12/04/2026
J’AI MAL EN AVANT DU GENOU SUR LE RELIEF
Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport
Rédacteur en chef de www.docdusport.com
En randonnée, la face antérieure du genou vous gâche un peu le plaisir ! Vous avez mal en montant ou en descendant. Heureusement il existe des solutions !
Le gros muscle de la cuisse, le quadriceps, s’accroche sur le tibia en passant devant le genou. Quand il se contracte, il tire sur son tendon et provoque l’extension de cette articulation. Lorsque le mouvement débute en flexion prononcée, cette zone de transmission s’écrase puissamment l’os de la cuisse, le fémur.
LA ROTULE SUBIT DES CONTRAINTES MAJEURES
Tout de passe comme si l’évolution avait renforcé ce secteur et transformé le tendon fibreux en un os solide ! Preuve que les contraintes à cet endroit sont majeures … et que la rotule peut défaillir !
En montant, le rotule s’écrase et frotte !
Quand vous grimpez une côte, la flexion de genou s’accroît, la rotule est plus plaquée sur le fémur. De surcroît, le quadriceps se contracte vigoureusement et majore l’écrasement. Pire encore, le mouvement sous de telles contraintes exerce un effet de rabot. Voilà pourquoi les douleurs apparaissent ou augmentent ! Sur le plan tissulaire, la pression dans l’os augmente.
LA ROTULE S’ECRASE ET FROTTE DANS SON COULOIR OSSEUX
Ce dernier est riche en capteur de la douleur et manifeste son mécontentement. Le cartilage qui le recouvre s’irrite aussi ! De micro copeaux se décrochent. Des globules blancs arrivent pour les digérer, c’est l’inflammation. De fait, la douleur peut se manifester à froid après l’effort, pourquoi pas le lendemain.
En descente, la rotule se cogne
Sur le dénivelé négatif, votre pied se pose alors que le genou avoisine l’extension. Dans cette position, la rotule est au-dessus de son couloir osseux creusé dans le fémur. Lors de la prise d’appui, le genou se fléchit légèrement et la rotule doit rentrer dans ce canyon. Cette étape biomécanique est complexe et nécessite un bon alignement du membre inférieur, une force de freinage et une souplesse satisfaisante ainsi qu’une coordination suffisante !
L’ENGAGEMENT DE LA ROTULE DANS SON COULOIR EST COMPLIQUE
Avec la fatigue, il arrive que le processus se dégrade et que la rotule se cogne en rentrant un peu décalée voire qu’elle poursuive sont trajet en frottant de façon asymétrique. On parle de syndrome d’engagement !
Eviter et soigner vos douleurs de rotule !
La stratégie est double, fonctionnelle et structurale. Fonctionnelle : vous devez améliorer le fonctionnement de votre genou ; il faut être plus fort, plus souple, plus endurant et plus coordonné. Structurale : vos tissus doivent s’adapter pour résister à la contrainte. En pratique, il est indispensable de vous préparer de façon générale et spécifique. La marche et les escaliers du quotidien constituent la première étape. Soyez progressif mais assidu … et augmentez peu à peu la durée de votre activité physique.
MARCHE ET ESCALIERS AU QUOTIDIEN
… ET SPORT
Ajoutez du sport 3 fois par semaine est vivement recommandé. La salle se révèle idéale. Quelques appareils assurent une certaine spécificité : le tapis en pente, l’escalier, le stepper et même l’elliptique pour mimer la marche avec bâtons. Un peu de footing permet de varier les plaisirs et constituent une bonne alternative pour les passionnés de nature qui ne supportent pas d’être enfermés 😊.
CARDIO : ELLIPTIQUE, STEPPER, STAIRMASTER, TAPIS EN PENTE
N’hésitez pas à trouver des parcours un peu vallonnés. Le renforcement complète avantageusement ce programme. A la maison squats et surtout fentes plus instables sont de bonnes routines. Inutile de trop charger mais multipliez les répétitions jusqu’à brûlure musculaire. Limitez la flexion afin de retrouver une amplitude voisine de la marche en cote. Insistez sur le freinage. A la salle, complétez par de la presse sur une jambe.
RENFO : SQUATS, FENTES, MUSCU LEGERE SUR APPAREIL
Ajoutez les exercices classiques en position assise où les pieds sont sans appui, typiquement pour les quadriceps, les ischios, les adducteurs et les abducteurs. Trouvez le poids qui vous permettent de faire 30 à 40 répétitions jusqu’à l’échec. Vous restez dans le registre de l’endurance de force aisément transférable vers la randonnée. N’oubliez pas le travail de mobilité, notamment l’étirement du quadriceps en amenant le talon vers la fesse sans cambrer. On parlait autrefois de stretching, on préfère désormais des routines de gain d’amplitude plus globales comme le yoga ou le pilates.
ETIREMENTS DU QUADRICEPS
PILATES, YOGA … STRETCHING
Bien évidemment, le travail de coordination spécifique est réalisé sur le terrain. Une belle balade chaque semaine sur chemin irrégulier et avec du relief est indispensable. Au cours de ces petites randos, il faut apprivoiser les bâtons, ils sont de toute façon nécessaires pour réduire les contraintes sur les membres inférieurs près de chez vous ou sur de plus gros parcours en montagne. Afin d’accompagner l’adaptation tissulaire inhérente à votre préparation assidue, des compléments alimentaires sont les bienvenus. On pense aux polypeptides de collagène, au silicium, à la chondroïtine, à la glucosamine ainsi qu’à la vitamine D et K2.
RANDO HEBDO !
COMPLEMENTS ALIMENTAIRES
Si vous avez un peu mal pendant votre entraînement, réduisez pour un temps la durée et l’intensité de vos séances et insistez sur les étirements. Pendant quelques jours, ajoutez des plantes anti-inflammatoires comme la curcumine, la boswellia, l’harpagophytum ou le gingembre. Avec moins de douleur, vous renouez avec un geste plus harmonieux, vous poursuivez sereinement votre activité et vous enclenchez le cercle vertueux de la fonction ! C’est bon, vous êtes prêt pour vous faire plaisir sur le relief !
LES AUTRES DOULEURS DE GENOU SUR LE RELIEF
La douleur est le principal fusible du manque de préparation. Cependant, autour du genou, il existe d’autres tissus qui peuvent crier leur douleur dans la montagne !
Les tendons situés au-dessus et en dessous de la rotule sont écartelés dans la descente. Le tibia part dans un sens alors que le muscle tire dans l’autre … la tendinite rotulienne ou quadricipitale menace !
Le fascia lata, le grand hauban latéral qui stabilise la bassin, se vrille insidieusement quand la fatigue s’installe. Il vient frotter sur les reliefs osseux du genou. C’est le syndrome de l’essuie-glace. Beaucoup plus rarement, ce phénomène de torsion et de bascule peut se produire sur l’autre coté du genou. C’est la tendinite de la pate d’oie.
Les cartilages du fémur ou du tibia ainsi que les ménisques sont écrasés voire rabotés. Ils décrochent des copeaux et provoquent une inflammation. C’est la poussée d’arthrose ou la fissure méniscale.
L’os est impacté sans discontinuer. Il peut se fendre insidieusement et c’est la fracture de fatigue.