec un âne, surtout lors de longs trajets, savent bien quel lien très fort se construit entre la petite bête et son maitre. Certes notre bourri est chargé de bagages, mais sa puissante musculature lui permet de supporter cette charge sans blessure et sans fatigue, tout comme nous autres avec un sac dos (avec un bât Randoline c’est encore mieux, mais là n’est pas notre propos…). Et bien au-delà d’être utilisé comme bête de somme, ce petit âne devient notre compagnon de voyage. Nous lui parlons sans cesse, nous nous efforçons de lui trouver chaque soir un bon terrain de broutage, nous lui apportons les friandises qu’il préfère, pousses d’orme, carottes ou branches de frêne. Nous partageons avec lui la beauté du monde et le plaisir de la marche. La plupart du temps nous lui mettons la bride sur le cou pour qu’il avance librement. Le soir au bivouac, alors qu’il se repose allongé dans l’herbe, nous lui parlons de la journée écoulée tout en le caressant. Le matin, il est au ras de la tente, avec des babines de 50 cm, pour essayer d’attraper le pain et le pot de miel… Et quand nous faisons une pause, il vient blottir sa grosse tête au creux de nos bras pour recevoir sa dose de câlins. Il est notre ami, celui avec lequel nous partageons le voyage.
Dans cette relation, on est bien au-delà d’un conflit entre deux espèces, l’une conquérante et l’autre soumise. On est dans la paix de deux espèces qui vivent dans l’amour et le respect. Mais pour découvrir cette vérité, pour la mériter, il faut quitter le confort abstrait de son duplex parisien et venir tutoyer la boue des chemins et la pluie des montagnes.
Notre dada à nous, chez Randoline, dans la relation avec l’animal, c’est l’art du bâtage. Depuis 2009 nous construisons des matériels à l’imitation des bâts d’autrefois, des bâts qui ne bougent pas, qui ne blessent pas, et qui permettent de retrouver le goût et le plaisir du voyage à pied. La récompense de cette activité artisanale passionnante : des centaines de clients qui nous racontent leurs aventures et le bonheur qu’ils ont découvert en marchant auprès des longues oreilles d’un petit bourricot affectueux et facétieux. Quelquefois nous avons le cadeau de la photo du bourri sur un col des Alpes, ou bien devant la cathédrale de Compostelle.
Ce message de paix, il faut que nous apprenions à le faire passer, en convaincant nos ennemis qu’ils se trompent, en communiquant largement sur les réseaux. Le bonheur, la tolérance, pour les animaux comme pour les hommes, ce n’est pas forcément vivre chacun dans son coin, ce peut être tout simplement vivre ensemble.