22/12/2025
NOËL : ENTRE ANGOISSE EXISTENTIELLE, FANTASME COLLECTIF ET FOIE GRAS OBLIGATOIRE :
Noël est un moment de retour du refoulé en version guirlandes.
Ce n’est pas une fête anodine : elle convoque l’enfance, la famille, la dépendance, le don, l’attente… bref, tout ce sur quoi s’est construit le psychisme. Freud aurait sans doute parlé d’un grand rendez-vous avec nos objets internes : ceux qui ont été suffisamment bons, et ceux qui ont laissé des manques.
Pour certains, Noël réactive le fantasme de la “bonne famille” : celle qui rassure, enveloppe, nourrit — au sens propre comme au sens symbolique.
On y retrouve l’illusion infantile d’un monde cohérent, chaleureux, où l’on est reconnu et aimé sans condition.
La joie de Noël vient alors d’une continuité affective : l’adulte peut encore s’appuyer sur l’enfant qu’il a été, sans que cela fasse trop mal.
Pour d’autres, Noël est une scène traumatique déguisée en fête.
Elle oblige à rejouer des rôles familiaux figés, à se confronter aux absents, aux non-dits, aux conflits jamais élaborés. L’angoisse surgit là où l’inconscient proteste : « ce n’est pas ça que j’ai vécu ». L’idéalisation collective de Noël agit comme un surmoi féroce : sois heureux, sois reconnaissant, aime ta famille. Et plus l’injonction est forte, plus la culpabilité et la solitude peuvent l’être aussi.
Noël est devenu un rituel hybride : à la fois religieux, marchand, familial et identitaire. On nous vend du lien, de la magie, du bonheur prêt-à-consommer.
Mais le lien ne se fabrique pas en 24 heures, et la magie ne compense pas les manques affectifs.
Cette contradiction crée une tension psychique massive : nous sommes sommés de vivre une émotion normée, dans une société où les structures familiales, les repères et les croyances sont de plus en plus fragmentés.
Ce qui se joue réellement à Noël, c’est la question fondamentale du désir et du manque :
– Puis-je recevoir sans dette ?
– Puis-je être avec les autres sans me perdre ?
– Puis-je survivre à la comparaison avec l’idéal collectif ?
Et au fond, si Noël angoisse ou réjouit, c’est parce qu’il nous rappelle que nous avons tous été des enfants dépendants… et que nous ne l’avons pas tous été de la même manière.
Alors respirons.
Noël n’a pas à être parfait, ni joyeux, ni profond.
Il peut être maladroit, bancal, trop bruyant ou trop silencieux. Et c’est déjà très bien comme ça.
Quoi qu’il en soit, je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes — qu’elles soient festives ou calmes, entourées ou solitaires, traditionnelles ou complètement improvisées.
Et surtout : que personne ne se sente obligé d’aimer Noël… ni la dinde sèche. 😉