03/01/2026
Aloha,
Moyeuvre bizarre, Moyeuvre vrai!
Dès que je dis aux gens que j’habite à Moyeuvre-Grande,
on me répond souvent :
« Oh, quel drôle de village… »
« Quelle drôle de ville… »
« Drôle de gens… »
« Ils sont bizarres, là-bas. »
Oui, peut-être.
Une rue pas très chic.
Une rue qu’on regarde de travers.
Une rue qu’on qualifierait vite de cassée.
Mais cherchons un autre mot.
Un mot qui ne blesse pas.
Parce que ce sont surtout des gens simples.
Des gens discrets.
Des gens profondément humains.
À Moyeuvre-Grande, ces gens bizarres savent que je me suis fait opérer,
que j’ai failli mourir.
Et depuis qu’ils le savent,
ils n’ont pas oublié.
Même quand je suis sortie pour le Nouvel An,
je n’ai reçu que des mots doux,
des encouragements,
une attention sincère.
C’est vrai, mon travail m’amène à soutenir beaucoup de personnes,
dans les moments difficiles,
face aux addictions, à la dépression, aux harcèlements…
Je reste toujours une oreille attentive,
là où la vie vacille.
Et ici, à Moyeuvre-Grande,
les gens se souviennent.
Ils sont reconnaissants.
Ils donnent leur numéro.
Ils proposent de passer,
de faire les courses,
d’aider, simplement.
C’est ça, aussi,
les gens bizarres de Moyeuvre-Grande.
Et aujourd’hui, au magasin,
je tenais à peine debout.
Je ne savais plus pousser mon caddie.
Mon corps ne suivait plus.
Des packs d’eau trop lourds.
Mais il fallait faire les courses.
Parce que je vais être de nouveau opérée.
Parce que la vie n’attend pas.
Et là,
quelqu’un de ma rue bizarre de Moyeuvre-Grande m’a vue.
Il n’a rien dit.
Il a poussé mon chariot.
Il a tout mis dans ma voiture.
Avant ça, une autre personne de ma rue bizarre m’avait dit :
« Christel, si tu as besoin, je viens faire ton ménage.
Ou tes courses. »
En rentrant, une voisine m’a vue dans un état pas possible,
à peine debout.
Elle m’a dit :
« Je vais t’aider à sortir les choses de ta voiture. »
Un autre met du sel sur mon trottoir.
Et aujourd’hui encore,
dans ma rue bizarre,
on m’a apporté à manger,
parce que je suis épuisée.
Ils savent aussi que je vais encore être opérée.
Et sans bruit,
ils proposent de passer.
Un jour.
Puis un autre.
Parfois tous les jours.
Juste pour être là.
Il y a aussi ceux qui parlent d’amour,
de lien,
de grandes valeurs bien rangées,
de famille.
Ils existent quelque part,
je le sais.
Avant, je n’habitais pas dans des rues dites “bizarres”.
Mais jamais, jamais,
je n’ai connu autant d’humanité.
Alors oui…
Moyeuvre-Grande est peut-être une ville de gens bizarres,
de gens simples, de gens modestes.
Mais ici, il y a quelque chose
que d’autres villes, parfois plus brillantes, n’ont pas toujours :
de l’humanité.
Des gestes vrais.
Des cœurs qui veillent.