17/10/2025
Déclassée, mais vivante💪
J’ai cru qu’après tant d’années à donner, à accompagner, à tenir debout malgré tout, viendrait enfin le temps pour moi.
Un temps à moi, pour créer, réfléchir, respirer, le temps de me réaliser.
Mais le monde ne m’a pas attendue.
À cinquante-et-un ans, je me sens comme une pièce usée, déclassée, invisible.
Pourtant, j’ai passé ma vie à construire, à servir, à élever.
J’ai élevé mes enfants, seule souvent,
en gardant le cap quand la fatigue gagnait.
J’ai accompagné des femmes, des hommes, des vies cabossées, avec la conviction que chaque geste compte.
J’ai donné mon énergie là où elle était nécessaire.
Et maintenant que je pourrais enfin penser à moi,
que mes enfants grandissent, que le temps me revient, il semble qu’il ne m’appartienne plus.
Comme si ce temps, parce qu’il vient après tant d’efforts, n’avait plus de valeur.
Comme si l’expérience, la fidélité, la patience
n’étaient que des vieilles choses à ranger.
Le système, lui, continue à tourner, indifférent.
Il parle d’inclusion, mais il exclut ceux qui ont trop vécu.
Et moi, je regarde ce théâtre avec la lucidité d’une femme qui n’attend plus de reconnaissance, mais qui ne renoncera jamais à sa voix. Car j’existe encore.
Et je continuerai d’exister, par les mots, par la création.
J’écrirai ce que j’ai vu, ce que j’ai compris, ce que j’ai traversé. J’écrirai parce que c’est ma façon de respirer.
Je n’ai plus besoin d’être choisie. Je me choisis.
Je suis peut-être déclassée, mais je suis fière de cette sagesse accumulée.😉
Patricia Fratti
« J’écris pour exister, et j’existe parce que j’écris. »