Psychologue - TDAH Adulte - Guillaume Baissette

Psychologue - TDAH Adulte - Guillaume Baissette Psychologue / Psychothérapeute / Titulaire d'un Master 2 en psychologie clinique
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🧠 Un programme d’exercice avec attention au corps améliore-t-il la conscience corporelle chez les adultes avec TDAH ?👉 L...
15/04/2026

🧠 Un programme d’exercice avec attention au corps améliore-t-il la conscience corporelle chez les adultes avec TDAH ?

👉 La réponse de l’étude : Oui, sur la conscience corporelle, les résultats vont dans ce sens.

Après 12 semaines, les participants qui suivaient un programme structuré d’exercice avec une attention portée au corps ont montré une amélioration plus nette de leur conscience corporelle que ceux qui recevaient les soins habituels.

Concrètement :
🔹 leur score global de conscience corporelle s’améliore davantage (p < 0,001)
🔹 cela signifie que l’écart observé entre les groupes a très peu de chances d’être dû au hasard
🔹 certains aspects précis progressent aussi, notamment la tension musculaire et le vécu lié à l’activité physique
🔹 en revanche, la qualité du mouvement ne s’améliore pas de manière clairement différente par rapport au groupe contrôle

👉 Autrement dit, ce que l’étude suggère surtout, ce n’est pas que le TDAH serait globalement « amélioré » par l’exercice, ni que le corps fonctionnerait objectivement mieux sur tous les plans. Elle montre plus précisément qu’un tel programme peut être associé à une meilleure perception du corps : un repérage un peu plus fin de certaines sensations, tensions ou états corporels.

🏃 Pour aller plus loin

L’étude START est un essai contrôlé randomisé mené chez des adultes avec TDAH.

🔬 Méthodologie
🔹 63 participants au départ
🔹 39 avec données complètes inclus dans l’analyse principale
🔹 12 semaines d’intervention
🔹 groupe 1 : programme d’exercice structuré avec attention consciente portée au corps pendant le mouvement
🔹 groupe 2 : soins habituels
🔹 les séances supervisées duraient 50 minutes, et le programme visait aussi un total de 150 minutes d’activité physique par semaine
🔹 l’évaluation portait sur :
- la conscience corporelle
- la qualité du mouvement

📊 Résultats détaillés

🔹 amélioration significative de la conscience corporelle globale dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle
🔹 la taille d’effet sur le score total est élevée (1,17) : cela suggère une différence d’ampleur importante entre les groupes
🔹 amélioration également observée sur :
- la tension musculaire (p = 0,037, effet modéré)
- la dimension liée à l’activité physique (p < 0,001, effet important)

🔹 pour la qualité du mouvement : une amélioration est observée à l’intérieur du groupe intervention mais la différence entre les deux groupes n’atteint pas le seuil statistique habituel (p = 0,080)

👉 Il existe un signal intéressant, mais pas suffisamment solide pour conclure avec assurance que l’intervention améliore la qualité du mouvement au-delà des soins habituels

🧠 Ce que l’on peut raisonnablement en déduire
L’étude soutient surtout l’idée qu’un exercice structuré, lorsqu’il inclut une attention consciente aux sensations corporelles, peut aider certains adultes avec TDAH à mieux percevoir leur corps.

C’est un résultat intéressant, mais il faut garder la bonne échelle de lecture : on parle ici de conscience corporelle et de qualité du mouvement, pas d’une démonstration générale d’efficacité sur l’ensemble du TDAH.

⚠️ Limites
🔹 échantillon de petite taille
🔹 abandon important en cours d’étude
🔹 évaluateurs non en aveugle
🔹 outil de mesure encore non validé spécifiquement pour les adultes avec TDAH

💬 Bouger compte sans doute, mais la manière de bouger, c’est-à-dire l’attention portée à la respiration, aux tensions, au rythme, aux sensations, pourrait elle aussi avoir une fonction propre.

SOURCE :
Svedell, L. A., Holmqvist, K. L., Msghina, M., & Lindvall, M. A. (2026). Physical exercise and body awareness/movement quality in adults with attention deficit/hyperactivity disorder (ADHD): Results from the START randomized controlled trial. Complementary Therapies in Medicine, 98, 103372. Advance online publication. https://doi.org/10.1016/j.ctim.2026.103372

🔵 Je poursuis avec vous mon exploration du predictive processing en essayant d’en proposer une lecture qui puisse éclair...
14/04/2026

🔵 Je poursuis avec vous mon exploration du predictive processing en essayant d’en proposer une lecture qui puisse éclairer, avec prudence, certaines difficultés rencontrées chez les adultes avec TDAH. Après les priors, les prediction errors, la precision et l’hierarchical inference, aujourd’hui on s'arrête sur "l’active inference".

L'inférence active oblige à déplacer assez profondément la manière dont on pense l’action. En effet, dans beaucoup de modèles spontanés du fonctionnement psychique, on raisonne encore comme si les choses se déroulaient selon une séquence simple : d’abord je perçois, ensuite j’évalue, puis enfin j’agis. L’active inference introduit une idée plus exigeante : agir n’est pas seulement une conséquence de l’inférence car agir fait déjà partie de l’inférence.

◼️ Autrement dit, l’action n’est pas seulement une réponse au monde, elle est aussi une manière de le faire advenir sous une certaine forme.

Dans ce cadre, l’organisme est pensé comme un système qui, en permanence, cherche une voie d’ajustement entre ce qu’il vise, ce qu’il anticipe et ce qu’il rencontre effectivement. Or cet ajustement peut prendre au moins deux formes : soit l’on modifie surtout sa manière d’interpréter ce qui arrive, soit l’on intervient sur le monde, ou sur sa propre posture dans le monde, pour faire en sorte que ce qui arrive devienne plus compatible avec la trajectoire engagée.

🟣 De ce point de vue, agir c’est déjà sélectionner une certaine manière d’habiter la situation.

Cette remarque conduit à une deuxième idée, à mon sens décisive : dans l’active inference, on ne choisit pas simplement une action ponctuelle, comme on appuierait sur un bouton. On sélectionne plutôt ce que les auteurs appellent une policy (politique), c’est-à-dire une ligne d’action, une séquence, une trajectoire possible. Ce point est important, parce qu’il déplace immédiatement la réflexion du côté du temps. Il ne s’agit plus seulement de se demander : “que vais-je faire maintenant ?”, mais plutôt : “dans quelle suite d’étapes suis-je en train de m’engager, et vers quel état cette suite d’étapes est-elle censée me conduire ?”

⬛ C’est, me semble-t-il, une manière particulièrement forte de penser l’action humaine :
▪️ non comme un geste isolé ;
▪️ mais comme un engagement dans un chemin ;
▪️ non comme une réaction instantanée ;
▪️ mais comme une orientation dans une temporalité.

Prenons un exemple banal, justement parce qu’il permet de sentir le concept au plus près. Si j’ai soif, je peux bien sûr décrire la scène en termes simples : je ressens la soif, puis je vais boire. Mais on peut aussi la décrire autrement. J’entre dans une séquence : me lever, aller vers la cuisine, prendre un verre, ouvrir le robinet, boire. Ce qui compte alors, ce n’est pas chacun de ces actes pris séparément, mais le fait qu’ils tiennent ensemble comme les moments d’une trajectoire orientée vers un état final : ne plus avoir soif. En ce sens, l’action matérialise progressivement un futur visé.

🟠 L’active inference suppose donc une certaine profondeur temporelle.

Et cette dernière remarque ouvre, me semble-t-il, le point le plus intéressant pour le TDAH adulte. Car si l’action doit être pensée comme sélection et maintien d’une trajectoire, alors toute difficulté à rester engagé dans une ligne d’action, à faire exister un futur dans le présent, à tolérer les étapes intermédiaires non gratifiantes, ou à soutenir une direction malgré les déviations locales, devient immédiatement théoriquement significative.

🟡 Hypothèse :

⬛ une partie de la difficulté, dans le TDAH adulte, pourrait moins relever d’un simple déficit d’attention que d’une difficulté à transformer un futur visé en trajectoire d’action suffisamment stable.

Beaucoup d’adultes avec TDAH savent ce qu’ils ont à faire, comme le dit Barkley. Ils connaissent l’objectif. Ils en comprennent l’importance. Ils peuvent même, parfois, en anticiper assez lucidement les conséquences à moyen terme. Et pourtant, entre cette représentation du but et l’action effectivement soutenue, quelque chose se défait. Ce n’est pas nécessairement l’intention qui manque mais peut-être la capacité à la convertir en politique stable, c’est-à-dire en suite d’étapes suffisamment tenues pour conduire jusqu’au terme.

🟤 L’active inference dans le TDAH adulte.

Elle permet de reformuler plusieurs phénomènes cliniques du TDAH adulte sans les réduire à une simple opposition entre “motivé” et “pas motivé”, ou entre “attentif” et “distrait”.

Par exemple :

▪️ La procrastination peut être relue comme une difficulté à engager puis maintenir une politique dont les bénéfices sont lointains, abstraits, ou insuffisamment incarnés dans le présent.

▪️ La difficulté à commencer pose la question du passage entre le but représenté et la première séquence concrète permettant de l’habiter réellement.

▪️ La difficulté à persévérer renvoie, elle, à la fragilité de la trajectoire : la ligne d’action existe peut-être, mais elle ne se maintient pas assez fortement face aux sollicitations concurrentes.

▪️ La dépendance au dernier moment, bien décrite par Barkley : lorsqu’une échéance devient imminente, la politique d’action cesse d’être lointaine et hypothétique, elle acquiert brutalement une consistance beaucoup plus forte dans le présent.

🟢 Ce point conduit d’ailleurs à une question que les cliniciens rencontrent constamment : pourquoi des personnes qui semblent incapables de soutenir certaines tâches peuvent-elles, dans d’autres contextes, se montrer extraordinairement absorbées, efficaces, voire infatigables ?

Si l’on raisonne en termes d’active inference, le problème c’est peut-être le caractère très inégal de cet engagement selon la nature de la politique en question. Certaines trajectoires, parce qu’elles sont immédiatement stimulantes, riches, absorbantes ou gratifiantes, capturent puissamment le système. D’autres, plus longues, plus ternes, plus différées, peinent à se constituer comme chemins réellement habitables.

🔶 Il me semble que cela éclaire assez bien l’un des paradoxes majeurs du TDAH adulte :
▪️ ne pas réussir à s’engager dans ce qu’on juge important ;
▪️ mais pouvoir s’engager de manière extrêmement soutenue dans ce qui accroche fortement.

Autrement dit : dans quelle politique d’action le sujet peut-il réellement entrer, et qu’est-ce qui permet qu’il y reste ?

Barkley insiste fortement sur le fait que le TDAH adulte touche à la capacité de faire exister le futur dans le présent, c’est-à-dire à la possibilité de laisser les conséquences différées guider l’action actuelle. En ce sens, l’active inference offre un vocabulaire théorique étonnamment proche de cette clinique : agir, c’est précisément laisser un état futur visé organiser déjà les séquences présentes. Dès lors, on peut faire l’hypothèse que, chez certains adultes avec TDAH, le futur ne parvient pas toujours à prendre assez de réalité psychique pour structurer durablement la conduite.

🔴 Ce point me paraît central, parce qu’il permet d’éviter deux contresens symétriques.

Le premier serait de moraliser la difficulté : “s’il n’agit pas, c’est qu’il ne veut pas vraiment”. Le second serait de biologiser trop vite en écrasant toute dimension de sens : “il n’y a là qu’un problème mécanique d’attention”. L’intérêt de l’active inference, à mon sens, est justement de tenir ensemble l’organisation de l’action, le rapport au futur, la sélection de trajectoires, la sensibilité au contexte, et l’expérience subjective d’avancer, ou de ne pas réussir à avancer.

🟣 La question émotionnelle.

Un organisme ne se contente pas de “faire”, il a aussi, d’une certaine manière, à sentir s’il existe encore un chemin "praticable". Lorsqu’aucune voie claire ne s’impose, lorsque les options restent coûteuses, floues ou contradictoires, il peut devenir plus difficile de se sentir orienté. Or il me semble qu’on retrouve là quelque chose de très clinique dans le TDAH adulte : la frustration lorsque rien ne démarre, l’irritation lorsque la trajectoire se bloque, la montée de tension lorsque le plan se disloque, le découragement lorsqu’aucune voie n’arrive à se stabiliser.

L’active inference offre un cadre intéressant pour penser le fait que certaines émotions surgissent précisément là où la continuité de l’action se défait, où le futur perd sa prise sur le présent, où la personne ne se sent plus vraiment engagée dans une voie soutenable.

🔵 Déplacer la lecture de certaines difficultés.

On ne parle plus seulement :
▪️ d’attention versus distraction ;
▪️ de motivation versus paresse ;
▪️ de contrôle versus impulsivité.

On parle d’un sujet qui peut éprouver des difficultés à :
▪️ sélectionner une ligne d’action ;
▪️ y entrer réellement ;
▪️ la maintenir malgré les bifurcations possibles ;
▪️ tolérer ses phases intermédiaires peu gratifiantes ;
▪️ et continuer à être orienté par un futur qui, pourtant, reste souvent trop lointain pour peser assez dans l’instant.

⬛ L’inférence active désigne l’idée que l’action consiste moins à réagir au monde qu’à s’engager dans une trajectoire permettant de faire advenir un certain futur et le TDAH adulte peut alors être relu, au moins en partie, comme une difficulté à stabiliser cette trajectoire dans le temps.

SOURCES :
Kooij et al., Adult ADHD: Diagnostic Assessment and Treatment (2021) ;
Barkley, Taking Charge of Adult ADHD (2021) ;
de Haan, Enactive Psychiatry (2020) ;
Cheng, Sato & Hohwy, Expected Experiences: The Predictive Mind in an Uncertain World (2024)

🧠 Pourquoi certains adultes avec TDAH s’améliorent-ils sous traitement sans voir leur quotidien changer autant qu’ils l’...
13/04/2026

🧠 Pourquoi certains adultes avec TDAH s’améliorent-ils sous traitement sans voir leur quotidien changer autant qu’ils l’espéraient ?

👉 Ce que dit l'étude : Chez certaines personnes, des difficultés plus larges de fonctionnement de la personnalité, c’est-à-dire dans la manière de réguler ses émotions, ses comportements, son rapport à soi et aux autres, semblent freiner l’amélioration du quotidien, même lorsque les symptômes de TDAH diminuent au cours du suivi.

On connaît bien ça, en clinique comme dans la vie ordinaire : la personne dit qu’elle est un peu moins dispersée, un peu moins débordée et pourtant, le travail reste fragile, les relations demeurent tendues, l’organisation quotidienne continue de se défaire à bas bruit.

Comment comprendre ce décalage ?

Cette étude propose une hypothèse précise : l’évolution ne dépend pas seulement de la baisse des symptômes de TDAH ni des variables médicamenteuses ; elle semble aussi liée à des dimensions plus générales du fonctionnement psychique et relationnel. Autrement dit, aller un peu mieux sur le plan symptomatique ne se traduit pas toujours, de manière automatique, par une vie plus stable ou plus habitable.

📊 L’étude

🔹 Les participants s’améliorent en moyenne au cours du suivi sous traitement :

- le handicap fonctionnel diminue d’environ 0,26 point sur le WHODAS 2.0.
- les symptômes de TDAH diminuent d’environ 0,26 unité standardisée (“z-unit”, sur un score combiné ASRS/CSS).

👉 Dans l’ensemble, les patients vont plutôt mieux avec le temps, mais cette amélioration reste variable d’une personne à l’autre. La diminution de "0,26" dans les deux cas n'est pas comparable car pas sur la même échelle.

🔹 Lorsque le dysfonctionnement de la personnalité est plus élevé, l’amélioration du quotidien est nettement plus limitée :

- association avec une moindre amélioration fonctionnelle : β = 0,44
- association avec des symptômes plus persistants : β = 0,20

👉 β “bêta” est un coefficient statistique issu d’un modèle de régression : il indique dans quel sens et à quel point une variable est associée à l’évolution d’un résultat. Cela signifie que plus ces difficultés sont marquées, plus le bénéfice ressenti dans la vie réelle tend à être freiné.

🔹 Certaines dimensions ressortent plus particulièrement pour le fonctionnement quotidien :

- affectivité négative : tendance à être plus envahi par des émotions pénibles
- détachement : retrait relationnel, distance affective, difficulté à s’engager dans les liens
- désinhibition : impulsivité, difficulté à se freiner ou à maintenir une ligne de conduite
- psychoticisme : style de fonctionnement plus atypique, plus excentrique ou plus dérégulé sur le plan perceptif et cognitif

👉 Ces dimensions étaient, dans cette étude, plus étroitement associées à l’évolution fonctionnelle que les variables médicamenteuses elles-mêmes.

🔹 Pour les symptômes résiduels de TDAH, c’est surtout la désinhibition qui ressort.

👉 Cela n’est pas très surprenant : c’est probablement la dimension qui recouvre le plus directement l’impulsivité, l’irresponsabilité ou la distractibilité déjà au cœur du tableau TDAH.

🧩 On raisonne souvent ainsi : moins de symptômes = meilleure vie.

Or cette étude invite à une lecture plus prudente : moins de symptômes peut aller de pair avec une amélioration réelle, sans que celle-ci suffise toujours à transformer, au même rythme, le fonctionnement quotidien.

C’est peut-être là le point le plus important : le traitement pharmacologique peut réduire une part du bruit attentionnel et de l’agitation interne ; cependant, si persistent des difficultés plus profondes de régulation émotionnelle, d’impulsivité, de rapport à soi ou aux autres, la vie quotidienne peut rester partiellement entravée.

📚 Pour aller plus loin

🔬 Méthodologie

246 adultes avec TDAH
66 % de femmes
âge moyen : 33,5 ans
étude longitudinale, en conditions réelles de soins
évaluations répétées à des intervalles irréguliers
analyses par modèles mixtes, adaptées à ce type de données déséquilibrées

👉 L’intérêt de cette méthode est important : elle décrit mieux la pratique clinique ordinaire qu’un protocole expérimental très contrôlé.

📊 Résultats détaillés

Le dysfonctionnement global de la personnalité est fortement associé à une moindre amélioration du fonctionnement (β = 0,44 ; p < 0,001)
Il est aussi associé à une plus grande persistance des symptômes de TDAH (β = 0,20 ; p < 0,001)
La dose de stimulant a un effet, mais plus modeste. La durée de traitement explique relativement peu de variance comparée aux dimensions de personnalité étudiées

👉 Ce que suggèrent les auteurs, ce n’est donc pas que « tout se joue dans la personnalité », ni que les symptômes compteraient moins ; c’est plutôt que l’évaluation du TDAH adulte gagne à être articulée à une évaluation plus fine du fonctionnement global de la personne.

⚠️ Limites de l’étude

- étude observationnelle et non randomisée
- attrition importante au fil du temps
- mesures principalement auto-rapportées
- pas de recueil systématique détaillé des interventions psychologiques associées
- échantillon issu d’une seule région suédoise

👉 Il faut donc éviter toute conclusion trop causale ou trop générale.

💡 Implications

Evaluer un traitement du TDAH adulte, est-ce seulement mesurer une baisse de symptômes, ou est-ce aussi examiner ce qui change, ou ne change pas, dans la capacité à travailler, s’organiser, soutenir ses liens, réguler ses affects, maintenir une continuité dans le temps ?

Les auteurs plaident, en ce sens, pour une prise en charge plus attentive au fonctionnement global, avec une évaluation dimensionnelle de la personnalité susceptible d’identifier plus tôt les personnes qui pourraient bénéficier d’une approche plus multimodale, incluant des interventions psychosociales ou basées sur les compétences, en plus du traitement pharmacologique.

SOURCE :
Jacobsson, P., Palage, E., Hopwood, C. J., Söderpalm, B., Krueger, R. F., Tasselius, V., & Nilsson, T. (2026). Personality Pathology and Functional Outcomes During Pharmacological Treatment of Adult ADHD. Personality and Mental Health, 20(2), e70071. https://doi.org/10.1002/pmh.70071

10/04/2026

Je dois encore aujourd'hui consacrer un post à une question qui me préoccupe parce qu'elle touche à la qualité de l'information mise à disposition des parents francophones.

Le site TDAH Focus (une nouvelle fois) diffuse depuis plusieurs mois des contenus sur le TDAH de l'enfant qui posent un problème grave de probité scientifique.

Je reprends aujourd'hui un nouvel exemple récent et précis, parce qu'il illustre un mode de fonctionnement éditorial qui mérite d'être nommé publiquement. Dans une publication récente, TDAH Focus affirme ceci : une étude publiée dans Frontiers in Psychiatry en 2024 aurait quantifié une relation dose-réponse entre temps d'écran et risque de TDAH chez l'enfant, avec un risque multiplié par 1,6 à une heure par jour, par 2,8 à deux heures, et par 3,7 au-delà de deux heures.

La phrase est accompagnée d'un visuel choc et d'un lien vers un article du site. J'ai pris le temps de remonter à la source. Voici ce qu'on découvre :

1. Les chiffres cités ne proviennent d'aucun article publié dans Frontiers in Psychiatry. Ils proviennent d'une preprint déposée en octobre 2024 sur la plateforme medRxiv, signée Wu et collaborateurs, portant sur 41 494 enfants du district de Longhua à Shenzhen. Cette preprint porte explicitement, en bas de chaque page, la mention rappelant qu'elle n'a pas été certifiée par évaluation par les pairs et qu'elle ne doit pas être utilisée pour guider la pratique clinique. Attribuer ces chiffres à Frontiers in Psychiatry est factuellement faux.

2. Plus troublant encore, il existe bien un article publié dans Frontiers in Psychiatry en 2024 sur le lien entre écrans et TDAH chez l'enfant. Il s'agit de Meng et collaborateurs, qui utilisent une méthodologie plus solide. Leurs résultats sont nettement plus prudents, ils ne fournissent aucun gradient dose-réponse du type cité, et les auteurs eux-mêmes précisent que la causalité identifiée n'est pas robuste et nécessite confirmation.

TDAH Focus passe cette étude sous silence et lui substitue les chiffres frappants d'une preprint non validée, tout en empruntant la légitimité de la r***e dans laquelle elle aurait dû être citée. Cette opération mérite d'être nommée pour ce qu'elle est, à savoir un emprunt d'autorité scientifique au service d'un effet rhétorique.

3. L'étude réellement citée, par ailleurs, ne mesure pas le risque de TDAH diagnostiqué. Elle mesure un score de dépistage rempli par les parents, le SDQ, qui peut refléter de l'anxiété, des troubles du sommeil, une dysrégulation émotionnelle ou un tempérament actif. Transformer ce score en risque de TDAH est précisément le type de raccourci qui alimente le surdiagnostic et la confusion clinique chez les francophones.

Si l'on s'en tenait à cette seule publication, on pourrait parler d'erreur isolée. Mais l'article complet hébergé sur le site, intitulé « TDAH et Écrans : Pourquoi la fin du jeu déclenche une crise », accumule d'autres affirmations qui ne résistent pas à la vérification.

On y lit que le cerveau TDAH produirait 30 à 40 pour cent de dopamine en moins en baseline, chiffre inventé qui ne correspond à aucune mesure validée en neurochimie du TDAH à ma connaissance.

On y lit que les écrans déclencheraient une libération dopaminergique de plus 200 à 400 pour cent en 10 à 15 minutes, chiffre tout aussi fabriqué.

On y lit que l'activité du noyau accumbens d'enfants TDAH jouant à Fortnite serait comparable à celle d'adultes consommant de la cocaïne légère, comparaison sensationnaliste qu'aucune étude n'a jamais établie.

On y trouve une référence à une étude attribuée à Volkow 2021, dans le Journal of Child Psychology, avec des effectifs précis de 184 enfants TDAH versus 156 neurotypiques, dont la trace est introuvable dans la littérature scientifique (il n'y a pas les références de toutes ces affirmations à la fin de l'article ...).

On y lit que jouer dehors produirait 30 pour cent de dopamine sur une heure quand jouer à Fortnite produirait 350 pour cent en 15 minutes, phrase qui n'a aucun sens neurochimique et qui n'est sourcée nulle part.

À cette accumulation de potentielles inventions chiffrées s'ajoute un problème éditorial qui frappe dès la lecture.

De larges portions du texte ne sont tout simplement pas écrites en français. On y trouve des phrases comme « Cerveau TDAH produit 30-40% dopamine inférieure baseline neurotypique », « Concentration jeux symptôme TDAH, pas preuve absence TDAH », « Pression sociale pairs renforce obligation ».

Ce style télégraphique sans articles, sans verbes conjugués, sans liaisons grammaticales, n'est ni du français standard ni du français professionnel. Il porte la signature caractéristique d'un texte généré par intelligence artificielle puis publié sans relecture humaine. Un témoignage attribué à une mère contient même la phrase « Mon fils pouvait passer littéralement 8 décembre », fragment incompréhensible qui suggère une hallucination de génération non corrigée.

Pour un site qui se présente comme rédigé par une pharmacienne et révisé médicalement par une psychologue clinicienne, et qui vend par ailleurs un programme à 87 euros, cette qualité éditoriale n'est pas acceptable.

Je tiens à être clair sur une chose. Cette critique n'est pas dirigée contre les personnes qui animent le site à titre individuel. Elle est dirigée contre une pratique éditoriale qui mélange fabrication de chiffres, attributions scientifiques fausses, génération automatisée non relue, et exploitation commerciale de l'angoisse parentale.

Cette pratique a un coût réel. Elle culpabilise des parents qui ne le méritent pas. Elle retarde le diagnostic différentiel chez des enfants dont les difficultés relèvent en réalité d'anxiété, de troubles du sommeil ou de difficultés contextuelles, parce que les écrans deviennent le coupable désigné. Elle pollue le travail des cliniciens francophones qui doivent ensuite défaire ces croyances en consultation. Elle contribue à dégrader la confiance générale dans l'information sur le TDAH au moment précis où cette confiance est la plus nécessaire.

Aux parents qui me lisent, je veux dire ceci. Vous méritez mieux que des chiffres inventés et des comparaisons avec la cocaïne. Vous méritez une information honnête sur ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas, et ce qui reste à explorer.

Aux confrères et consœurs du champ francophone, je veux dire qu'il devient à mon sens nécessaire que les voix scientifiquement compétentes prennent position publiquement quand des pratiques éditoriales de cette nature se généralisent. Le silence collectif les laisse prospérer.

🔵 Je continue à explorer le predictive processing et à en proposer une lecture susceptible d’éclairer certaines difficul...
09/04/2026

🔵 Je continue à explorer le predictive processing et à en proposer une lecture susceptible d’éclairer certaines difficultés rencontrées chez les adultes avec TDAH.

Après les priors, les prediction errors et la precision, je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur l’inférence hiérarchique et les prédictions hiérarchiques.

◼️ Le cerveau ne travaille pas sur un seul plan.

Dans le cadre du predictive processing, l’esprit n’est pas pensé comme un dispositif plat qui traiterait simplement des informations “brutes”. Il est plutôt décrit comme une organisation en étages.

⬛ Certains niveaux traitent des éléments très concrets, très immédiats, très proches de la sensation.
⬛ D’autres traitent des formes plus globales, des régularités, du contexte, de la situation en cours.
⬛ Et d’autres encore traitent des représentations plus abstraites : ce qui est en train de se passer, ce que cela signifie, ce qu’il faut faire, parfois même la manière dont cela s’inscrit dans une histoire plus large.

Autrement dit :
🔹 il y a des niveaux “bas”, proches du détail ;
🔹 des niveaux intermédiaires, proches des objets, des séquences et du contexte ;
🔹 et des niveaux “hauts”, plus proches de l’interprétation générale, du but, de la règle, de la croyance.

◼️ “Hierarchical inference”

Cela veut dire que le cerveau interprète le monde à travers plusieurs couches de traitement, qui doivent rester coordonnées entre elles.

Chaque niveau essaie, en quelque sorte, de donner sens au niveau situé en dessous.

⬛ Le niveau supérieur propose une organisation plus générale.
⬛ Le niveau inférieur apporte les détails concrets de ce qui se passe.
⬛ Et l’ensemble se construit dans un va-et-vient continu entre ces différents étages.

🟣 L’inférence hiérarchique, c’est le fait que l’esprit essaie en permanence de faire tenir ensemble :
▪️ le détail et l’ensemble ;
▪️ l’instant et le contexte ;
▪️ ce qui est perçu maintenant et ce que cela veut dire ;
▪️ l’action immédiate et la direction plus globale.

◼️ “Hierarchical predictions”

Ce sont les anticipations produites à chacun de ces niveaux.

Par exemple :
▪️ à un niveau très local, le système peut “anticiper” une suite sensorielle ou une configuration simple ;
▪️ à un niveau plus large, il peut anticiper ce qui devrait arriver dans la séquence en cours ;
▪️ à un niveau encore plus élevé, il peut anticiper le sens global de la situation, ou la conduite à tenir.

Donc, parler de prédictions hiérarchiques, c’est dire que le cerveau prévoit à plusieurs échelles en même temps.

Par exemple, dans une tâche ordinaire, il faut pouvoir faire tenir ensemble :
▪️ le but général ;
▪️ les étapes intermédiaires ;
▪️ ce qui se passe ici et maintenant ;
▪️ et les ajustements nécessaires en cours de route.

Si ces niveaux restent bien coordonnés, l’action garde une direction.
Si cette coordination devient instable, on peut :
▪️ perdre le fil ;
▪️ se laisser happer par le détail ;
▪️ oublier le contexte général ;
▪️ ou ne plus réussir à transformer une intention globale en action concrète soutenue.

🟡 Dans le TDAH

⬛ Chez certains adultes avec TDAH, la difficulté serait de maintenir un bon emboîtement entre les différents niveaux qui organisent l’action.

Autrement dit :
▪️ le but global ne guide pas toujours assez durablement l’action locale ;
▪️ le contexte général ne structure pas toujours assez bien la réponse immédiate ;
▪️ le projet ne tient pas toujours suffisamment face à ce qui surgit dans l’instant.

🟤 1. Pourquoi savoir ce qu'il faut faire ne suffit pas toujours ?

Parce que savoir globalement ce qu’il faudrait faire n’est pas encore réussir à faire descendre ce but dans les niveaux plus concrets de l’action :
▪️ commencer ;
▪️ tenir le fil ;
▪️ résister aux déviations ;
▪️ enchaîner les étapes ;
▪️ terminer.

⬛ Le niveau du projet et le niveau de l’exécution immédiate ne restent pas toujours bien arrimés l’un à l’autre.

🟤 2. La distractibilité

Elle peut être comprise comme le fait que le niveau local, ce qui apparaît maintenant, ce qui attire, ce qui stimule, ce qui surprend, prend trop facilement le dessus sur le niveau plus global qui organisait la tâche.

Autrement dit :
▪️ le détail l’emporte sur l’ensemble ;
▪️ l’immédiat l’emporte sur la ligne de conduite ;
▪️ le présent prend la main sur la structure générale.

🟢 3. Le mind wandering (vagabondage mental)

Le mind wandering : pensées multiples, changement rapide de thème, difficulté à rester sur une ligne mentale stable.

Ici ce serait une difficulté à maintenir une structure d’ensemble suffisamment stable pour organiser les contenus mentaux qui apparaissent.

On observe plus facilement :
▪️ une succession de contenus locaux ;
▪️ des bifurcations rapides ;
▪️ un traitement plus fragmenté ;
▪️ un fil mental moins stable.

🟧 4. La question du temps

Dans une perspective hiérarchique, cela revient à dire qu’un niveau élevé de modélisation, celui du futur visé, du plan, de la séquence à tenir, ne parvient pas toujours à structurer suffisamment les niveaux plus immédiats de la conduite.

Une difficulté à faire en sorte que ce but gouverne réellement l’action au moment où il faudrait.

🔴 Les émotions

⬛ Lorsqu’un état émotionnel local surgit, il peut devenir plus difficile de le réinscrire dans une structure plus large, le contexte, le but, la temporalité, la mise en perspective.

Autrement dit, l’état du moment peut prendre trop de place par rapport à l’organisation plus globale.

⬛ L’inférence hiérarchique, c’est l’idée que l’esprit fonctionne par niveaux, du plus concret au plus abstrait, et qu’un bon fonctionnement suppose qu’ils restent bien coordonnés.
⬛ Dans le TDAH adulte, une partie des difficultés pourrait alors tenir à la fragilité de cette coordination : le haut ne guide pas toujours assez durablement le bas.

SOURCES :
Kooij et al., Adult ADHD: Diagnostic Assessment and Treatment (2021)
Barkley, Taking Charge of Adult ADHD (2021)
de Haan, Enactive Psychiatry (2020)
Cheng, Sato & Hohwy, Expected Experiences: The Predictive Mind in an Uncertain World (2024).

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