03/12/2025
IST: Les infections sexuellement transmissibles en dehors du VIH (HIV) et Sida qui seront vus dans le post suivant.
Nouvel état des lieux des IST en 2025
🔹 Les IST restent une urgence de santé publique mondiale
• Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), chaque jour, plus d’un million de personnes de 15 à 49 ans contractent une infection sexuellement transmissible curable — comme la chlamydiose, la gonorrhée, la syphilis ou la trichomonase.
• En 2020, l’OMS estimait à 374 millions le nombre total d’infections annuelles dues à ces quatre IST soignables.
• À cela s’ajoutent d’autres IST d’origine virale (souvent persistantes) : infections à Human papillomavirus (HPV), à Herpès simplex (HSV), hépatites virales (notamment B), etc.
Conclusion : les IST ne sont ni “marginales” ni “du passé” — elles restent très fréquentes, souvent silencieuses, et donc particulièrement dangereuses en termes de propagation “inaperçue”.
📈 Une recrudescence marquée en Europe
Depuis plusieurs années, et notamment à la reprise des comportements “pré-COVID”, les cas d’IST remontent fortement dans de nombreux pays européens.
• Pour 2023, l’European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) rapporte 96 969 cas confirmés de gonorrhée dans les 28 pays de l’UE/AELE — un bond de 31 % par rapport à 2022. C’est le niveau le plus élevé jamais enregistré depuis le début de la surveillance.
• La syphilis continue également d’augmenter : en 2023, ≈ 41 051 cas confirmés ont été recensés, soit une hausse de ~13 % par rapport à 2022, et le double du nombre de cas signalés en 2014.
• Quant à la chlamydiose (Chlamydia trachomatis), elle demeure l’IST bactérienne la plus fréquente : plus de 230 000 cas rapportés en 2023 dans l’UE/AELE.
• Ce retour des IST touche tous les groupes d’âge, y compris les jeunes adultes, et — chose à noter — les personnes plus âgées : un rapport publié en 2025 a observé une “augmentation régulière” des diagnostics d’IST chez les plus de 65 ans dans certains pays. euronews
Pourquoi cette hausse ? Plusieurs facteurs sont mis en cause par les autorités sanitaires : baisse de l’usage du préservatif, multiplication des partenaires, mais aussi plus de dép*stages et donc plus de cas détectés.
🔬 Zoom — Principales IST, ce qui a changé (ou non)
Voici un aperçu des IST les plus fréquentes ou préoccupantes aujourd’hui, avec les avancées ou les points d’attention récents.
IST / Infection Situation en 2025 / éléments à connaître:
Chlamydiose (Chlamydia trachomatis) est toujours l’IST bactérienne la plus fréquente. Assez souvent asymptomatique, surtout chez les femmes → favorise une transmission “silencieuse”. Dép*stage nécessaire.
Syphilis (Treponema pallidum) Sa hausse est constante depuis des années : doublement des cas depuis 2014. L’essor concerne aussi bien les hommes (en particulier hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, “HSH”) que les femmes.
Trichomonase (Trichomonas vaginalis) Elle est toujours classée parmi les IST curables mais fréquemment sous-estimée du fait de peu de dép*stage systématique.
Human papillomavirus (HPV) & lésions associées (condylomes, cancers). L’HPV reste l’infection virale sexuellement transmissible la plus répandue. Les formes “à haut risque” (cancérigènes) — par ex. associées aux sous-types 16 et 18 — représentent un enjeu majeur de santé publique. L’efficacité de la vaccination et du dép*stage reste déterminante.
La gonorrhée est une infection sexuellement transmissible bactérienne souvent silencieuse, transmise lors des rapports sexuels non protégés. Elle peut atteindre les organes génitaux, l’anus et la gorge, provoquant brûlures urinaires, écoulements, douleurs pelviennes ou angine. Non traitée, elle expose à des risques de stérilité et de transmission au nouveau-né. Le traitement repose sur des antibiotiques injectables en raison de résistances croissantes.
Herpès génital (Herpès simplex, HSV-1 / HSV-2) Il est très répandu, souvent latent et récurrent. Le virus ne disparaît jamais complètement ; le traitement vise à soulager, réduire la fréquence des poussées, mais sans éliminer l’infection.
Hépatites virales (notamment Hépatite B) Toujours présentes, surtout l’hépatite B — dont la transmission sexuelle reste possible. Un vaccin existe (et reste l’un des piliers de la prévention).
⚠️ Important :
le fait qu’une IST soit “traitable” (comme chlamydia, gonorrhée, syphilis) ne la rend pas moins grave si elle passe inaperçue — elle peut provoquer infertilité, complications liées à la grossesse, transmission à l’enfant, etc. Les IST virales (HPV, herpès, hépatites) posent également des risques à long terme — cancers, poussées chroniques, récidives, transmission mère-enfant.
🧩 Les dynamiques récentes : nouveaux défis
Quelques évolutions récentes changent la donne en matière de prévention, dép*stage et rapport social aux IST :
• Résistance antibiotique : particulièrement inquiétante pour la gonorrhée. Le traitement devient plus complexe, ce qui renforce l’importance de la prévention.
• Usage d’antibiotiques en prophylaxie post-exposition (PEP) : chez certains groupes à risque (notamment hommes ayant des rapports sexuels avec hommes), l’utilisation d’une PEP à la doxycycline après des rapports à risque a montré qu’elle peut réduire jusqu’à 82 % des cas incidents de chlamydiose et syphilis. Mais cela peut soulever des questions éthiques, de santé publique, de sur-consommation antibiotiques et de sélection de résistances.
• Changement des comportements sexuels : baisse de l’usage du préservatif chez certains groupes (jeunes, adolescents), multiplicité des partenaires, sexualité plus fragmentée, mobilité, applications de rencontres... Tout cela rend la prévention plus difficile.
• IST “mois visibles”, dép*stage insuffisant : beaucoup d’infections restent asymptomatiques pendant longtemps. Le dép*stage régulier même en l’absence de symptômes est donc essentiel pour limiter la propagation.
• Focus sur des populations variées : ce ne sont plus uniquement les “jeunes adultes” ou groupes “à risque”. On observe une hausse aussi chez les personnes plus âgées ce qui interroge sur les représentations habituelles d’une sexualité qui serait de "moindre risque” après 50-60 ans.
✅ Que peut’on peut faire aujourd’hui : prévention, vigilance et responsabilité
À la lumière de ces données récentes, les conseils de prévention restent plus que jamais d’actualité :
• Utiliser systématiquement un préservatif (prévention de base, mais pas infaillible : certaines IST, notamment virales, peuvent se transmettre par contacts cutanéo-muqueux non protégés).
• Limiter le nombre de partenaires, ou du moins être transparent·e·s et vérifier toujours le statut des partenaires tout en sachant que l’absence de symptômes ne garantit rien.
• Dép*stage régulier par une analyse sanguine même en l’absence de symptômes. Idéalement avant de débuter une nouvelle relation, puis à intervalles réguliers si l’on a plusieurs partenaires.
• Pour les jeunes, la vaccination anti-HPV (dans les pays qui la proposent), dès l’adolescence ou le début de la vie sexuelle est l’un des outils les plus efficaces de prévention du cancer du col de l’utérus.
• Dans certains contextes à risque élevé (HSH, sexualité “ouverte”, usage de drogues, etc.), envisager des stratégies contextuelles supplémentaires (éducation sexuelle, réduction des risques, dép*stage fréquent, éventuellement prophylaxie selon recommandations, suivi médical).
• Information, éducation, dé-stigmatisation : briser les tabous autour des IST, encourager le dép*stage, normaliser les discussions pour que la prévention ne soit pas un sujet “tabou” ou “culpabilisant”.
🎯 Ce qu’il faut retenir — et les nuances à garder
• Le tableau “IST = choses du passé” est faux. Au contraire, la recrudescence des IST bactériennes dans de nombreuses régions montre qu’on n’est loin d’avoir “gagné la guerre”.
• Beaucoup d’IST sont asymptomatiques — la vigilance et le dép*stage sont donc essentiels, même sans “malaise” visible.
• Les risques ne sont pas négligeables : infertilité, complications (grossesse, nouveau-né), cancers (HPV), hépatites, etc. Les conséquences peuvent être graves même si l’IST n’est pas “mortelle”.
• Nous avons des outils de prévention efficaces : préservatif, dép*stage, vaccination (HPV, hépatite B), mais ils nécessitent ** responsabilité, information, constance, et dé-stigmatisation**.
• La résistance aux antibiotiques rend le problème plus complexe — il ne suffit plus de “soigner quand c’est déclaré”. La prévention doit redevenir une priorité collective.
Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, Sexologue, Hypnothérapeute