15/01/2026
🔥L’ÉVEIL DE LA KUNDALINI🔥
OU COMMENT L’OCCIDENT A DÉNATURÉ UNE ÉNERGIE DE GUÉRISON POUR EN FAIRE UN PRODUIT SPIRITUEL SEXUALISÉ
L’éveil de la Kundalini n’est pas un phénomène moderne.
Ce n’est pas une découverte occidentale.
Et ce n’est certainement pas une expérience sexuelle sophistiquée destinée à nourrir l’ego spirituel.
À l’origine, la Kundalini est une notion sacrée, issue de traditions anciennes où l’on ne jouait pas avec les forces du vivant. Dans les textes fondateurs indiens, elle est décrite comme une énergie primordiale, une intelligence autonome de la vie, une puissance de transformation capable de détruire un individu psychiquement mal préparé. Ce n’est pas un hasard si son éveil était entouré de règles strictes, de longues années de discipline, de silence, d’ascèse, de purification du corps, du mental et du système émotionnel.
La Kundalini n’était pas convoquée.
Elle était respectée.
Elle n’était pas activée.
Elle survenait.
Elle n’était pas recherchée pour ses effets, mais redoutée pour ses conséquences.
Car ce que les traditions savaient, et que l’Occident refuse de regarder, c’est que cette énergie ne vient pas embellir une vie déjà stable. Elle vient démanteler ce qui est faux. Elle agit comme une force de réorganisation brutale, une intelligence de guérison radicale qui traverse l’être là où il est fracturé, dissocié, anesthésié.
Dans les textes anciens, l’éveil de la Kundalini n’est jamais décrit comme agréable. Il est décrit comme dévastateur pour l’ego, profondément déstabilisant pour l’identité, souvent accompagné de symptômes physiques, émotionnels et psychiques intenses. On y parle de feu, de tremblements, de désorientation, de solitude intérieure. On y parle de mort symbolique. Pas d’extase marketing.
Mais cette réalité-là ne se vend pas.
Alors l’Occident a fait ce qu’il fait toujours lorsqu’il rencontre quelque chose de trop vaste pour lui : il l’a simplifié, sexualisé, psychologisé, puis marchandisé. Il a arraché la Kundalini à son contexte spirituel, à sa rigueur, à sa dangerosité même, pour en faire un objet de fascination, un fantasme, un produit consommable.
Aujourd’hui, la Kundalini est devenue un mot-valise. On la colle à tout et n’importe quoi. Une émotion forte ? Kundalini. Un frisson dans la colonne ? Kundalini. Une activation sexuelle intense ? Kundalini. Un stage, une séance, une respiration forcée ? Kundalini.
Et bien sûr, des “thérapeutes Kundalini”, il y en a treize à la douzaine. Pour certains qui n’ont ni traversé un éveil réel, ni intégré ses conséquences, ni assumé les effondrements qu’il provoque. Certains confondent activation nerveuse et transformation spirituelle, excitation émotionnelle et intelligence de guérison. Certains déclenchent des processus qu’ils sont incapables de contenir, laissant derrière eux des individus fragmentés, dissociés, perdus, parfois en grande détresse psychique.
Pour moi, la plus grande perversion occidentale reste la sexualisation de la Kundalini. Parce que la sexualité fascine. Parce qu’elle attire. Parce qu’elle permet de vendre du sacré sans demander de maturité intérieure. Oui, la Kundalini peut traverser le bassin. Oui, elle peut réveiller des zones liées à la sexualité. Mais ce n’est ni son origine, ni son but.
Le bassin est un lieu de stockage. Il contient des mémoires archaïques, des traumatismes relationnels, des blessures de domination, de honte, de contrôle. Quand l’énergie de guérison traverse ces zones, elle libère. Et l’Occident, fidèle à sa confusion chronique, a pris la libération pour du plaisir, la décharge pour de la jouissance, la réparation pour une expérience sexuelle mystifiée.
C’est une erreur grave.
La Kundalini n’est pas une énergie sexuelle.
C’est une énergie de réparation profonde.
Elle agit là où le système a été contraint, figé, coupé pour survivre.
De ma compréhension, de mon vécu, de mon observation, cette énergie ne s’éveille jamais par curiosité spirituelle. Elle ne répond pas à la volonté. Elle ne se déclenche pas par désir d’éveil. Elle survient le plus souvent après des effondrements, des ruptures, des pertes, des traversées sombres. Quand les structures anciennes ne tiennent plus. Quand l’ego est fissuré. Quand le mental a lâché.
La Kundalini ne vient pas ouvrir des capacités.
Elle vient fermer des illusions.
Elle ne vient pas élever l’individu.
Elle le dépouille.
Elle ne rend pas “spirituel”.
Elle rend entier, et parfois au prix de tout ce que l’on croyait être.
Ce n’est pas une voie à enseigner à la légère. Ce n’est pas une technique. Ce n’est pas un protocole. Et certainement pas un argument thérapeutique destiné à nourrir un pseudo-savoir spirituel occidental en quête de sensations.
La Kundalini n’a pas besoin d’être expliquée par ceux qui ne l’ont pas traversée. Elle n’a pas besoin d’être vendue par ceux qui n’en ont connu que les prémices nerveuses. Elle n’a pas besoin d’être embellie pour rassurer.
Elle demande autre chose : de l’humilité, du silence, de la responsabilité, et surtout une vérité incarnée.
Elle ne s’éveille pas pour plaire.
Elle s’éveille pour guérir.
Et ceux qui savent vraiment de quoi ils parlent ne la glorifient pas. Ils la respectent.
CÉDRIC JARDEL
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