27/01/2026
François Truffaut 🌹
Poète du cinéma • Révolté tendre • Père de la Nouvelle Vague
Né le 6 février 1932 à Paris, François Truffaut incarna plus que tout autre la révolution du cinéma français des années 1950–1980. Orphelin de père, élevé dans un foyer turbulent, il connut très tôt la marginalité : fugues, délinquance juvénile, placement en centre de détention, puis désertion de l’armée — une jeunesse chaotique qui devint la source vive de son art.
Dans les années 1950, il se fit connaître comme critique impitoyable aux Cahiers du cinéma, où il défendait avec passion les grands auteurs hollywoodiens — notamment Alfred Hitchcock et Howard Hawks — tout en fustigeant ce qu’il appelait la « qualité française », un cinéma qu’il jugeait académique et sans âme. C’est là qu’il développa, avec ses camarades (Godard, Chabrol, Rohmer), la théorie du cinéma d’auteur, affirmant que le réalisateur est le véritable créateur d’un film, comme un écrivain l’est de son roman.
Son premier long-métrage, Les Quatre Cents Coups (1959), fut un coup de tonnerre. Semi-autobiographique, le film raconte l’enfance blessée d’Antoine Doinel, interprété par le jeune Jean-Pierre Léaud — un rôle qui marqua le début d’une collaboration unique dans l’histoire du cinéma. Truffaut suivit ce personnage à travers cinq films sur vingt ans :
Les Quatre Cents Coups (1959),
Antoine et Colette (1962),
Baisers volés (1968),
Domicile conjugal (1970),
L’Amour en fuite (1979).
Cette saga intime, drôle et mélancolique, reste l’un des portraits les plus sincères de la croissance masculine au cinéma.
Mais Truffaut ne se limita jamais à un seul style. Il navigua avec grâce entre genres et émotions :
Tirez sur le pianiste (1960), hommage ludique et tragique au film noir américain ;
Jules et Jim (1961), chef-d’œuvre lyrique sur l’amour libre, la jalousie et la guerre, porté par Jeanne Moreau ;
La Nuit américaine (Day for Night, 1973), ode tendre et lucide au cinéma lui-même, couronnée d’un Oscar du meilleur film étranger ;
L’Enfant sauvage (1970), méditation humaniste sur l’éducation et la nature humaine ;
L’Histoire d’Adèle H. (1975), portrait obsessionnel d’une femme amoureuse, interprétée par Isabelle Adjani ;
Le Dernier Métro (1980), hommage au théâtre sous l’Occupation, salué par dix César ;
Et Vivement dimanche ! (Confidentially Yours, 1982), clin d’œil élégant au thriller hitchcockien.
Il tourna même en anglais avec Fahrenheit 451 (1966), adaptation du roman de Ray Bradbury, et prêta son visage à la science-fiction en jouant le Dr. Claude Lacombe, le scientifique français sensible, dans Rencontres du troisième type (1977) de Steven Spielberg.
Passionné par Hitchcock, il lui consacra un livre d’entretiens en 1966 — devenu une bible du cinéma — traduit dans le monde entier.
Truffaut écrivait ou coécrivait tous ses scénarios. Pour lui, le cinéma n’était pas divertissement, mais confession, témoignage, acte d’amour.
Il mourut prématurément d’une tumeur au cerveau le 21 octobre 1984, à l’âge de 52 ans, laissant derrière lui une œuvre lumineuse, humaniste, et profondément française.
Il repose au cimetière de Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, non loin de Stendhal, Zola… et de tant d’artistes rebelles. Sa tombe, simple et discrète, est souvent fleurie par des admirateurs venus du monde entier.
🌹
Truffaut croyait que « le cinéma est une affaire d’hommes libres ».
Mais surtout, il croyait aux enfants perdus, aux amours impossibles,
aux livres brûlés, aux baisers volés,
et à la beauté fragile de la vie ordinaire.
Et grâce à lui,
le cinéma apprit à parler comme un cœur.