Nolwenn Tiphaine psychanalyste

Nolwenn Tiphaine psychanalyste Psychanalyste certifiée, je vous reçois sur rendez-vous à mon cabinet situé au centre de Mont...

La rêverie maternelle : On en parle ?🙏 Il y a quelque chose de mystérieux dans ce que fait une mère - ou toute figure ma...
09/04/2026

La rêverie maternelle : On en parle ?
🙏 Il y a quelque chose de mystérieux dans ce que fait une mère - ou toute figure maternante - lorsqu'elle reçoit les pleurs d'un nourrisson.
Le bébé hurle. Il ne sait pas encore ce qu'il ressent. Il est débordé par quelque chose d'intense, d'informe, quelque chose qui le submerge.
le psychanalyste Wilfred Bion appelait cela des éléments bêta : des sensations brutes, non digérées, quasi-toxiques pour le psychisme naissant.
Et la mère, elle, reçoit ce chaos.
Quand tout se passe bien, elle ne panique pas. Elle laisse entrer en elle cette détresse, elle la ressent, et elle la transforme. Elle renvoie alors à l'enfant quelque chose de pensable : un regard apaisant, un geste juste, des mots doux qui donnent un contour à ce qui n'en avait pas.
🌙 C'est cela, la rêverie maternelle : cette capacité à être un contenant pour ce qui déborde chez l'autre.
Ce que Bion a compris de génial, c'est que cette opération n'est pas seulement affective. Elle est cognitive. La mère pense à la place de l'enfant, le temps qu'il puisse le faire lui-même. Elle transforme les éléments bêta en éléments alpha, des expériences qui peuvent être cette fois pensées, donc mémorisées, rêvées, ou symbolisées.
En d'autres termes : elle lui apprend à penser en pensant avec lui.
Et quand cette rêverie fait défaut ?
⚠️Quand la figure maternante est elle-même débordée, absente psychiquement, ou incapable de tolérer l'angoisse de l'enfant ou d’y faire face, elle lui renvoie sa détresse amplifiée, ou ne lui renvoie rien du tout.
L'enfant se retrouve seul avec ses éléments bêta.
Il développe alors des stratégies de survie psychique : l'agitation, le repli, la toute-puissance, le vide…
Des stratégies que l'on retrouve souvent, des années plus t**d, sur le divan.
👩‍🦰 Le cabinet d'analyse comme espace de rêverie
Ce que W. Bion nous a aussi appris, c'est que la cure analytique rejoue quelque chose de cet espace originel.
L'analyste, dans son écoute flottante, dans sa capacité à contenir sans déborder, offre une nouvelle chance à ce qui n'a pas pu être pensé.
La séance devient alors un espace de rêverie partagée, où l'impensable peut, enfin, trouver des mots.
Et vous, avez-vous le souvenir d'un regard, d'une présence, qui a su recevoir ce que vous ne saviez pas encore dire ?

La dépendance affective : on en parle ? On reconnaît parfois la dépendance affective à ces questions qui reviennent sans...
03/04/2026

La dépendance affective : on en parle ?
On reconnaît parfois la dépendance affective à ces questions qui reviennent sans cesse :
Est-ce qu'il/elle m'aime vraiment ? Pourquoi ai-je autant besoin de son avis pour savoir si ce que je fais a de la valeur ? Pourquoi je ne me sens bien que quand il/elle me fait un compliment ?
💙 La dépendance affective c'est ce sentiment d'avoir constamment besoin de l'autre pour se sentir bien, en sécurité, voire simplement… exister. Pas par faiblesse, mais parce que quelque chose de très ancien, souvent inscrit dès l'enfance, nous a appris que notre valeur dépend du regard et de la présence de ceux qu'on aime.
👩‍🦰 Dans ma pratique, je rencontre souvent des personnes qui ont appris très tôt à s'effacer, à anticiper les besoins des autres, à ne pas "trop demander". Des stratégies de survie relationnelle qui, à l'âge adulte, deviennent des entraves.
🧓 D'où vient la dépendance affective ?
Tout commence très tôt — souvent bien avant que nous ayons les mots pour le dire. Le nourrisson, puis le jeune enfant, a un besoin vital d'un lien sécurisant avec ses figures d'attachement — le plus souvent ses parents.
Ce lien lui dit, sans paroles : « Tu existes, tu comptes, tu es en sécurité. »
C'est ce que le psychanalyste J. Bowlby a décrit comme l'attachement, et ce que D.W. Winnicott appelait l’ « environnement suffisamment bon ».
⚠️Que se passe-t-il quand cet environnement fait défaut ?
Parfois, les parents sont là physiquement, mais émotionnellement absents — débordés, inquiets, eux-mêmes non-sécurisés. L'amour est conditionnel, suspendu à la performance ou à la sagesse de l'enfant. Parfois, les émotions sont niées : « Arrête de pleurer, ce n'est rien »
L'enfant, pour survivre psychiquement dans ce contexte, développe alors des stratégies : il apprend à surveiller l'humeur de l'autre, à s'effacer pour ne pas déplaire, à donner beaucoup pour recevoir un peu. Il intègre, profondément, que sa valeur dépend de ce qu'il représente pour l'autre.
Ces blessures prennent plusieurs visages.
La blessure d'abandon : un parent absent, parti, ou perdu trop tôt. L'enfant grandit avec la certitude inconsciente qu'il sera toujours quitté.
La blessure de rejet : un enfant mis de côté, comparé, non reconnu dans ce qu'il est. Il apprend à douter de sa légitimité à être aimé.
La fusion ou l'intrusion : un parent surprotecteur qui n'a pas laissé l'enfant se différencier. L'autre devient alors la condition de l'existence, et non son complément.
La parentification : l'enfant qui a dû prendre soin d'un parent fragile, qui a appris à placer les besoins de l'autre avant les siens, parfois au prix de ses propres désirs.
Ce que ces histoires ont en commun, c'est que l'enfant n'a pas pu faire l'expérience d'un amour stable, indépendant de ce qu'il fait ou de ce qu'il donne. Il n'a pas pu intérioriser ce que l'on appelle une base de sécurité. Ce sentiment profond que l'on peut s'éloigner, exister séparément, et que le lien tiendra quand même.
✅ Le travail analytique peut aider à comprendre l'origine d’une dépendance affective. C'est alors souvent le début d'une forme de compassion envers soi-même. Non pas pour s'y enfermer, mais pour cesser de se juger et commencer à se réparer.
Ce qui est important à comprendre c’est que la dépendance affective n'est pas un défaut de caractère. C'est une réponse logique à un environnement qui n'a pas su offrir suffisamment de sécurité émotionnelle.
Et comme toute réponse apprise, elle peut, avec du temps, du travail sur soi, et parfois un espace thérapeutique, se transformer.
Et vous, avez-vous déjà ressenti cette peur de "trop avoir besoin" ? N'hésitez pas à partager en commentaire.

Peut-on vraiment aimer ou être aimé sans conditions ? L'amour inconditionnel : on en parle ?On en rêve tous. On le cherc...
31/03/2026

Peut-on vraiment aimer ou être aimé sans conditions ? L'amour inconditionnel : on en parle ?
On en rêve tous. On le cherche parfois toute une vie.
L'amour inconditionnel, celui qui ne juge pas, ne retire pas, ne pose aucune condition à notre existence est l'une des aspirations les plus profondes de l'être humain.
L’amour inconditionnel, c’est aimer l’autre pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il fait ou pour l’image qu’il nous renvoie.
Mais d'où vient ce besoin si puissant ?
💡 Aux origines : le nourrisson et la toute-dépendance
Tout commence là, dans les premiers mois de vie. Le nourrisson ne peut rien pour lui-même ; il dépend totalement de l'autre pour survivre, mais aussi pour exister psychiquement.
C'est le regard de la mère*, sa voix, sa chaleur, qui lui disent en quelque sorte : "tu es là, tu as de la valeur, tu mérites d'être aimé, je t’aime sans condition."
Winnicott parlait de ce moment fondateur où l'enfant se découvre dans le regard maternel comme dans un miroir. Si ce miroir renvoie une image suffisamment bonne, l'enfant construit progressivement un sentiment stable de sa propre valeur. C’est le socle de l'estime de soi. Si je suis aimé inconditionnellement, je peux m'aimer moi-même, même dans mes zones d'ombre.
Si ce miroir est déformant, absent ou imprévisible, quelque chose se fissure et la quête de cet amour premier peut devenir une blessure ouverte que l'adulte cherchera à refermer, souvent sans en avoir conscience.
⚠️L'amour inconditionnel : une illusion nécessaire ?
La psychanalyse nous dit que si cet état nous permet, nourrisson puis enfant, de nous construire sur des bases stables et solides d’estime de soi, elle nous invite aussi à une réflexion un peu vertigineuse : l'amour véritablement inconditionnel n'existerait peut-être pas, ou du moins, pas de façon durable. Même l'amour d’un parent pour son enfant, aussi puissant soit-il, est traversé d'ambivalence, d'attentes, de projections.
Ce n'est pas un constat cynique. C'est au contraire une invitation à la lucidité.
L’amour inconditionnel peut être compris alors non pas comme un état permanent, mais comme un horizon : c’est cette décision, parfois renouvelée chaque jour, de voir l’autre au-delà de ses maladresses et de ses propres projections.
Car confondre amour et inconditionnalité absolue peut devenir un piège.
Celui ou celle qui attend d'être aimé quoi qu'il ou elle fasse, quoi qu'il ou elle soit, s'expose à une désillusion douloureuse — ou pire, à des relations où il accepte tout, supporte tout, de peur de perdre cet amour fantasmé.
🌀 Ce que la psychanalyse appelle vraiment "amour"
Freud distinguait la force qui lie, qui unit, qui construit (Eros) de ce besoin archaïque de fusion totale avec l'autre. Aimer, au sens mature du terme, c'est accepter que l'autre soit séparé de soi. Qu'il ne comble pas tout. Qu'il déçoive parfois.
Si l'amour du parent doit être (idéalement) sans conditions pour permettre la survie psychique, l'amour entre adultes est différent et repose sur :
• Le deuil de l'absolu : adulte, on cherche souvent à retrouver ce regard qui nous acceptait totalement. Mais l'autre n'est pas notre parent ; il a ses propres manques.
• L'inconditionnel sain : ce n'est plus "fais de moi ce que tu veux", mais "j'accepte ton altérité". C'est aimer l'autre non pas pour combler notre vide, mais pour ce qu'il est, au-delà des projections de notre enfance.
Ce que cela peut nous faire apprendre aujourd'hui :
1. Nous pouvons nous apporter à nous-même ce "Holding" (Cf. post sur le Holding) : être notre propre parent bienveillant dans les moments de doute.
2. Accepter la faille : L'amour inconditionnel n'est pas l'absence de conflit, c'est la certitude que le lien survit au conflit (comme le bébé qui retrouve sa mère après avoir crié).
3. Distinguer le sentiment et l'acte : on peut aimer quelqu'un inconditionnellement (le sentiment) tout en mettant des conditions fermes à la vie commune (le cadre).
Nous pourrons alors comprendre que l'amour inconditionnel n'est pas un sacrifice, mais que c'est plutôt un héritage. C'est cette petite voix intérieure qui nous dit : " Tu as de la valeur, même quand tu échoues, tu continues d’être aimé ".
C'est dans cette tolérance à l'imperfection que l'amour adulte se distingue de la dépendance affective.
✅ L'espace analytique, pour sa part, offre quelque chose de rare et de précieux : non pas un amour inconditionnel -ce qui serait une imposture- mais une bienveillance inconditionnelle.
Le patient peut apporter ses parts les plus sombres, ses pensées inavouables, ses contradictions les plus intimes et faire l'expérience que rien de tout cela ne provoque de rejet. Ce n'est pas de l'amour au sens romantique. C'est quelque chose de peut-être plus profond : la reconnaissance inconditionnelle de l'autre dans son humanité entière.
Et souvent, c'est cette expérience-là, parfois vécue pour la première fois en analyse, qui permet enfin de se sentir digne d'être aimé.
"Et si ce que nous cherchons sous le nom d'amour inconditionnel n'était pas tant d'être aimés sans limites... que d'être enfin vus sans masque ?"
Et vous ? Pensez-vous que l'on puisse aimer sans poser de conditions, ou est-ce un idéal vers lequel on ne fait que tendre ? 💬
N’hésitez pas à partager vos réflexions en commentaire.

* Valant pour tout adulte faisant fonction de mère, quel que soit son genre

Le contre-transfert en psychanalyse, on en parle ?Après avoir exploré le transfert -ce phénomène central où le patient r...
14/03/2026

Le contre-transfert en psychanalyse, on en parle ?
Après avoir exploré le transfert -ce phénomène central où le patient rejoue, souvent inconsciemment, ses expériences affectives plus anciennes dans la relation à son analyste-il convient d’aborder son indispensable miroir : le contre-transfert.
🧭 Mais de quoi s’agit-il ?
Le contre-transfert désigne l'ensemble des réactions émotionnelles, conscientes et inconscientes, que l'analyste éprouve en réponse au transfert de son patient. Loin d'être un obstacle, il constitue, lorsqu'il est reconnu et travaillé, un outil clinique précieux : une boussole intérieure qui renseigne l'analyste sur la dynamique psychique de la personne qu'il accompagne.
🤲 Mais c’est aussi un équilibre délicat que doit maintenir l’analyste : accueillir ces mouvements contre-transférentiels comme une source d'information, tout en maintenant la neutralité bienveillante indispensable au processus analytique. Car un contre-transfert non analysé, resté dans l’inconscient peut engendrer des angles morts dans l'écoute, des interprétations prématurées, provoquer des malentendus, autant d'écueils qui entravent le travail d'élaboration du patient.
🎯 C’est là qu’intervient la supervision.
Elle constitue un pilier fondamental de la pratique psychanalytique. Dans cet espace confidentiel, l'analyste revient, avec son superviseur ou sa superviseuse, sur les situations qui ont résonné en lui, parfois en lien avec sa propre histoire personnelle. Ce travail, parfois complété par une reprise de l'analyse personnelle de l'analyste, garantit le maintien d'une position analytique à la juste distance, celle qui est bonne pour aider le travail du patient.
🙏 L’empathie, comme outil thérapeutique est un autre pilier de cette pratique.
Le cadre thérapeutique, avec ses règles et ses limites clairement définies, protège l'espace analytique de toute confusion entre réalité psychique et réalité externe. C'est dans ce cadre sécurisant que l'analyste peut déployer son empathie avec précision : s'ajuster aux besoins singuliers de l'analysant, s'adapter à ses manques, et accompagner progressivement la compréhension de ce qui se joue.
💬 Freud parlait d’une « guérison par l’amour ».
Du côté de l’analyste, ce n'est pas un amour ordinaire dont il s’agit mais d'une empathie travaillée, maîtrisée, mise au service du patient, de son travail et de son élaboration.
Toute la complexité et la richesse de la situation analytique réside dans cette dissymétrie fondamentale : le transfert du patient s'opère à son insu, de façon inconsciente ; tandis que les affects de l'analyste doivent, eux, être consciemment identifiés, élaborés et maîtrisés. Ce n'est pas une exigence de contrôle, mais bien une éthique du soin.
La supervision, l'analyse personnelle et la formation continue de l'analyste ne sont donc pas de simples formalités, elles sont les garantes du maintien d'un espace d'écoute sécurisant, bienveillant, et propice au travail analytique.

Le Transfert en Psychanalyse — on en parle ?C'est l'un des concepts les plus centraux de la psychanalyse, et sans doute ...
13/03/2026

Le Transfert en Psychanalyse — on en parle ?
C'est l'un des concepts les plus centraux de la psychanalyse, et sans doute l'un des plus puissants dans le processus thérapeutique.
Le transfert désigne ce phénomène par lequel un·e patient·e va projeter sur son analyste des sentiments, des désirs ou des expériences liés à des figures marquantes de son passé — parents, fratrie, enseignants, ou toute personne ayant occupé une place importante dans sa vie.
Mais concrètement, de quoi parle-t-on ?
Il s'agit d'émotions souvent intenses -affection, colère, dépendance, mépris- que le ou la patient·e va, parfois sans en avoir conscience, reporter sur son analyste. Ce processus est naturel et constitue une composante à part entière de la dynamique thérapeutique.
Ces projections offrent en réalité une opportunité précieuse : celle de revivre des expériences passées, parfois douloureuses ou mal comprises, mais cette fois dans un espace sécurisant, avec un regard nouveau et donc un sens nouveau. Grâce à l'écoute active et bienveillante de l'analyste, ces expériences peuvent être revisitées, réinterprétées et c'est souvent par là que commence la libération.
Car donner un nouveau sens à ce que l'on a vécu, c'est aussi pouvoir s'en détacher.
Mais le transfert peut aussi devenir un obstacle.
À certains moments de la thérapie, il peut sembler freiner le travail plutôt que de le porter. Mais même dans ce cas, il reste une porte d'entrée précieuse vers des schémas profondément ancrés : d'où viennent-ils ? Pourquoi ont-ils été mis en place ? Les raisons qui les ont fait naître souvent des mécanismes de protection existent-elles encore aujourd'hui ?
C'est par cette compréhension que le ou la patient·e peut espérer s'en libérer.
Le transfert exige aussi une responsabilité éthique, une vigilance et une rigueur particulières de l'analyste.
Les patient·e·s arrivent souvent en thérapie dans un état de vulnérabilité, parfois de détresse. Ils et elles peuvent projeter des figures d'autorité ou parentales sur leur analyste, ressentir des émotions qui les déstabilisent, voire éprouver un sentiment de dépendance.
L'analyste doit donc tenir un espace à la fois sécurisant, contenant et non jugeant — conditions indispensables pour que ce travail de réévaluation puisse avoir lieu en toute sécurité émotionnelle pour le patient.
Et rappelons ce qui devrait aller de soi : le travail analytique est au service du ou de la patient·e.
Un·e psychanalyste n'est pas un gourou. 😉
Et vous, avez-vous déjà perçu ce processus de transfert dans votre propre expérience thérapeutique ou ailleurs ?
N.B. Dans le prochain post j'aborderai le contre-transfert.

Les silences en analyse, on en parle ?Face aux bruits assourdissants et effrayants du monde, marquons une pause en évoqu...
03/03/2026

Les silences en analyse, on en parle ?
Face aux bruits assourdissants et effrayants du monde, marquons une pause en évoquant ensemble les silences.
Oui, j’ai bien dit LES silences.
Car s'il y a des silences qui pèsent comme une faute, d'autres respirent, presque librement.

En séance, j'ai appris à les distinguer, à ne plus les confondre.
Quand un.e patient.e se tait soudainement, suspend sa parole après avoir approché quelque chose de douloureux, de complexe, ce silence n'est pas un vide, bien au contraire, il est plein.

« Je me souviens de cette chambre, en haut de l'escalier où je m'allongeais certains soirs pour écouter les bruits qui venaient d’en bas… », la patiente s’interrompt dans son récit, le silence s’installe... nous y sommes.

Pour Freud, c'est une résistance : quelque chose freine, protège, garde dissimulé.
Non pas par mauvaise volonté, mais parce que l'inconscient du/de la patient.e défend ce qu'il cache.
Ce silence-là parle. Il dit : nous approchons de quelque chose d'important. Alors, prenons le temps, allons-y ensemble, doucement.

Il y a un autre silence, peut-être encore plus rare et plus précieux.
Celui qui s'installe quand la parole vient de toucher juste.
Quand quelque chose a été dit, peut-être pour la première fois.
Le/la patient.e se tait. Mais on sent que ce n'est pas un arrêt. C'est une traversée.

« En fait, en disant ça, il ne s'adressait pas à moi, il parlait de lui… », le patient suspend sa parole, semble réfléchir, le silence prend place.

Ces deux silences, je les entends aujourd’hui différemment.
Le premier m'invite à attendre, à tenir l'espace, la suspension.
Le second, à ne surtout pas remplir.

Avec l’expérience, je crois que l'une des choses les plus difficiles à appréhender pour un.e analyste c'est de ne pas craindre le silence de l'autre. De lui faire confiance.

Parce que ce qui ne peut pas encore se dire cherche, souvent, sa forme dans ce qui est tu.
Si l’analyste que je suis donne souvent raison à ce que Bruno Coppens exprime avec cette formule superbe « Ce qui est tu, tue », je suis cependant convaincue qu’il faut du temps pour pouvoir dire les choses.
Et l’analyste doit être là aux côtés de son.sa patient.e pour l’accompagner dans cette temporalité qui est la sienne, à son rythme, sans rien brusquer, sans rien forcer.
L’analyste doit être le/la garant.e du maintien d’un espace de paroles et de silences protégé, safe, hors de la culture de l’efficacité rapide.
En cela, l’espace de l’analyse est un espace hors normes, précieux et fragile.

Et vous, avez-vous déjà vécu un silence qui vous a appris quelque chose sur vous-même ou sur l’autre ?

L’agressivité, on en parle ?Qu’elle soit dans les relations à l’autre ou dans les relations entre états, l’agressivité s...
20/01/2026

L’agressivité, on en parle ?
Qu’elle soit dans les relations à l’autre ou dans les relations entre états, l’agressivité semble envahir notre espace cognitif.
De quoi parle t’on et que faut-il en comprendre ?
En 1932, dans un contexte géopolitique tendu, la Société des Nations décide de solliciter des intellectuels de premier plan du moment pour répondre à la question : Pourquoi la guerre ?
Albert Einstein, grand défenseur de la Paix, proposa Sigmund Freud comme contributeur.
Durant leurs échanges, Freud présenta sa « théorie des pulsions » et leur dualité. Il rappela alors à son interlocuteur l’existence, d’un côté, des pulsions de Vie mais aussi de pulsions de Mort. Si les premières tendent à conserver et à réunir, les secondes visent, elles, à détruire, à mettre en ruine, à faire disparaitre.
Il explique que ces deux pulsions sont intimement liées. Il serait donc vain de vouloir les isoler. Freud pose alors le constat inéluctable -et peut-être épouvantable- de la présence de l'agressivité, de la violence en nous. Le commandement « Tu ne tueras point » suffit à nous faire comprendre que « nous descendons d’une longue lignée de meurtriers qui avaient dans le sang, le plaisir du meurtre et de la destruction… comme probablement nous-mêmes encore. »
"Waouh !" me direz-vous mais alors c’est fichu. La violence, l’agressivité, nous n’y pouvons rien. Elle fait partie de nous ?
C’est effectivement ce que nous dit le côté pessimiste de Freud. Les penchants agressifs de l’homme font partie de lui et il ne sert à rien de vouloir les abolir. La source de cette violence est inscrite aux tous premiers temps de notre vie, et particulièrement dans notre très petite enfance, où amour-haine sont les deux faces d’un même affect. Cette agressivité n’est pas forcément intentionnelle, ni même maîtrisée. La pulsion de mort, projetée vers l’extérieur, est le premier affect. Elle découle, assez logiquement d’ailleurs, du fait que l’on doit affronter un autre environnement, se séparer de l’autre, et d’abord des premiers objets, pour venir au monde, exister, se réaliser, s’individuer : devenir "quelqu’un".
La violence représente ainsi, en tout premier lieu, non pas une résolution de la souffrance mais une solution, immédiate, inélaborée, grossière, car la haine est non seulement première mais primaire. On parle ainsi de « haine primaire non élaborée ».
Diantre, nous voilà bien mal partis…
Pas si vite ! Il y a quand même un espoir. Et cet espoir, Freud le voit dans le processus culturel, civilisationnel.
L’agressivité séparatrice, liée au nécessaire processus d’individuation (colère, revendication…), doit trouver sa place et construire pour le sujet un chemin : « un devenir civilisationnel ». Une civilisation qui va rassembler des individus humains isolés, puis des familles, des tribus, des peuples, des nations en une grande unité : l’humanité.
Ce cheminement civilisationnel consiste pour le sujet à passer de la « déliaison » (il faut se séparer pour exister) à la « liaison » qui permet l’édification de la société humaine.
La question du destin de l’espèce humaine pourrait alors se résumer à "comment maîtriser la nuisance des pulsions d’agression et d’autodestruction à l’égard de la vie en commun ?".
A cette question, qui peut aujourd’hui prétendre en savoir la réponse ?
Rappelons qu’en civilisation, la violence, la destruction, la guerre sont en contradiction avec des positions psychiques (le bien, le mal, ce qui est admissible, ce qui ne l’est pas…) imposées par le processus culturel lui-même.
L’agressivité est alors introjectée, intériorisée et prise en charge par une partie du Moi qui s’oppose au reste en tant que Surmoi et qui s’exerce en tant que « conscience morale ».
La tension entre le Surmoi et le Moi qui lui est soumis, nous l’appelons conscience de culpabilité. Elle s’exprime sous forme de besoin de punition, de sanction, de rappel au cadre.
Dés lors, nous pouvons réaffirmer haut et fort notre croyance en la civilisation, nous battre pour elle, débattre pour elle, voire rappeler le cadre. Nous pouvons aussi ne jamais cesser de donner du sens aux choses pour garder de ce côté-là la lumière, face à l’obscurité des ténèbres.

Prévoir, anticiper… une « nécessité » pour faire face à l’avenir ? On en parle ?« J’aime tout prévoir, ça me rassure… »....
02/04/2025

Prévoir, anticiper… une « nécessité » pour faire face à l’avenir ? On en parle ?
« J’aime tout prévoir, ça me rassure… ». « C’est sûr, j’aurais dû anticiper cette rupture… ». « Il fallait bien s’y préparer à ce licenciement ... ». « Mais qu’est ce qui va nous arriver ..? ». « Je suis fatigué de penser à tout ce qui peut se passer… ». Lors des consultations, les patients évoquent très souvent ces deux notions, convoquées à la fois pour ce qu’elles les rassurent, les inquiètent mais les épuisent aussi.
Mais alors : anticiper et prévoir est-ce la même chose ?
Eh bien non, pas exactement.
L’anticipation permet de nous préparer à la survenue d’un événement et à agir en accord avec. Elle dépend donc de la prédiction du futur immédiat et consiste en un ensemble de processus qui nous permettent à la fois de prévoir et de nous préparer à un événement à venir. Le tout va conduire à la mise en place d’une adaptation, face à cet évènement supposé à venir. C’est une façon de se préparer pour éviter d’être mis en danger, de se retrouver dans une situation douloureuse, inconfortable, menaçante.
Prédiction et anticipation ne sont donc pas synonymes.
La prédiction est la représentation spécifique d’un événement qui va survenir, alors que l’anticipation prépare et programme l’action fondée sur une prédiction.
Mais nous l’aurons compris aussi, la prédiction comme l’anticipation sont deux notions intimement liées à la notion de temps.
Comment définir alors le présent pour ensuite définir le futur ? Fichtre, nous y voilà…
Edmund Husserl (1905), surement un des grands analystes du temps, a qualifié le « présent psychologique » comme cette zone du temps dans laquelle deux éléments successifs sont perçus comme simultanés. Savez-vous d’ailleurs à combien les scientifiques ont évalués ce moment ? Bravo, à effectivement environ 20 millisecondes !
Le présent ainsi posé a ensuite permis de ménager deux espaces temporels ; situés de part et d’autre : à savoir le passé immédiat et le futur immédiat.
Lorsque l’avenir est particulièrement incertain, certains peuvent nourrir l’idée qu’il faut s’y préparer et que pour s’y préparer, il faut le prévoir et l’anticiper.
Toutefois, face à l’incertitude, prévoir nous oblige à envisager une multitude de scénarios, de futurs possibles… Et plus l’incertitude est grande, plus les possibilités à envisager se multiplient et plus les actions à mettre en face pour s’y préparer augmentent.
Cet effort que nous demandons à notre esprit peut alors nous donner le sentiment de tourner en rond, de buter, de ruminer… Et de nous épuiser. Il peut aussi nous donner l’impression de nous y perdre, sans possibilité de retour.
Rappelons-le, nous avons besoin de sens. Nous avons besoin de comprendre et tant que ni le sens, ni la compréhension ne sont au rendez-vous, alors notre esprit carbure…
Alors on fait quoi, on s’épuise doucement ?
Et bien non… Parfois, il est important de revenir à une certaine réalité pour y raccrocher notre esprit, nous rassurer, nous tranquilliser, nous apaiser.
Le « maintenant » est une notion un peu différente du « présent ». Il correspondrait à une sorte de présent plus étendu.
Et notre seule réalité, la seule qui vaille pour nous, n’est-elle pas dans ce que nous vivons « ici et maintenant » ?
Alors anticiper, prévoir oui, évidemment ! Mais probablement faudrait-il ne jamais oublier d’abord de vivre et de ressentir, ici et maintenant.

La sidération collective, on en parle ?Face à l’actualité, nous pouvons être saisis d’un sentiment de « trop », de « n’i...
01/04/2025

La sidération collective, on en parle ?
Face à l’actualité, nous pouvons être saisis d’un sentiment de « trop », de « n’importe quoi », de « ça n’a vraiment aucun sens »… ou encore « c’est impensable ! »
Notre esprit peut nous sembler bizarrement figé, aréactif, incapable d’analyser plus loin, d’en dire beaucoup plus pour le moment, bref incapable de penser tout simplement. Et nous voilà incapable de réagir à ce que nous sommes en train de vivre.
Pour qualifier ce moment, certains parlent de « sidération ». Ainsi, nous pourrions être dans un moment de sidération collective.
Mais alors, de quoi parle t’on quand on dit sidération ?
La sidération est un concept introduit en psychanalyse par Freud et interprété ensuite de différentes façons.
Pour faire simple, on dit d’un sujet qu’il est en état de sidération lorsqu’il fait face à l’apparition d’un non-sens.
La sidération qualifie alors cet instant de suspension du sujet devant l’interruption du sens.
Nous avons tous besoin en effet de trouver du sens dans ce qui nous entoure, dans ce que nous faisons ; c’est ce qui nous permet de nous engager, de nous faire aller de l’avant, en confiance et tranquillité.
Le sens est normalement soutenu par ce que l’on appelle « la chaine signifiante ». Le non-sens brise cette chaine, notre esprit se fige. La vie psychique est paralysée certains parlent de « mort de l’âme ».
On peut aussi dire que la sidération est là pour nous protéger face à une situation anormale, notamment lorsque le sens est trop douloureux ou difficile à admettre. La sidération nous empêche alors d’y avoir accès. A ce titre, elle est un mécanisme de défense psychique.
Mais la sidération comprend aussi un second temps, dit de lumière, où le sujet résout le non-sens en y donnant un sens nouveau. La chaîne signifiante reprend alors et se remet à soutenir du sens. Nous pouvons bouger à nouveau, faire face et avancer.
Pour que le sens jaillisse, la parole doit circuler.
Pour sortir de cette sidération collective, parlons, parlons, parlons !
Peut-être tout bas d’abord, avec hésitation, puis fort, franchement, courageusement ; parlons !

La haine, notre ennemi ? On en parle ?Arme pour certains, rempart contre le vide ou l’effondrement pour d’autres, que po...
28/01/2025

La haine, notre ennemi ? On en parle ?
Arme pour certains, rempart contre le vide ou l’effondrement pour d’autres, que pouvons-nous comprendre de la haine qui parfois nous habite ou semble nous menacer ? Est-elle forcément une émotion qu’il faudrait craindre, combattre ou éloigner de nous ?
Dans la vie, rappelons que le but fondamental est… de vivre ! Eh oui, tout simplement. Mais aussi, de vivre agréablement. 🥰
Pour y réussir, pour laisser de l’espace à la vie et au plaisir, chacun essaie d'étouffer des courants contraires d’anéantissement.
Nous le savons, d’une façon générale, cohabitent en nous des forces de destruction et de désintégration -parmi lesquelles se place la haine- et des forces d’harmonisation et d’unification -parmi lesquelles se situe plutôt l’amour-.
Vous me direz alors : « C’est simple, bannissons la haine de notre répertoire émotionnel, combattons là, et hop, plus heureux nous serons ! »🥰😍
Eh oui, mais… tout n’est pas si simple ! 😯
En effet, la haine est loin d’être toujours destructrice et douloureuse ; et l’amour, nous le savons malheureusement, est parfois agressif, voire destructeur.
Il nous faut donc apporter de la nuance. 😣
Pour cela, remontons un peu dans le temps, NOTRE temps.
Bébé, nous sommes incapables de distinguer le « moi » du « non-moi ». Les sensations éprouvées constituent notre monde, LE monde.
Lorsqu’un bébé a faim, froid, ou qu’il se sent seul, c’est comme s’il n’y avait plus dans son monde ni lait, ni bien-être, ni plaisir : tout a disparu et devient souffrance. Le sein de la mère (ou le biberon bien entendu !) représente pour lui le plaisir et la sécurité ; il se crée pour lui alors un attachement très puissant ; mais, le sein n’est pas toujours au rendez-vous … la voracité frustrée qui nait là, a à voir avec la haine. Se construit alors, dans l’inconscient de l’enfant, les sentiments contradictoires de devoir quitter cette mère (persécutrice, puisqu’elle ne donne pas assez vite le lait réconfortant), tout en souhaitant aussi la garder pour toujours. C’est là que se joue chez l’enfant son aptitude à déplacer l’amour (et donc la haine) pour cette première personne vers d’autres, et d’autres choses : aimer ailleurs, y prendre du plaisir, aussi.
Cet état que nous avons tous traversé a, sur nos vies psychiques, des conséquences énormes. C’est une reconnaissance de la dépendance, de la menace de destruction, mais c’est aussi la prise de conscience de l’amour sous la forme du désir.
C’est à partir de là que nous commençons tous à essayer d’assurer notre conservation et nos plaisirs en prenant le moins possible de risque d’éveiller en nous ces forces destructives.
La haine et l’agressivité, l’envie et la jalousie, le désir de posséder, tous ces sentiments que nous ressentons adultes sont à la fois des dérivés de cette expérience primitive et de la nécessité de la maitriser pour y survivre et espérer obtenir quelques plaisirs de la vie.
Bien entendu, nous ne gardons pas le souvenir -la conscience- de ces premières expériences affectives ; elles demeurent dans notre inconscient.
Nous le voyons bien, la haine fait partie intégrante de notre construction ; elle est un élément fondamental de la nature humaine : elle nous aide à nous séparer, elle affirme nos limites. Certains la vivent et lui font face, d’autres, la laissent les envahir, les déborder ou ne l’écoutent pas…
Dans tous les cas, elle nous confronte à notre rapport à « l’Autre » à notre façon de réagir lorsque nous sommes confrontés à l’ambiguïté des différences et des ressemblances avec cet « Autre ».
Parfois, dans sa brutalité, son intensité, elle peut devenir pathologique et entraîner des conséquences néfastes pour nous et/ou les autres.
La psychanalyse peut alors nous aider à en comprendre la genèse, à y faire face et pourquoi pas à s’en libérer... un peu ?

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