09/04/2026
La rêverie maternelle : On en parle ?
🙏 Il y a quelque chose de mystérieux dans ce que fait une mère - ou toute figure maternante - lorsqu'elle reçoit les pleurs d'un nourrisson.
Le bébé hurle. Il ne sait pas encore ce qu'il ressent. Il est débordé par quelque chose d'intense, d'informe, quelque chose qui le submerge.
le psychanalyste Wilfred Bion appelait cela des éléments bêta : des sensations brutes, non digérées, quasi-toxiques pour le psychisme naissant.
Et la mère, elle, reçoit ce chaos.
Quand tout se passe bien, elle ne panique pas. Elle laisse entrer en elle cette détresse, elle la ressent, et elle la transforme. Elle renvoie alors à l'enfant quelque chose de pensable : un regard apaisant, un geste juste, des mots doux qui donnent un contour à ce qui n'en avait pas.
🌙 C'est cela, la rêverie maternelle : cette capacité à être un contenant pour ce qui déborde chez l'autre.
Ce que Bion a compris de génial, c'est que cette opération n'est pas seulement affective. Elle est cognitive. La mère pense à la place de l'enfant, le temps qu'il puisse le faire lui-même. Elle transforme les éléments bêta en éléments alpha, des expériences qui peuvent être cette fois pensées, donc mémorisées, rêvées, ou symbolisées.
En d'autres termes : elle lui apprend à penser en pensant avec lui.
Et quand cette rêverie fait défaut ?
⚠️Quand la figure maternante est elle-même débordée, absente psychiquement, ou incapable de tolérer l'angoisse de l'enfant ou d’y faire face, elle lui renvoie sa détresse amplifiée, ou ne lui renvoie rien du tout.
L'enfant se retrouve seul avec ses éléments bêta.
Il développe alors des stratégies de survie psychique : l'agitation, le repli, la toute-puissance, le vide…
Des stratégies que l'on retrouve souvent, des années plus t**d, sur le divan.
👩🦰 Le cabinet d'analyse comme espace de rêverie
Ce que W. Bion nous a aussi appris, c'est que la cure analytique rejoue quelque chose de cet espace originel.
L'analyste, dans son écoute flottante, dans sa capacité à contenir sans déborder, offre une nouvelle chance à ce qui n'a pas pu être pensé.
La séance devient alors un espace de rêverie partagée, où l'impensable peut, enfin, trouver des mots.
Et vous, avez-vous le souvenir d'un regard, d'une présence, qui a su recevoir ce que vous ne saviez pas encore dire ?