27/01/2026
Les plastiques ne sont pas inoffensifs !
Les microplastiques ne sont plus seulement un problème environnemental, ils sont devenus une préoccupation croissante pour la santé publique. Des données confirment leur présence persistante dans le corps humain et leur interaction avec des processus physiologiques clés. Leur découverte dans des organes tels que le cerveau, le tube digestif, le système respiratoire et l'appareil reproducteur a fait basculer le débat vers un point critique : il ne s'agit plus d'une exposition externe, mais d'une accumulation intra-organique ayant un impact potentiel sur la santé. [1]
Les microplastiques sont définis comme des fragments de matière plastique de moins de cinq millimètres, tandis que les particules encore plus petites, inférieures à un micron, sont classées comme nanoplastiques. Ces particules proviennent à la fois de la fragmentation de plastiques de plus grande taille et de leur libération directe à partir de produits d'usage quotidien ou de processus industriels. Leur importance pour la santé réside dans le fait que, en raison de leur taille, elles peuvent être ingérées ou inhalées et entrer en contact direct avec les tissus humains.[2]
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu que l'exposition humaine aux microplastiques est désormais généralisée, y compris par le biais de l'eau potable. L'organisme souligne que les particules plus grosses semblent peu absorbées, mais avertit que les nanoparticules pourraient se comporter différemment, précisément la gamme de taille la plus difficile à mesurer et à normaliser.[3]
Quant à l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), elle a classé ce problème parmi les déterminants environnementaux de la santé, soulignant que la pollution par les plastiques affecte de manière disproportionnée les populations vulnérables, en particulier celles qui ont des difficultés d'accès à l'eau potable, à l'assainissement et aux services de santé.
L'une des découvertes les plus frappantes est leur détection dans les tissus cérébraux humains. Des études récentes ont documenté des concentrations de microparticules et de nanoplastiques dans le cerveau supérieures à celles trouvées dans le foie ou les reins, organes traditionnellement associés aux processus de filtration. Ces données sont importantes car elles indiquent que des particules de taille nanométrique peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique. L'importance de cette découverte est renforcée par l'observation d'une tendance temporelle, les concentrations cérébrales étant plus élevées dans les échantillons récents que dans ceux prélevés il y a plusieurs années. Cette augmentation suggère un phénomène cumulatif cohérent avec l'augmentation soutenue de la production et de l'utilisation des plastiques, et soulève des questions sur la charge biologique tout au long de la vie.
De même, les analyses menées dans un sous-groupe de personnes atteintes de démence, les niveaux cérébraux de microplastiques étaient encore plus élevés. Bien que les auteurs avertissent qu'aucun lien de causalité ne peut être établi, cette donnée est pertinente car elle soulève une hypothèse plausible : des altérations de la barrière hémato-encéphalique pourraient faciliter l'accumulation de ces particules et amplifier les processus neurodégénératifs déjà existants.
Le tube digestif représente un autre point critique d'interaction. La présence de microplastiques dans le système gastro-intestinal pourrait altérer le microbiote intestinal et compromettre l'intégrité de la barrière épithéliale — des processus étroitement liés à l'inflammation systémique et aux maladies chroniques. Des études décrivent que l'ingestion de microplastiques est associée à une dysbiose, à une réduction des protéines de liaison étroite et à une augmentation de la perméabilité intestinale. Cet effet physiopathologique facilite la translocation de particules, de bactéries et de métabolites vers la circulation systémique, un mécanisme qui pourrait lier cette exposition à des troubles métaboliques, inflammatoires et hépatiques.
L'inhalation est également apparue comme une voie d'exposition importante. Les recherches ont identifié des microplastiques dans l'air ambiant et des particules respirables, ce qui place ces polluants au même niveau que d'autres facteurs inhalatoires connus pour leur impact sur la santé pulmonaire. Chez les patients souffrant d'asthme et de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l'exposition expérimentale à des fibres microplastiques a généré des réponses cellulaires différentes de celles observées dans l'épithélium sain. Cette découverte suggère que la vulnérabilité n'est pas homogène et que les patients souffrant d'une maladie respiratoire préexistante pourraient réagir différemment à la même exposition environnementale.
D'un point de vue mécanistique, les microplastiques ont été associés au stress oxydatif, à l'activation des voies inflammatoires et à des perturbations endocriniennes. Bien qu'une grande partie de ces preuves provienne de modèles expérimentaux, les mécanismes décrits coïncident avec des processus bien caractérisés dans les maladies cardiovasculaires, neurologiques et métaboliques.
Dans le domaine cardiovasculaire, la présence de nanoplastiques dans les plaques athéroscléreuses a été documentée et associée à un risque accru d'événements. L'importance de cette découverte ne réside pas dans une coïncidence démontrée, mais dans la cohérence biologique : les particules persistantes dans les tissus vasculaires pourraient agir comme des cofacteurs dans la progression de la maladie.
Concernant la santé reproductive féminine, de nouvelles preuves expérimentales renforcent les préoccupations. Une étude présentée en Argentine a montré que des concentrations de microplastiques comparables à celles détectées dans les fluides humains affectent la maturation ovocytaire et le développement embryonnaire dans des modèles expérimentaux. La pertinence de ces données réside dans le fait que des microplastiques ont déjà été identifiés dans le liquide folliculaire, le sang et le placenta. Cela signifie que l'exposition se produit à des stades critiques du cycle reproductif et du développement, même si l'infertilité est un phénomène multifactoriel et ne peut être attribuée à un seul facteur.
Dans la pratique médicale, l'ensemble des données oblige les professionnels de santé à reconnaître les microplastiques et les nanoplastiques comme un facteur environnemental émergent, capable d'interagir avec les maladies chroniques et d'en modifier le cours. Les preuves disponibles décrivent un schéma cohérent : les microplastiques pénètrent dans l'organisme, se répartissent dans les tissus, activent des réponses biologiques et s'accumulent au fil du temps. Le défi consiste désormais à transformer ces données scientifiques en connaissances utiles pour les soins de santé, grâce à une recherche rigoureuse, une surveillance sanitaire et des décisions réglementaires éclairées.
Or, la mesure de l’impact de ces plastiques sur la santé se heurte à des difficultés méthodologiques liées à la grande variété de composition, de taille et de forme des plastiques. Néanmoins, l’Afnor a mené des travaux de normalisation qui ont permis d’établir une norme de caractérisation des microplastiques dans l’eau servant de référence au niveau international. Mais il en reste pas moins qu'il est très difficile de savoir ce que nous ingérons. Une étude menée en 2019 avait estimé que l’absorption de plastiques par les humains était de 5 g par semaine, soit l’équivalent d’une carte de crédit [4] alors que depuis, d’autres études ont revu ces données à la baisse, sans parvenir à un consensus !
1.https://www.paho.org/es/noticias/16-8-2023-expertos-discuten-impacto-microplasticos-salud-alertan-aumento-su-propagacion
2.https://ciencia.unam.mx/leer/1499/los-microplasticos-logran-llegar-a-nuestros-pulmones-
3.https://www.who.int/fr/news/item/22-08-2019-who-calls-for-more-research-into-microplastics-and-a-crackdown-on-plastic-pollution
4.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33130380/