17/12/2025
Le lien souvent observé entre vomissements provoqués (le plus souvent dans la boulimie nerveuse) et scarifications à l’adolescence est profond, structurant et non fortuit. Il ne s’agit pas d’une simple comorbidité, mais de modalités différentes de régulation par le corps. Celui-ci devient le lieu de décharge quand la pensée fait défaut. Chez l’adolescent(e) concerné(e), on observe souvent une défaillance de la mentalisation, une difficulté à symboliser les affects (honte, colère, vide, angoisse), une pauvreté des représentations internes dans les moments de tension.
Le corps devient alors l’espace d’expression privilégié du conflit psychique.
Vomir = expulser ce qui fait trop, ce qui envahit, ce qui échappe à tout contrôle.
Se couper = faire sortir la douleur psychique et lui donner une forme physique visible, contrôlable.
L’une et l’autre de ces formes d’expression ont une fonction anxiolytique immédiate mais brève, suivie de honte, culpabilité, dégoût de soi, renforçant la répétition du comportement.
On est dans une logique addictive comportementale, centrée sur le corps comme régulateur.
Il s’agit aussi de mettre des limites là où les limites internes sont défaillantes, car ces conduites traduisent souvent : une porosité des limites Moi / non-Moi, une difficulté à sentir ce qui commence et ce qui finit en soi, un besoin de restaurer une frontière « dedans / dehors ».
C’est également une mise en scène de la haine de soi et de la culpabilité. Ces deux conduites s’inscrivent souvent dans un fond dépressif : estime de soi effondrée, sentiment d’être mauvais(e), toxique, indigne.
Vomir punit un corps vécu comme coupable d’avoir mangé.
Se scarifier punit un corps vécu comme défaillant ou haï.
Le corps devient objet de sanction, parfois de sacrifice.
Paradoxalement, ces actes donnent un sentiment de maîtrise, une illusion de toute-puissance corporelle, dans des contextes de vie marqués par l’impuissance, l’intrusion, la dépendance relationnelle.
La scarification peut précéder la boulimie, l’accompagner, ou la remplacer temporairement — et inversement.
Implications cliniques majeures :
La coexistence vomissements / scarifications est un marqueur de gravité.
Elle signe une souffrance psychique intense, souvent silencieuse.
Elle impose :
- une approche intégrative (psychodynamique, TCC, familiale),
- un travail sur la mentalisation,
- la restauration de limites internes,
- et la recherche d’outils alternatifs d’auto-régulation.