30/06/2023
Encore trop pratiqué aujourd’hui…
Dans notre conception européenne, on pense que cette pratique est marginale. Malheureusement ce n’est pas le cas. Les femmes dans le monde sont encore trop nombreuses à subir l’excision. Nous devons en parler et sensibiliser.
Maman entre avec Grand-mère. Je lui saute dans les bras et elle me réceptionne en riant. Je salue la dame qui les suit. Elle est aussi vieille que ma grand-mère. Je l’aime trop ma grand-mère.
− Ça va, ma princesse ?
− Oui ! dis-je avec bonne humeur.
− Hamdullilah. J’espère que ta mère te garde bien ici. Sinon je vais me fâcher.
− Maman est gentille. Ne te fâche pas, s’il te plait.
− Tu es très brave.
Elle tapote mon dos et s’éloigne pour s’asseoir sur un des tapis. Je vais leur chercher à boire. Maman a cuisiné le matin. J’ai tout trouvé quand je suis rentrée de l’école. Je commence à poser la table. Je vérifie qu’il y a de l’eau dans la do**he pour le bain de Grand-mère. La journée se passe bien. Papa est parti il y a deux jours. Maman a dit qu’il ne sera pas là pendant deux semaines.
J’essaie de suivre leurs discussions, mais elle parle le dialecte de Maman tellement vite que je me perds. Je le parle tout de même, mais pas si vite. Je m’endors sur le tapis à un moment de la soirée. Maman m’envoie me coucher. C’est avec un soupir d’aise que je glisse dans mes draps et je m’endors.
*
**
− C’est ma grand-mère qui me l’a offert, dis-je fièrement.
− C’est très beau, dit Aïcha.
Elle touche, d’un doigt hésitant, les perles du bijou que j’ai roulé autour de ma main. J’ai attendu que nous sortions de la cour de l’école pour pouvoir le porter. Je suis tellement contente de ce cadeau. Grand-mère m’a apporté d’autres cadeaux. Je les porterai un à un pour me vanter dans le quartier.
Nous marchons gaiement pour rentrer à la maison. C’est vendredi et nous avons terminé les cours à 13h. Nous nous arrêtons dans une cour non loin de la maison de mes parents. Papa n’est pas là. Je peux donc me lâcher et m’amuser. D’autres filles du quartier nous rejoignent et nous jouons au pousse-pion. Nous jouons jusqu’à la tombée de la nuit.
C’est en courant que j’arrive à la maison. Je me fais gronder par Maman qui me cherchait depuis un moment. J’ai raté la prière et elle n’est pas contente. C’est Grand-mère qui me défend alors qu’elle me gronde pour la énième fois. Nous nous installons pour manger sur un tapis. C’est ainsi que Grand-mère se sent à l’aise. Maman me sert, la mine renfrognée.
− Un enfant si têtue ! Le jour où une voiture te cognera en route, tu sauras ! gronde-t-elle.
− Mais calme-toi ! Qu’est-ce qu’il y a à vouloir étouffer l’enfant ? demande Grand-mère. Elle est petite. Elle doit jouer.
− Maman, tu ne connais pas cette f***e de Maliha ! Le quartier n’est pas si sûr. Elle est rentrée la nuit. À sept ans !
− Ce n’était pas la nuit, je proteste avant de me taire sous le regard glacial de ma mère.
− Je vais dire cela à ton père lorsqu’il appellera. Tu feras moins la fière.
− Non. Promis. Je ne le referai plus.
Maman tchipe et me donne mon plat.
− Elle a promis. Il faut laisser.
Je souris en entendant la voix de ma grand-mère. Sa cousine ne parle pas beaucoup. Elle écoute en silence. Depuis qu’elles sont arrivées, je ne l’ai pas vu vraiment rire. Peut-être Maroua ne lui plait pas. Je somnole tellement en mangeant que Maman m’envoie me coucher. Je m’en vais en trainant des pieds.
*
**
− Maliha ! appelle Maman.
Je rentre dans la maison en courant.
− Va t’apprêter, dit-elle en souriant. Nous allons sortir.
Je me dépêche d’aller me rafraîchir. Je vois que Maman a choisi une tenue pour moi et elle l´a posée sur le lit. Je m’habille et je les rejoins. Sur deux motos, nous roulons un moment jusqu’aux abords de la ville. Maman demande aux chauffeurs de revenir nous prendre dans une heure. Je suis étonnée parce qu’il n’y a presque plus d’habitations. Le coin est quasiment abandonné. Nous marchons encore un long moment sur un terrain aride, bien qu’il y ait quelques arbres plantés ça et là et des cases en terre à l’abandon.
C’est la fin de l’après-midi. Heureusement que le soleil ne frappe plus fort, sinon j’aurais mal à la tête malgré le foulard que j’ai noué autour de ma tête. Nos babouches sont couvertes de poussière désormais. Nous quittons la piste principale et nous nous enfonçons à travers les arbres clairsemés du paysage. Maman mène la danse. Je chantonne doucement en les suivant. Ma grand-mère me tient fermement la main pour m’empêcher de tomber parce qu’il y a tout de même de nombreuses pierres sur ce chemin.
La route est déjà loin derrière nous quand Grand-mère donne le signal de s’arrêter. Je vois Maman acquiescer sans rien dire. La cousine de Grand-mère sort un pagne que je reconnais comme être un de ceux que Maman affectionne. Elle le pose sur le sol avec le grand sac qu’elle tient depuis la maison. Elle se tourne alors vers moi en souriant.
− Approche, dit-elle doucement.
Je me tourne vers Maman pour m’enquérir de son avis. Son visage sans expression ne me dit rien de bon. Maman sourit beaucoup sauf quand je fais des bêtises. Je n’en ai pas fait. Pourquoi ne sourit-elle donc pas ? Je regarde Maman un moment, mais elle ne bouge pas. Nos yeux se croisent.
− Maman ?
− Vas-y ! Fais ce qu’on te dit et sois sage, dit-elle simplement avant de détourner le regard.
− Ok.
J’ai un peu peur, mais je veux être une bonne fille. Je me tourne et je lâche la main de ma grand-mère pour aller vers sa cousine. Elle me prend par les hanches. Je suis surprise qu’elle essaie de détacher mon pagne. Je veux l’en empêcher, mais elle veut forcer pour le détacher. Je bute sur ma grand-mère en voulant faire un pas en arrière. Grand-mère m’attrape les mains et les serre tandis que sa cousine défait les liens de mon pagne et elle le descend, de même que mon slip.
− Maman ! je crie, complètement paniquée.
J’essaie de voir son visage, mais je n’y arrive pas. Les deux femmes m’ont encerclée.
− Chut ! Tais-toi. Ça va aller, dit-elle.
− Maman, j’ai peur.
− Tu n’as pas à avoir peur.
Maman se tient toujours à distance et elle regarde tout ce qui se passe. Ma grand-mère me couche sur le pagne avec force. Sa cousine s’installe devant moi et elle sort différents instruments à l’allure étrange. Mon cœur bat très fort. Je ne suis pas du tout à l’aise avec ce qui est en train d’arriver. La dame sort une feuille plate et longue et la met de force dans ma bouche, juste entre mes lèvres. La sensation de cette feuille contre mes lèvres est vraiment étrange. On dirait qu’elle pique mes lèvres.
Grand-mère me tient toujours les mains par-dessus la tête. Je prends définitivement peur et je commence à me débattre. Maman s’approche sous les injonctions en langue de sa cousine et s’agenouille sur le pagne pour m’arrêter fermement les cuisses et les tenir ouvertes.
− Reste tranquille ! me somme-t-elle. Qu’y a-t-il à te comporter comme un bébé ? Je t’ai dit qu’il n’y a rien. Ça va vite passer. Serre le cœur.
Je ne comprends pas de quoi il s’agit, mais sa voix m’apaise. Ça ne doit donc être rien de grave. Je ne vois pas bien ce que sa tante fait, mais elle prend place entre mes cuisses. Je sursaute en sentant ses doigts contre mes parties intimes. Je regarde Maman qui regarde droit devant, dans la nature. Je me retiens de paniquer à nouveau. J’essaie de respirer doucement pour calmer les battements de mon cœur.
Je sens soudain une douleur vive au niveau de mon entrejambe. J’ouvre la bouche et je crie de douleur. Grand-mère bloque mes mains entre ses cuisses et tient ma bouche serrée. J’essaie de me débattre et fermer les pieds, mais Maman me tient. La douleur est vive. Je sens comme une lame qui s’insère dans ma chair. Ça fait tellement mal. Les larmes coulent sur mes joues et m’aveuglent. C’est très loin des douleurs de scarifications auxquels je suis habituée. Celles-ci sont très vives et insoutenables.
Je bouge la tête dans tous les sens en sanglotant. Je me débats jusqu’à ce que, vidée de toute énergie, mes yeux se referment tout seuls et je m’endorme.
💐Extrait de la nouvelle : Cette lame dans ma chair, tirée du roman : LES CRIS DU SILENCE.
Disponible sur :
https://www.youscribe.com/catalogue/ebooks/litterature/jeune-adulte/les-cris-du-silence-3417161