24/09/2025
EPISODE 1 : Du pigmentarius au pharmacien
Il y a quelques temps, une journaliste a posé une question pertinente : « mais comment faisiez vous pour vous rémunérer avant les génériques ? ». Je vous avouerais que la réponse donnée ne m’a pas vraiment satisfaite.
Parce que pour vous expliquer ceci, il faut du temps et une vision historique du métier.
L’apothicaire, ce cher ancêtre qui nous rappelle un imaginaire nostalgique mais que nous n’avons jamais connu…
Jusqu’au 20e siècle, l’art de guérir était exercé par des religieux dans un premier temps puis par des laïcs, sur un fond de magie et de superstition.
Le pigmentarius, fabricant de fard et de cosmétique, semble être le premier à avoir cette charge ; il apparaît au 11e siècle en France, à Angers et devient commun au 12e siècle, simultanément avec l’apothicaire.
A cette époque, les étudiants en médecine fabriquaient aussi les remèdes. Les herboristes, les religieux, les colporteurs et les charlatans faisaient également usage de remèdes secrets.
On entend souvent que le pharmacien n’est qu’un épicier. Le saviez-vous ? Ce terme remonte au Moyen-Age. A cette époque, les épices étaient rares et chers, on leurs prêtait des vertus médicales. Ces marchands d’épices s’appelaient espiciayres ou apothicaires et appartenaient à la même corporation.
En 1241, un édit officialisa la séparations des corps de la médecine et des apothicaires, ces derniers supplémentant le pigmentarius. Un autre édit en 1484 interdit l’apothicairerie aux épiciers, tandis que les apothicaires conservaient le commerce des épices, ce qui fut le début de la transformation du métier d’épiciers, privés de la vente de leurs marchandises.
Petit à petit, le 18e siècle essaya d’éradiquer le charlatanisme, le monopole de la pharmacie venait de naître et Napoléon Bonaparte officialisa l’appellation de pharmacien en 1803.
Au 19e siècle, la France entre dans la révolution industrielle, qui comme beaucoup de domaines, vint transformer la profession.
La particularité des officines françaises réside dans le fait que chacune avait son laboratoire annexe, détenait et fabriquait ses propres remèdes. La concurrence entre pharmaciens étaient basée sur leurs formulations, secrètes.
Sous Vichy, une loi en 1941 réorganisa la profession :
• La spécialité pharmaceutique est définit juridiquement, mettant fin aux remèdes secrets. On voulait de la transparence et une sécurité sanitaire ;
• Elle organise et impose le maillage officinale sur le territoire, qui est régie par de nombreuses contraintes, le nombre d’habitants, la distance entre les confrères et consœurs ;
• Elle privilégie un exercice plus libérale car tous les prix de l’ensemble des produits de la pharmacie étaient réglementés par l’État.
Enfin, l’ordonnance du Général de Gaulle créa l’Ordre des Pharmaciens qui a le pouvoir d’interdire l’exercice et a pour devoir de défendre l’honneur et la déontologie de la profession.
Voici pour le premier épisode de la saga, vous connaissez les grandes lignes de la transformation du statut de pharmacien.
Allez, une dernière anecdote, connaissez-vous le mirage des urines ?
Jusqu’au 18e siècle, cette pratique était réservée aux médecins, ils pouvaient établir un diagnostic en regardant et en goûtant l’urine. Parfois avec un brin de charlatanisme : « je vois que vous êtes tombé du lit ce matin Mr Michu, d’où ce mal à la cheville » Merci au personnel qui tendait l’oreille dans la salle d’attente pour aller le chuchoter au médecin.
Les apothicaires leur jalousaient ce savoir et le pratiquaient illégalement.
Je suis contente de ne pas avoir à le faire…