21/02/2026
Le mantra Na Ma Śi Va Ya appartient à la tradition shivaïte ancienne.
Il est connu comme le Pañcākṣara mantra, le mantra aux cinq syllabes, central dans le Śivaïsme et le Śaiva Siddhānta.
Chaque syllabe est associée aux cinq grands éléments (pañca mahābhūta), une cosmologie partagée par le yoga, l’ayurvéda et les textes védiques tardifs :
Na — Terre (Pṛthivī)
Stabilité, structure, ancrage
Ma — Eau (Apas)
Fluidité, adaptation, cohésion
Śi — Feu (Agni)
Transformation, clarté, digestion au sens large
Va — Air (Vāyu)
Mouvement, circulation, souffle vital
Ya — Éther / Espace (Ākāśa)
Expansion, résonance, conscience
Dans la tradition, réciter ce mantra revient à reconnaître l’unité du corps, de la nature et de la conscience.
Le chant sert de support à la concentration, à l’alignement intérieur et à la relation symbolique avec Śiva, principe de transformation et de conscience.
Cette lecture n’est ni métaphorique ni psychologique au sens moderne : elle s’inscrit dans une vision cosmologique précise, où le corps humain reflète les lois du vivant.
Dans le haṭha yoga, le mantra Na Ma Śi Va Ya trouve un écho direct dans le travail corporel et énergétique.
Le haṭha yoga vise l’équilibre des forces qui structurent le corps et l’expérience humaine.
Les cinq éléments décrits par le mantra correspondent à des qualités observables dans la pratique :
Terre (Na)
Travail de l’ancrage, stabilité des appuis, relation au sol dans les postures debout et assises.
Eau (Ma)
Mobilité articulaire, continuité du mouvement, capacité à relâcher les tensions inutiles.
Feu (Śi)
Chaleur générée par la pratique, engagement musculaire, digestion physique et énergétique.
Air (Va)
Respiration consciente, circulation du prāṇa, coordination entre souffle et mouvement.
Éther (Ya)
Espace intérieur, qualité de présence, attention dirigée pendant la tenue des postures.
Dans cette perspective, le mantra accompagne la pratique plutôt qu’il ne la remplace.
Il sert de support rythmique et attentionnel, parfois récité intérieurement lors des postures ou du prāṇāyāma.
Le haṭha yoga utilise le corps comme terrain d’observation et de transformation.
Le mantra agit comme un fil conducteur, rappelant que chaque posture mobilise plusieurs dimensions à la fois : mécanique, respiratoire, énergétique et perceptive.
Cette articulation entre mantra et posture appartient aux traditions anciennes du yoga, où le geste, le souffle et le son participent d’un même processus d’intégration.
Sources fiables et reconnues:
Śiva Purāṇa, section Vidyēśvara Saṁhitā : référence classique du Pañcākṣara mantra
Taittirīya Upaniṣad, II.1–5 – description des cinq éléments (pañca mahābhūta)
Satguru Sivaya Subramuniyaswami, Dancing with Śiva , synthèse contemporaine du Śaiva Siddhānta
Georg Feuerstein, The Yoga Tradition contextualisation historique et philosophique
Encyclopaedia Britannica, entrées Shaivism et Panchabhuta.