Psychologue - TDAH Adulte - Guillaume Baissette

Psychologue - TDAH Adulte - Guillaume Baissette Psychologue / Psychothérapeute / Titulaire d'un Master 2 en psychologie clinique

Je développe mon post précédent sur la compensation dans le TDAH en article à retrouver sur mon blog.🟦 TDAH adulte : qua...
26/05/2026

Je développe mon post précédent sur la compensation dans le TDAH en article à retrouver sur mon blog.

🟦 TDAH adulte : quand “compenser” ne dit pas encore ce que cela coûte

Une personne peut utiliser trois agendas, multiplier les rappels, travailler t**d le soir, vérifier dix fois ses échéances, demander à un proche de l’aider à ne pas oublier certaines choses, et donner malgré tout l’impression d’un fonctionnement très stable.

Pris séparément, ces éléments ne disent pas grand-chose.
Ils peuvent appartenir à l’organisation ordinaire de la vie.

🔹 Un agenda n’est pas un symptôme.
🔹 Une liste n’est pas une preuve.
🔹 Le besoin de calme n’est pas, à lui seul, une signature clinique.

Mais ce qui devient intéressant, dans le TDAH adulte, c’est moins la présence de ces stratégies que leur fonction.

🔶 Que viennent-elles soutenir ?
🔶 À quel coût tiennent-elles ?
🔶 Restent-elles souples lorsque le contexte change ?
🔶 Permettent-elles réellement de vivre mieux, ou seulement de maintenir une apparence de fonctionnement ?

C’est peut-être ici que la phrase “il compense bien” devient insuffisante.

Parce qu’on peut compenser “bien” du point de vue du résultat visible : les études sont réussies, le travail est rendu, les rendez-vous sont honorés, l’image sociale reste correcte.

Mais cette lecture peut masquer autre chose : une anxiété constante, une vigilance épuisante, une dette de sommeil, une dépendance invisible à l’urgence, au perfectionnisme ou au soutien d’un entourage qui absorbe une partie du fonctionnement.

🟧 “Quel type de vie cette stratégie oblige-t-elle à organiser ?”

Dans le TDAH adulte, certaines difficultés peuvent rester longtemps peu visibles : l’instabilité motivationnelle, la procrastination chronique, la difficulté à initier les tâches, la gestion du temps, la désorganisation, ou encore cette dépendance à l’urgence qui permet parfois d’agir, mais rarement de se reposer.

⚪️ Il me semble important de tenir ensemble deux idées.

D’un côté, il serait excessif de pathologiser toute forme d’organisation. Tout le monde s’appuie sur des outils, des habitudes, des rappels, des cadres, des personnes.

De l’autre, il serait tout aussi réducteur de nier la souffrance au motif que la performance extérieure reste correcte.

🔷 Réussir ne dit pas toujours le prix payé pour réussir.

Dans l’article complet, je reviens plus précisément sur cette zone intermédiaire entre compensation, adaptation ordinaire et coût subjectif, ainsi que sur la question du masking, qui demande à être utilisée avec prudence, mais qui ne peut pas non plus être balayée trop vite.

Version intégrale de l’article à retrouver sur le blog. Lien dans le premier commentaire 👇

🧠 L’hyperéveil est-il le même dans tous les troubles ?L’étude répond : l’hyperéveil semble se décomposer en 7 dimensions...
20/05/2026

🧠 L’hyperéveil est-il le même dans tous les troubles ?

L’étude répond : l’hyperéveil semble se décomposer en 7 dimensions distinctes. Dans cet échantillon adulte hétérogène, les symptômes de TDAH mesurés par auto-questionnaire étaient surtout associés aux dimensions anxieuse, liée au sommeil et irritable.

Quand une personne adulte avec des symptômes de TDAH dit : « je n’arrive pas à redescendre », « mon cerveau reste allumé », « je m’agace vite », « je suis fatigué mais tendu », il peut être tentant de ranger tout cela dans une même catégorie vague : agitation, stress, nervosité, surcharge.

Or cette étude invite à faire un pas de côté.

Elle examine l’hyperéveil comme une dimension transdiagnostique, c’est-à-dire une expérience pouvant traverser plusieurs troubles, tout en prenant des formes différentes selon les profils symptomatiques. Parmi les différentes manières d’être trop activé intérieurement, lesquelles s’articulent avec quels troubles ?

Et cette question me semble particulièrement importante pour le TDAH adulte, parce que beaucoup de personnes concernées ne décrivent pas seulement un problème d’attention mais aussi un rapport difficile au repos, à l’endormissement, à l’irritabilité, à la tension mentale, à la récupération.

🔎 Les chercheurs ont analysé 221 questions issues de 18 questionnaires sur l’hyperéveil, chez 467 adultes présentant des niveaux très variables de symptômes psychiatriques.

L’analyse statistique a fait émerger 7 dimensions :

⚫ l’hyperéveil anxieux : inquiétude, anticipation, tension tournée vers ce qui pourrait mal se passer.

⚫ l’hyperéveil somatique : manifestations corporelles comme palpitations, tremblements, sensations physiques d’activation.

⚫ l’hyperéveil sensible : réactivité émotionnelle accrue, impression d’être plus facilement affecté par les stimulations.

⚫ l’hyperéveil lié au sommeil : rumination avant de dormir, difficulté à éteindre l’activité mentale, tension autour de la nuit.

⚫ l’hyperéveil irritable : agacement, tension relationnelle, tendance à réagir plus vite ou plus fort.

⚫ l’hyperéveil vigilant : surveillance de l’environnement, sentiment de devoir rester en alerte.

⚫ l’hyperéveil sudomoteur : sueurs, bouffées de chaleur, rougeurs, réactions autonomes visibles.

Ces 7 dimensions expliquaient 50,2 % de la variance observée. Autrement dit, elles résumaient une part importante de la diversité des réponses, sans prétendre épuiser toute la complexité de l’expérience humaine.

📊 Pour les symptômes de TDAH mesurés dans cet échantillon adulte, le résultat est nuancé.

Aucune des 7 dimensions n’était celle qui s’associait le plus fortement au TDAH par rapport aux autres troubles étudiés. Cela signifie que le profil d’hyperéveil associé aux symptômes de TDAH n’apparaissait pas comme le plus spécifique ou le plus marqué dans cette étude.

Cependant, plusieurs dimensions restaient significativement associées à la sévérité des symptômes de TDAH.

Dans les modèles statistiques, cette sévérité était associée à :

⚫ l’hyperéveil anxieux : β = 0,25
Autrement dit, plus la tension anticipatoire et l’inquiétude augmentaient, plus les symptômes de TDAH rapportés tendaient aussi à être élevés, toutes choses égales par ailleurs.

⚫ l’hyperéveil lié au sommeil : β = 0,14
Ce lien est plus modeste, mais il pose une question clinique familière : que devient l’attention quand le système de sommeil est lui-même pris dans une activation persistante ?

⚫ l’hyperéveil irritable : β = 0,14
Là encore, le lien est modéré, mais il rejoint une observation fréquente chez l’adulte : l’irritabilité peut être une modalité importante de la dysrégulation, surtout lorsque la fatigue, la surcharge cognitive et les exigences quotidiennes s’accumulent.

Un coefficient β, ici, indique la force du lien entre une dimension d’hyperéveil et la sévérité d’un ensemble de symptômes, après prise en compte des autres dimensions, de l’âge et du sexe. Plus il est élevé, plus l’association est forte. À titre de comparaison, l’hyperéveil lié au sommeil était très fortement associé à l’insomnie (β = 0,70), tandis que l’hyperéveil anxieux était surtout associé à l’anxiété généralisée (β = 0,51).

Cette comparaison aide à situer le TDAH : l’hyperéveil y apparaît moins comme une signature unique que comme une dynamique associée, particulièrement du côté de l’inquiétude, du sommeil et de l’irritabilité.

🧩 Ce point me semble cliniquement précieux.

Dans le TDAH adulte, on parle souvent d’attention, d’organisation, d’impulsivité, de procrastination, de fonctions exécutives. C’est indispensable. Mais si l’on s’arrête là, on risque parfois de manquer la manière dont le système entier reste mobilisé : le soir, dans les transitions, dans les conflits, dans l’attente, dans la récupération.

Une personne peut échouer à se concentrer parce que la tâche est peu stimulante, parce que l’environnement est désorganisé, parce que la motivation fluctue, mais aussi parce que l’arrière-plan interne est déjà saturé : trop de tension, trop d’anticipation, trop de fatigue active.

En ce sens, cette étude ne remplace pas les modèles classiques du TDAH. Elle ajoute un niveau de lecture : le profil d’activation.

On peut demander : « Avez-vous du mal à vous concentrer ? »

Mais on peut aussi demander : « Dans quel état interne essayez-vous de vous concentrer ? »

🌿 Pour aller plus loin

Les chercheurs ont recruté les participants entre décembre 2023 et juin 2024, via des annonces médiatiques et le Netherlands Sleep Registry. L’échantillon principal comprenait 467 adultes, âgés en moyenne de 58,3 ans, avec une majorité de femmes (77,6 %). Les participants ont rempli des questionnaires d’hyperéveil ainsi que des échelles de sévérité pour l’insomnie, la dépression majeure, l’anxiété généralisée, l’anxiété sociale, le trouble panique, le stress post-traumatique et les symptômes de TDAH.

La méthodologie repose sur une analyse factorielle : une méthode statistique qui cherche à repérer quelles questions ont tendance à varier ensemble, afin d’identifier des dimensions latentes. Si plusieurs items sur les ruminations nocturnes, l’endormissement et l’activation mentale du soir se regroupent, par exemple, on peut inférer une dimension commune d’hyperéveil lié au sommeil.

Les auteurs ont ensuite construit un questionnaire court, le THDQ (Transdiagnostic Hyperarousal Dimensions Questionnaire), composé de 27 items représentant les 7 dimensions. Ce questionnaire a fait l’objet d’une validation initiale dans un second échantillon de 592 adultes. Les indices statistiques étaient globalement satisfaisants : CFI = 0,92, RMSEA = 0,05, alpha de Cronbach = 0,90. Cela suggère que le modèle correspond correctement aux données et que l’outil mesure les dimensions de manière cohérente, tout en appelant encore des validations complémentaires.

Les résultats détaillés montrent des profils différenciés selon les troubles ou ensembles de symptômes étudiés :

⚫ hyperéveil lié au sommeil : surtout associé à l’insomnie (β = 0,70)

⚫ hyperéveil anxieux : surtout associé à l’anxiété généralisée (β = 0,51)

⚫ hyperéveil somatique : surtout associé au trouble panique (β = 0,22)

⚫ hyperéveil sensible : surtout associé à l’anxiété sociale (β = 0,18)

⚫ hyperéveil irritable : surtout associé à la dépression majeure (β = 0,19)

⚫ hyperéveil vigilant : surtout associé au stress post-traumatique (β = 0,25)

⚫ hyperéveil sudomoteur : significatif seulement pour le stress post-traumatique (β = 0,12)

Pour les symptômes de TDAH, les associations significatives concernaient surtout l’hyperéveil anxieux (β = 0,25), l’hyperéveil lié au sommeil (β = 0,14) et l’hyperéveil irritable (β = 0,14). Dans l’analyse en réseau, le TDAH apparaissait directement connecté à l’hyperéveil anxieux et à l’hyperéveil irritable, ce qui renforce l’idée que ces dimensions peuvent être pertinentes pour penser certains profils adultes, sans en faire des marqueurs spécifiques du TDAH.

Les limites doivent rester présentes à l’esprit.

⚫ L’étude repose sur des questionnaires auto-rapportés : elle mesure l’expérience subjective, pas directement l’activité cérébrale, hormonale ou autonome.

⚫ Les troubles ont été évalués par des échelles de symptômes, pas par des entretiens diagnostiques cliniques complets.

⚫ L’échantillon était relativement âgé, majoritairement féminin et plutôt éduqué, ce qui peut limiter la généralisation à d’autres populations, notamment des adultes plus jeunes ou des groupes moins représentés.

⚫ Les auteurs soulignent qu’il faudra encore valider plus largement la fidélité test-retest du THDQ et vérifier que l’outil fonctionne de façon comparable selon le sexe, l’âge et d’autres sous-groupes.

⚫ L’étude montre des associations, pas des causalités. On ne peut donc pas conclure que l’hyperéveil cause les symptômes de TDAH, ni que les symptômes de TDAH causent l’hyperéveil.

Finalement, l’intérêt de cette étude tient peut-être à sa prudence même : elle ne propose pas une grande explication unique, mais un outil de différenciation.

Et dans le champ du TDAH adulte, cette différenciation peut avoir des implications concrètes : mieux repérer les profils où le sommeil, l’irritabilité ou l’anxiété entretiennent la souffrance fonctionnelle ; mieux distinguer ce qui relève des symptômes de TDAH, des comorbidités, ou de leur articulation ; mieux adapter les interventions, en évitant de traiter toutes les formes de “tension interne” comme si elles avaient la même fonction.

Quand une personne adulte avec un TDAH, ou avec des symptômes de TDAH, dit qu’elle est « toujours en tension », savons-nous vraiment de quelle tension elle parle ?

SOURCE :
Bresser, T., de Lange, S. C., Rösler, L., Blanken, T. F., van der Sluis, S., & Van Someren, E. J. W. (2026). Hyperarousal transdiagnostically dissected: Different dimensions characterize mood, anxiety, insomnia, posttraumatic stress and attention deficit hyperactivity disorders. EClinicalMedicine, 94, 103810. https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2026.103810

🧠 Le TDAH adulte peut-il avoir une présentation émotionnelle spécifique ?Dans cette étude, la réponse proposée est prude...
18/05/2026

🧠 Le TDAH adulte peut-il avoir une présentation émotionnelle spécifique ?

Dans cette étude, la réponse proposée est prudente : chez une partie importante des adultes avec TDAH, les difficultés émotionnelles ne semblent pas seulement graviter autour du trouble. Elles peuvent constituer une modalité clinique repérable du TDAH adulte.

Les auteurs proposent ainsi de distinguer deux présentations : une présentation plutôt inattentive, et une présentation avec dysrégulation émotionnelle. Dans leur échantillon, 59 % des participants entrent dans cette seconde catégorie, contre 41 % dans la présentation inattentive.

Ce chiffre mérite d’être lu avec attention. Cela ne veut pas dire que “59 % des adultes TDAH” dans la population générale auraient nécessairement ce profil. L’échantillon vient de deux essais cliniques sur le méthylphénidate, avec des participants probablement plus symptomatiques que dans une population tout-venant. En revanche, il suggère que quand on évalue finement le TDAH adulte, l’instabilité émotionnelle peut devenir un axe de lecture central.

🧩 Les chercheurs définissent la dysrégulation émotionnelle à partir de quatre domaines évalués par la WRAADDS, une échelle clinique du TDAH adulte :

◼️ agitation/hyperactivité interne
◼️ colère ou irritabilité brève et intense
◼️ labilité affective, c’est-à-dire variations rapides de l’humeur
◼️ réactivité émotionnelle excessive

Pour être classé dans la présentation avec dysrégulation émotionnelle, il fallait présenter une atteinte marquée dans au moins 3 de ces 4 domaines. Autrement dit, les auteurs ne retiennent pas un simple tempérament sensible, mais une configuration émotionnelle suffisamment dense pour atteindre un niveau comparable aux symptômes attentionnels.

Les données vont alors dans le même sens.

🔹 59 % des participants relèvent de cette présentation émotionnelle, et 41 % de la présentation inattentive.

🔹 Une analyse statistique par clusters, c’est-à-dire une méthode qui regarde si les individus se regroupent naturellement selon leurs profils de symptômes, retrouve une structure proche, avec 85 % d’accord avec la classification clinique proposée.

🔹 Les participants avec dysrégulation émotionnelle sont plus souvent jugés “nettement malades” ou plus sévèrement atteints : 68 % contre 23 % dans le groupe inattentif.

🔹 Les antécédents de symptômes TDAH dans l’enfance sont aussi plus marqués : 84 % du groupe émotionnel atteignent le seuil WURS associé au TDAH infantile, contre 49 % du groupe inattentif.

🔹 Les symptômes oppositionnels à l’âge adulte sont plus fréquents : 60 % contre 34 %.

🔹 Les diagnostics de trouble de la personnalité sont également plus souvent retrouvés : 74 % dans le groupe avec dysrégulation émotionnelle contre 32 % dans le groupe inattentif.

Ces chiffres ne doivent pas conduire à confondre TDAH, trouble oppositionnel et trouble de la personnalité. Ils invitent à se demander, dans une évaluation clinique, ce qui relève d’un noyau TDAH avec forte composante émotionnelle, ce qui relève d’une comorbidité réelle, et ce qui peut apparaître comme un trouble relationnel secondaire à des années de débordements, de conflits, d’échecs répétés ou de mauvaise compréhension du fonctionnement attentionnel.

💊 Un autre résultat me semble particulièrement important : dans les évaluations cliniques réalisées par les investigateurs, les deux groupes s’améliorent sous méthylphénidate.

Pendant la phase en double aveugle, le score total WRAADDS diminue d’environ 46 % dans le groupe inattentif et 47 % dans le groupe avec dysrégulation émotionnelle sous méthylphénidate, contre environ 13 à 15 % sous placebo. Dit simplement : dans cet essai, l’amélioration observée avec le traitement actif est nettement plus importante qu’avec le placebo, et elle concerne les deux profils.

Sur le facteur émotionnel lui-même, l’amélioration évaluée par les cliniciens est aussi présente : 44 % dans le groupe inattentif et 48 % dans le groupe émotionnel sous méthylphénidate, contre 9 % et 16 % sous placebo. Ce point soutient l’hypothèse que, chez certains adultes, les symptômes émotionnels peuvent faire partie du tableau TDAH plutôt que relever uniquement d’une comorbidité extérieure.

Cependant, cette lecture doit rester nuancée : les auto-évaluations des patients montrent des effets moins marqués que les évaluations des investigateurs, et les données de la phase ouverte à 6 mois sont plus ambiguës concernant les symptômes émotionnels. En ce sens, l’étude ouvre une piste clinique solide, mais elle ne clôt pas la question de la manière dont les patients perçoivent eux-mêmes l’évolution de leur régulation émotionnelle sous traitement.

Pour aller plus loin 🔎

◼️ Méthodologie
L’étude réanalyse les données de deux essais cliniques sur le méthylphénidate chez des adultes avec TDAH. Au total, 139 personnes entrent dans la phase de sélection, 126 commencent la phase double aveugle, 93 terminent les deux bras de traitement, et 71 poursuivent dans une extension ouverte de 6 mois.

◼️ Design
Les essais sont randomisés, en double aveugle, contrôlés par placebo, avec un schéma croisé : chaque participant reçoit successivement méthylphénidate et placebo, dans deux périodes de 4 semaines. Après cette phase, une extension ouverte de 6 mois propose un traitement flexible par méthylphénidate.

◼️ Outils d’évaluation
Les auteurs utilisent notamment la WRAADDS, qui explore sept domaines du TDAH adulte : attention, agitation/hyperactivité, colère, labilité affective, réactivité émotionnelle, désorganisation et impulsivité. La sévérité globale est aussi évaluée par la CGI-S, et les symptômes DSM par l’AISRS ou la CAARS.

◼️ Résultats détaillés
La présentation avec dysrégulation émotionnelle apparaît plus sévère à l’inclusion : plus de symptômes actuels, plus de traces rétrospectives de TDAH infantile, plus de symptômes oppositionnels et plus d’indices de pathologie de personnalité. Pourtant, dans les évaluations cliniques, la réponse au méthylphénidate n’est pas inférieure à celle du groupe inattentif. L’étude suggère donc que cette présentation émotionnelle pourrait être cliniquement importante à identifier, sans la réduire automatiquement à une comorbidité externe.

◼️ Limites
L’échantillon provient de deux essais cliniques, pas d’une enquête épidémiologique. Les participants peuvent donc être plus sévèrement atteints que la moyenne. Les critères d’inclusion et la motivation à participer peuvent aussi influencer la composition du groupe. La phase longue est ouverte, donc sans placebo. Les auteurs signalent également le nombre élevé de tests statistiques, ce qui impose de lire certains résultats avec prudence. Enfin, cette étude propose une classification clinique utile, mais elle ne suffit pas à établir définitivement deux sous-types naturels du TDAH adulte.

Combien d’adultes avec TDAH ont été compris trop t**d parce que leur souffrance émotionnelle a été lue uniquement comme un problème de caractère, d’humeur ou de personnalité ?

SOURCE :
Reimherr, F. W., Marchant, B. K., Gift, T. E., Steans, T. A., & Wender, P. H. (2015). Types of adult attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD): Baseline characteristics, initial response, and long-term response to treatment with methylphenidate. Attention Deficit and Hyperactivity Disorders, 7(2), 115–128. https://doi.org/10.1007/s12402-015-0176-z

18/05/2026

La r***e The Lancet Psychiatry vient de publier une méta-analyse majeure sur le dosage des médicaments du TDAH, dont les conclusions méritent d'être largement diffusées dans la communauté clinique francophone.

Conduite par l'équipe de Mikail Nourredine et al. (2026), elle analyse pour la première fois l'ensemble des traitements pharmacologiques du TDAH (méthylphénidate, amphétamines, guanfacine, atomoxétine, modafinil) chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte, en modélisant les courbes dose-effet pour l'efficacité comme pour la tolérance.

Le constat est limpide.

1. Chez l'enfant et l'adolescent, l'efficacité moyenne plafonne autour de 45 mg par jour pour le méthylphénidate, 25 mg par jour pour les amphétamines et 4 mg par jour pour la guanfacine. Au-delà, les gains attendus en moyenne deviennent marginaux ou nuls, tandis que le risque d'effets indésirables conduisant à l'arrêt du traitement augmente nettement, particulièrement pour les amphétamines.

2. Chez l'adulte, les amphétamines atteignent un plateau aux alentours de 50 mg par jour, et le méthylphénidate à 60 mg par jour est associé à un risque d'arrêt pour effets indésirables presque trois fois supérieur au placebo, pour un gain d'efficacité modeste à mesure que la dose augmente.

Ces données permettent de poser un cadre clinique plus précis. Elles invitent les prescripteurs à ne pas s'arrêter prématurément à des doses minimales lorsque les symptômes restent mal contrôlés, et inversement à ne pas franchir les plafonds règlementaires comme stratégie de routine.

==> Lorsqu'un patient nécessite des doses inhabituellement hautes pour obtenir un soulagement, la première question à se poser n'est pas pharmacologique mais diagnostique : une comorbidité anxieuse, thymique, autistique ou un trouble du sommeil expliquent peut-être la réponse partielle.

Lien vers l'article Substack en commentaire 👇

Dernier groupe de parole TDAH adulte en visio avant l’été.📅 Jeudi 21 mai 2026🕕 18h–19h🗣️ Thème : TDAH et thérapie — vos ...
17/05/2026

Dernier groupe de parole TDAH adulte en visio avant l’été.

📅 Jeudi 21 mai 2026
🕕 18h–19h
🗣️ Thème : TDAH et thérapie — vos attentes, vos expériences, vos interrogations

Un temps d’échange accessible, structuré et bienveillant, ouvert aux adultes avec TDAH et à leur entourage.

💻 En visio
15€ la séance

Infos et inscription :
https://www.psychologuesmontpellier.com/tdah

Comme à chaque fois, je vous partage mes réflexions au fil de ma pratique et de mes lectures. Aujourd’hui, je voudrais p...
15/05/2026

Comme à chaque fois, je vous partage mes réflexions au fil de ma pratique et de mes lectures.

Aujourd’hui, je voudrais parler d’un concept qui me semble très utile pour penser certaines discussions actuelles en psychopathologie : le conceptual bracket creep.

Je vais surtout l’aborder à partir de la question du traumatisme, en particulier lorsqu’on explique certains symptômes du TDAH adulte par le trauma, le trauma complexe ou ce que certains appellent parfois le “développement traumatique”.

Je précise d’emblée deux choses.

D’abord, je ne vais pas m’étaler sur le trauma en général, ni sur le TSA : d’autres en parlent mieux que moi, avec plus d’expérience, plus de spécialisation, ou simplement une parole plus située. Mon objectif est plus modeste : proposer un repère conceptuel pour essayer de penser un peu plus finement certaines confusions possibles.

Ensuite, ce texte est une proposition de réflexion. Il est évidemment ouvert aux remarques, aux désaccords argumentés et respectueux, aux compléments et aux nuances.

🔵 Une parenthèse rapide sur le TSA

Le TSA occupe beaucoup les réseaux en ce moment, entre personnes concernées, proches, professionnels, vulgarisateurs, militants et parfois aussi contenus beaucoup plus approximatifs.

Le conceptual bracket creep peut aider à comprendre une partie de ce qui se joue : au fil du temps, la catégorie “autisme” s’est élargie. Le passage à la notion de trouble du spectre de l’autisme a permis de reconnaître des profils qui étaient auparavant invisibilisés, notamment des adultes, des femmes, des personnes sans déficience intellectuelle, ou des présentations moins conformes aux images classiques de l’autisme.

Cette reconnaissance est précieuse. Cependant, tout élargissement conceptuel pose aussi une question de précision : à partir de quel moment une catégorie devient-elle tellement inclusive qu’elle risque de regrouper des réalités cliniques très différentes ? Traits autistiques, anxiété sociale, particularités sensorielles, effets du trauma, rigidités défensives, retrait relationnel, différences tempéramentales peuvent parfois se ressembler en surface, sans relever nécessairement de la même organisation.

Je referme cette parenthèse ici, parce que ce n’est pas le cœur de mon propos.

◼️ Le conceptual bracket creep :

Le conceptual bracket creep désigne l’élargissement progressif des frontières d’un concept. Des phénomènes qui étaient auparavant situés en dehors d’une catégorie finissent peu à peu par entrer dans ses “crochets” conceptuels.

Ce déplacement ne concerne pas uniquement les manuels diagnostiques. Il touche aussi le langage ordinaire, les pratiques cliniques, les réseaux sociaux, les institutions, et plus largement notre manière de reconnaître certaines expériences humaines comme relevant d’une même catégorie.

Dans la littérature sur le concept creep, ce phénomène a été décrit à propos de notions liées au tort, à la souffrance ou à la pathologie : trauma, abus, harcèlement, préjudice, trouble mental, etc.

L’effet est ambivalent.

D’un côté, l’élargissement d’un concept peut rendre visibles des souffrances auparavant minimisées. De l’autre, il peut brouiller les distinctions, rendre les catégories moins discriminantes, et produire une sorte de langage général du mal-être.

🔵 Le trauma :

Historiquement, le traumatisme psychique a longtemps été associé à des événements extrêmes : guerre, viol, torture, catastrophe, accident grave, menace vitale directe.

Avec le temps, le terme a progressivement été utilisé pour désigner des expériences plus larges : harcèlement, humiliations répétées, invalidation relationnelle, exposition indirecte, stress chronique, insécurité affective, souffrance psychologique intense.

Cette extension n’est pas absurde. Certaines expériences qui ne correspondent pas à l’image spectaculaire du trauma peuvent avoir des effets profonds, durables, parfois massifs. Des violences psychologiques, une négligence prolongée, une relation d’attachement insécure ou désorganisante, un environnement imprévisible peuvent marquer le développement d’une manière très réelle.

La difficulté commence lorsque le mot “trauma” devient une explication trop disponible. À ce moment-là, il peut finir par recouvrir des réalités assez différentes : un PTSD, un stress chronique, une blessure narcissique, une adversité sociale, une difficulté d’attachement, une hypersensibilité, une dépression, une honte persistante, une anxiété relationnelle, une trajectoire familiale compliquée.

Or toutes ces expériences peuvent être douloureuses sans relever du même mécanisme clinique.

▫️ Événement marquant, traumatisme, PTSD :

Un événement de vie peut être très important dans l’histoire d’une personne sans être traumatique au sens strict. Une rupture, une humiliation, un échec, une trahison, un rejet ou une perte peuvent devenir des événements "organisateurs" (dans la formulation clinique) : ils modifient le rapport à soi, aux autres, à la confiance, au risque, à l’avenir.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il existe une organisation post-traumatique.

Dans un PTSD, on cherche autre chose : une mémoire de menace qui continue à se réactiver, des intrusions, des cauchemars, une détresse physiologique aux rappels, des évitements, une hypervigilance, des altérations durables du rapport à soi, aux autres et au monde.

La question clinique : “comment cet événement est-il présent aujourd’hui dans le fonctionnement psychique, corporel, relationnel et attentionnel de la personne ?”

🔵 Trauma complexe, trauma développemental, “développement traumatique” :

C’est ici que le sujet rejoint plus directement le TDAH adulte. Une difficulté fréquente, aujourd’hui, tient au fait que plusieurs notions liées au trauma circulent en même temps : PTSD, trauma complexe, trauma développemental, Developmental Trauma Disorder, “développement traumatique”, parfois aussi “système nerveux traumatisé”, “profil traumatique”, “faux TDAH”, etc.

Certaines de ces notions sont solides, discutées, documentées, cliniquement utiles. D’autres sont plus floues, plus métaphoriques, ou parfois employées de manière très extensive. Le problème ne vient pas seulement de leur existence, mais de leur usage lorsqu’elles deviennent des explications quasi automatiques de symptômes qui ressemblent à ceux du TDAH adulte.

Or, c’est précisément là que le conceptual bracket creep devient utile : il permet de repérer comment le concept de trauma, en s’élargissant, peut finir par absorber des manifestations très diverses, y compris des difficultés attentionnelles, exécutives ou émotionnelles qui pourraient aussi relever d’un trouble neurodéveloppemental.

◼️ Le trauma complexe :

Dans la CIM-11, l’ESPT complexe est reconnu comme une catégorie distincte. Il associe les symptômes centraux du PTSD à des perturbations durables de l’organisation de soi : difficultés de régulation émotionnelle, image de soi négative, troubles relationnels persistants.

C’est une proposition importante pour penser certaines trajectoires marquées par des expositions prolongées, répétées, interpersonnelles, souvent précoces, parfois dans des contextes dont il était difficile ou impossible de sortir.

Cependant, son statut comme catégorie distincte reste discuté dans la littérature scientifique. Le DSM-5 et le DSM-5-TR n’ont pas retenu un diagnostic séparé de PTSD complexe. Ils ont plutôt intégré, entre autres, un sous-type dissociatif du PTSD. Certains chercheurs défendent l’intérêt du PTSD complexe, parce qu’il décrit mieux certaines présentations cliniques que le PTSD classique. D’autres interrogent son recouvrement avec le PTSD, la dissociation, les troubles de personnalité, les troubles de l’attachement ou certaines formes de dysrégulation émotionnelle.

Ce débat illustre assez bien le conceptual bracket creep : faut-il élargir la catégorie du PTSD afin de mieux reconnaître des formes complexes de souffrance post-traumatique, ou risque-t-on de faire entrer sous le même terme des organisations cliniques hétérogènes ?

Cette question devient très concrète lorsqu’un adulte consulte pour un possible TDAH.

En effet, la dysrégulation émotionnelle, les difficultés relationnelles, l’agitation interne, l’instabilité attentionnelle, la honte, la désorganisation ou les conduites d’évitement peuvent apparaître dans un TDAH adulte, dans un PTSD, dans un trauma complexe, dans une dépression, dans un trouble anxieux, dans un trouble du sommeil, dans certaines organisations de personnalité, ou dans plusieurs de ces dimensions à la fois.

Autrement dit, la ressemblance symptomatique ne suffit pas.

🔵 Trauma développemental, DTD et “développement traumatique”

Le trauma développemental désigne généralement les effets d’expositions traumatiques précoces, répétées ou chroniques, souvent dans le cadre des relations d’attachement : maltraitance, négligence, violences intrafamiliales, abus, insécurité durable, imprévisibilité parentale.

L’idée centrale est que le trauma ne produit pas seulement des symptômes post-traumatiques classiques. Il peut affecter le développement de la régulation émotionnelle, de l’attachement, de l’identité, du corps, de l’attention, de la relation et du sentiment de sécurité.

Cette idée est cliniquement précieuse, surtout lorsqu’on rencontre des patients dont les difficultés ne se laissent pas bien décrire par un PTSD simple.

Il existe aussi une proposition diagnostique appelée Developmental Trauma Disorder (DTD), notamment associée aux travaux de van der Kolk et de plusieurs auteurs travaillant sur les traumatismes précoces et chroniques chez l’enfant. Le DTD a été proposé pour mieux rendre compte de profils dans lesquels le PTSD classique semble insuffisant : dysrégulation affective, troubles attentionnels, troubles somatiques, difficultés relationnelles, perturbations de l’attachement, conduites défensives, altérations du rapport à soi.

Mais ce diagnostic n’a pas été retenu dans le DSM-5 ni dans le DSM-5-TR.

Ce point me semble important à formuler correctement : le trauma développemental n’est pas une invention des réseaux sociaux. Le Developmental Trauma Disorder existe comme proposition sérieuse dans la littérature clinique et scientifique. Mais il ne constitue pas, à ce jour, une catégorie diagnostique officielle dans le DSM.

L’expression “développement traumatique”, que l’on voit parfois circuler, me paraît encore plus délicate. Elle peut être utilisée pour dire quelque chose de juste : certaines personnes se sont construites dans un environnement où la menace, l’imprévisibilité, la négligence ou l’intrusion ont profondément marqué leur développement.

Cependant, cette expression peut aussi donner l’impression que le développement entier du sujet serait défini par le trauma.

À ce moment-là, il devient plus difficile de penser le tempérament, la génétique, le neurodéveloppement, les ressources, les rencontres réparatrices, les apprentissages, la culture, les conditions sociales, les défenses, les identifications, et toutes les zones de vie qui ne se réduisent pas à la blessure.

◼️ Quand ces notions viennent expliquer le TDAH adulte

Dans les discussions actuelles, on entend parfois une formule du type : “ce n’est pas un TDAH, c’est du trauma”.

Parfois, cette hypothèse est pertinente.

Une personne peut présenter des difficultés attentionnelles parce que son attention est captée par la menace. Elle peut paraître “distraite” alors qu’elle est en hypervigilance. Elle peut sembler “dans la lune” alors qu’elle dissocie légèrement. Elle peut procrastiner parce que la tâche réactive de la honte, de l’impuissance ou un souvenir d’échec. Elle peut être agitée parce que son corps reste en état d’alerte. Elle peut avoir des difficultés d’organisation parce que le sommeil est altéré, parce que l’anxiété est constante, parce que l’évitement prend toute la place.

Dans ces cas-là, parler trop vite de TDAH peut effectivement masquer une organisation post-traumatique. Mais l’inverse existe aussi.

Une personne peut avoir un TDAH ancien, développemental, présent depuis l’enfance, dans plusieurs contextes, avec des difficultés d’inattention, d’impulsivité, de régulation, d’organisation et d’inhibition qui précèdent les événements traumatiques identifiés. Elle peut avoir ensuite vécu des échecs, des humiliations, des conflits, du rejet, de la honte, parfois des violences ou de la négligence. À ce moment-là, le trauma ne remplace pas l’hypothèse TDAH. Il peut s’y ajouter, l’aggraver, la compliquer, ou modifier sa présentation.

🔵 TDAH + PTSD / trauma complexe :

La situation la plus intéressante cliniquement n’est pas toujours le différentiel pur. Elle est souvent dans la combinaison.

Un TDAH peut augmenter l’exposition à certaines expériences négatives : conflits répétés, rejet scolaire, sanctions, incompréhensions familiales, ruptures relationnelles, prises de risque, sentiment chronique d’échec, honte de ne pas réussir à faire ce que les autres semblent faire plus simplement.

Dans certains environnements, ces expériences peuvent devenir traumatiques, ou s’inscrire dans une trajectoire d’adversité plus large.

Inversement, un PTSD ou un trauma complexe peut majorer les difficultés d’une personne avec TDAH : sommeil plus fragile, hyperactivation, évitement, dissociation, irritabilité, honte, fatigue cognitive, attention captée par les signaux de danger, diminution de la disponibilité exécutive.

Dans ces cas, l’enjeu clinique n’est pas de choisir une étiquette qui remplacerait toutes les autres. Il s’agit plutôt de comprendre comment les dimensions s’articulent.

🔸 Qu’est-ce qui relève du fonctionnement neurodéveloppemental de base ?
🔸 Qu’est-ce qui relève d’une adaptation à la menace ?
🔸 Qu’est-ce qui relève des conséquences secondaires du TDAH : échecs, rejet, honte, conflits, épuisement ?
🔸 Qu’est-ce qui relève de mécanismes actuels de maintien : évitement, rumination, insomnie, consommation, surcharge, isolement ?
🔸 Qu’est-ce qui se renforce mutuellement ?

Cette articulation évite deux réductions symétriques : transformer le TDAH en simple conséquence du trauma, ou traiter le trauma comme un bruit de fond secondaire chez une personne TDAH.

◼️ Quelques distinctions cliniques utiles

Une distractibilité ancienne, présente depuis l’enfance, dans plusieurs contextes, fluctuante selon l’intérêt, la stimulation, la nouveauté ou la pression temporelle, oriente plutôt vers une hypothèse TDAH.

Une attention captée par les signaux de danger, les micro-réactions d’autrui, les souvenirs intrusifs, les sensations corporelles menaçantes ou les situations d’impuissance, oriente plutôt vers une hypothèse post-traumatique.

Une agitation interne décrite comme besoin de mouvement, impatience, recherche de stimulation ou difficulté à inhiber l’action ne se formule pas exactement comme une activation corporelle liée à la menace, à l’alerte ou à la peur.

Une instabilité émotionnelle ancienne, rapide, souvent liée à la frustration, au rejet perçu, à l’interruption ou à la difficulté d’inhibition, ne s’interprète pas de la même manière qu’une détresse relationnelle organisée autour de la honte, de l’abandon, de la culpabilité traumatique ou de la peur.

Une dissociation légère peut ressembler à de l’inattention, mais elle implique souvent un autre rapport au corps, au temps, à la mémoire, à la présence et à la continuité subjective.

Une procrastination peut relever d’un déficit d’initiation, d’une aversion à l’effort, d’un problème de séquençage, d’un perfectionnisme anxieux, d’un évitement traumatique, d’une anticipation de honte, ou d’une combinaison de ces mécanismes.

Le même comportement observable peut donc avoir plusieurs fonctions.

C’est précisément pour cela qu’il faut résister à la tentation d’une explication unique.

🔵 Le TDAH adulte a aussi sa propre histoire d’élargissement

Il faut ajouter un point, parce qu’il serait trop simple de ne parler du bracket creep que du côté du trauma.

Le TDAH adulte a lui-même connu une extension historique. Il a longtemps été pensé comme un trouble de l’enfant. Il est maintenant bien établi qu’il peut persister à l’âge adulte, avec des manifestations parfois différentes : agitation interne plutôt qu’hyperactivité visible, désorganisation, impulsivité décisionnelle, difficultés de priorisation, instabilité motivationnelle, troubles de la gestion du temps.

Cette reconnaissance a été importante, notamment pour des adultes longtemps passés sous les radars, en particulier des profils inattentifs, des femmes, ou des personnes ayant beaucoup compensé.

Mais, là encore, l’élargissement d’une catégorie pose une question de précision. Si toute difficulté exécutive, toute procrastination, toute fatigue attentionnelle, toute instabilité émotionnelle ou tout sentiment de décalage devient un indice de TDAH, le concept perd sa valeur clinique.

Les données actuelles soutiennent la validité du TDAH adulte, mais elles rappellent aussi plusieurs points de prudence : l’importance d’un début dans l’enfance, la présence des symptômes dans plusieurs contextes, le retentissement fonctionnel, le diagnostic différentiel, les comorbidités, et le fait qu’aucun test neuropsychologique ou biomarqueur ne suffit à lui seul à poser le diagnostic.

C’est ici que le raisonnement clinique devient plus exigeant : le TDAH adulte est une réalité clinique, et son sur-emploi possible ne doit pas conduire à le disqualifier. De même, le trauma est une réalité clinique majeure, et son extension possible ne doit pas conduire à minimiser ses effets.

◼️ Une boussole clinique

Pour éviter que le trauma devienne une explication trop englobante du TDAH adulte, ou que le TDAH masque une organisation post-traumatique, quelques questions peuvent aider :

🔹 Les difficultés attentionnelles étaient-elles présentes avant les événements traumatiques identifiés ?

🔹 Étaient-elles visibles dans plusieurs contextes : école, famille, loisirs, travail, relations ?

🔹 La personne décrit-elle surtout une distractibilité, une hypervigilance, une dissociation, une rumination, une fatigue, un évitement, ou plusieurs de ces phénomènes ?

🔹 Les symptômes sont-ils stables dans la trajectoire, ou apparaissent-ils surtout autour de déclencheurs, de rappels, de conflits, de figures d’autorité, de situations d’impuissance ?

🔹 L’agitation ressemble-t-elle à un besoin de stimulation, à une tension anxieuse, à une activation traumatique, ou à une stratégie d’évitement corporel ?

🔹 Les difficultés exécutives diminuent-elles avec la structure, l’intérêt, l’urgence, la stimulation et l’accompagnement, ou bien sont-elles surtout modulées par le sentiment de sécurité ?

🔹 La personne a-t-elle une histoire de compensations anciennes : surtravail, masquage, stratégies rigides, dépendance à la pression, évitement administratif, effondrement après effort ?

🔹 Les symptômes post-traumatiques sont-ils présents : intrusions, cauchemars, évitements spécifiques, détresse physiologique aux rappels, hypervigilance, altérations durables du rapport à soi et aux autres ?

🔹 Que devient la compréhension de la situation si l’on retire provisoirement l’étiquette “trauma” ?

🔹 Que devient-elle si l’on retire provisoirement l’étiquette “TDAH” ?

Ces questions visent à reconnaitre la complexité du vécu de la personne, en évitant qu’une catégorie disponible culturellement vienne recouvrir trop vite l’ensemble du tableau.

🔵 Ce que le conceptual bracket creep nous rappelle ici

À mon sens, le conceptual bracket creep est un rappel de méthode.

Lorsqu’un concept devient très disponible culturellement, il devient aussi très disponible cliniquement. Il circule plus vite, il explique davantage de choses, il donne du sens, il rassure parfois, il permet une reconnaissance. Mais sa puissance explicative peut devenir un problème lorsqu’elle remplace l’enquête clinique.

Dans le TDAH adulte, ce point est particulièrement important, parce que les symptômes attentionnels et exécutifs sont très sensibles au contexte : sommeil, anxiété, dépression, surcharge, trauma, dissociation, consommation, pression sociale, environnement professionnel, exigences administratives, relations, estime de soi.

Le trauma peut être central dans une histoire sans tout expliquer.

Le TDAH peut être réel sans rendre compte de toute la souffrance.

Le trauma complexe peut être une formulation pertinente sans absorber toutes les formes de dysrégulation.

Le trauma développemental peut éclairer des trajectoires profondes sans transformer toute difficulté développementale en trauma.

Et le fait qu’une catégorie soit discutée ne signifie pas qu’elle soit inutile, cela signifie qu’elle mérite d’être utilisée avec précision.

Finalement, la question la plus utile n’est peut-être pas : “est-ce du TDAH ou du trauma ?”

Dans beaucoup de situations, elle serait plutôt : “quelle part du fonctionnement actuel relève d’une trajectoire neurodéveloppementale, quelle part relève d’une adaptation à la menace, quelle part relève des conséquences secondaires du TDAH, quelle part relève des mécanismes de maintien actuels, et comment tout cela s’est-il articulé dans l’histoire singulière de cette personne ?”

SOURCES :
Haslam (2016) (2020)
McNally (2003, 2006, 2009)
Rosen & Lilienfeld (2008)
American Psychiatric Association, DSM-5 / DSM-5-TR
World Health Organization, ICD-11
Friedman et al., Handbook of PTSD
Cortese et al., “Attention-deficit/hyperactivity disorder in adults: evidence base, uncertainties and controversies”, World Psychiatry (2025)

Adresse

264 Rue Sonja Hénié
Montpellier
34090

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