12/01/2026
🚨 Le rapport sur la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé est sorti.
Rapport :https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_information.pdf
Communiqué : https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/lancement-de-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la-desinformation-en-sante
Ce week-end, je parlais de la nécessité du STORRYTELLING de la science et d’une vraie accroche narrative. Le rapport le confirme sans détour : ceux qui produisent et diffusent une information fiable (scientifiques, soignants, journalistes spécialisés, institutions) sont peu formés à la communication numérique, peu coordonnés, et fortement exposés au harcèlement ou aux poursuites, pendant que les producteurs de désinformation sont rarement sanctionnés.
(Les 4 paragraphes suivants correspondent à un post préparé ce matin à la lecture de mes mails et que je n'ai pas eu le temps de publier):
[Sans rien faire d’autre qu’un abonnement volontaire à une newsletter de « santé naturelle » il y a près de 17 ans (oui 17 ans) je reçois aujourd’hui environ 5 mails alarmistes par jour. Toujours les mêmes thèmes en ce début d'année : fatigue, foie « surchargé », énergie à retrouver, bonnes résolutions. Un discours individualiste, présenté comme du bon sens, mais fondé sur des affirmations invérifiables et des sauts explicatifs périlleux du côté des mécanismes physiologiques.
C’est exactement là qu’intervient l’asymétrie du baratin (évoquée dans le rapport). Quelques phrases suffisent à installer une explication globale, séduisante, difficile à contester. À l’inverse, démonter ces récits demande du temps, des compétences, des sources, une rigueur méthodologique — et donc du temps… et de l’argent, y compris celui qu’on ne gagne pas quand on fait du débunking. Loi de Brandolini, appliquée à la santé.
Le raisonnement finit en PLS s'agissant des "crypto infections" : l’absence de preuve devient un argument. Si rien n’apparaît aux examens, c’est que le problème est plus profond, plus subtil, plus « caché ». Un raisonnement circulaire, auto-cohérent, imperméable à la critique. Un boulevard quand les gens sont en errance diagnostique.
Le point central, pour moi, est que ces récits ne circulent pas seuls. Ils s’inscrivent dans des structures éditoriales organisées, parfois transfrontalières, avec des modèles économiques clairs. À partir de là, on ne parle plus d’opinion, mais de responsabilité, de droit de l’information et de protection des consommateurs. Cela relève pleinement du Ministère de la Santé et de la DGCCRF]
Pour en revenir au rapport, il dresse sans surprise le même constat : une asymétrie massive entre la rapidité, la puissance financière et l’efficacité narrative des acteurs de la désinformation, et la lenteur, la dispersion et l’extrême prudence de la parole scientifique et institutionnelle. Il souligne aussi les fragilités internes du champ scientifique lui-même : productivisme académique, revues prédatrices, mésusage des prépublications, hétérogénéité des pratiques d’intégrité scientifique (Cf Le Pharmachien dérives saison 4).
En réponse, la mission propose une stratégie nationale structurée autour de six piliers : éducation, formation, information, détection, sanctions et recherche. Parmi les recommandations clés : renforcer l’éducation à l’esprit critique et à la littératie en santé, former réellement les professionnels à la communication scientifique, imposer des plans institutionnels de lutte contre la désinformation, créer un Info-Score Santé, inverser le risque en sanctionnant les désinformateurs et en protégeant les scientifiques, et faire de l’infodémiologie une priorité de recherche.
Rien de surprenant. Et beaucoup de choses qui devraient DEJA fonctionner ainsi.