03/03/2026
Les silences en analyse, on en parle ?
Face aux bruits assourdissants et effrayants du monde, marquons une pause en évoquant ensemble les silences.
Oui, j’ai bien dit LES silences.
Car s'il y a des silences qui pèsent comme une faute, d'autres respirent, presque librement.
En séance, j'ai appris à les distinguer, à ne plus les confondre.
Quand un.e patient.e se tait soudainement, suspend sa parole après avoir approché quelque chose de douloureux, de complexe, ce silence n'est pas un vide, bien au contraire, il est plein.
« Je me souviens de cette chambre, en haut de l'escalier où je m'allongeais certains soirs pour écouter les bruits qui venaient d’en bas… », la patiente s’interrompt dans son récit, le silence s’installe... nous y sommes.
Pour Freud, c'est une résistance : quelque chose freine, protège, garde dissimulé.
Non pas par mauvaise volonté, mais parce que l'inconscient du/de la patient.e défend ce qu'il cache.
Ce silence-là parle. Il dit : nous approchons de quelque chose d'important. Alors, prenons le temps, allons-y ensemble, doucement.
Il y a un autre silence, peut-être encore plus rare et plus précieux.
Celui qui s'installe quand la parole vient de toucher juste.
Quand quelque chose a été dit, peut-être pour la première fois.
Le/la patient.e se tait. Mais on sent que ce n'est pas un arrêt. C'est une traversée.
« En fait, en disant ça, il ne s'adressait pas à moi, il parlait de lui… », le patient suspend sa parole, semble réfléchir, le silence prend place.
Ces deux silences, je les entends aujourd’hui différemment.
Le premier m'invite à attendre, à tenir l'espace, la suspension.
Le second, à ne surtout pas remplir.
Avec l’expérience, je crois que l'une des choses les plus difficiles à appréhender pour un.e analyste c'est de ne pas craindre le silence de l'autre. De lui faire confiance.
Parce que ce qui ne peut pas encore se dire cherche, souvent, sa forme dans ce qui est tu.
Si l’analyste que je suis donne souvent raison à ce que Bruno Coppens exprime avec cette formule superbe « Ce qui est tu, tue », je suis cependant convaincue qu’il faut du temps pour pouvoir dire les choses.
Et l’analyste doit être là aux côtés de son.sa patient.e pour l’accompagner dans cette temporalité qui est la sienne, à son rythme, sans rien brusquer, sans rien forcer.
L’analyste doit être le/la garant.e du maintien d’un espace de paroles et de silences protégé, safe, hors de la culture de l’efficacité rapide.
En cela, l’espace de l’analyse est un espace hors normes, précieux et fragile.
Et vous, avez-vous déjà vécu un silence qui vous a appris quelque chose sur vous-même ou sur l’autre ?