26/05/2026
Un article paru dans Acta Neuropsychiatrica propose une déconstruction des critères DSM-5-TR du TDAH. Szymaniak et collègues y défendent que ces critères seraient arbitraires, vagues, redondants et trop proches de comportements normaux pour fonder un diagnostic valide.
Plusieurs points méritent d'être entendus : absence de biomarqueurs unanimement validés, fragilité du rappel rétrospectif chez l'adulte, limite discutable des douze ans pour l'âge de début. Sur ces aspects, l'invitation à la prudence est légitime.
Mais l'argumentation présente plusieurs faiblesses. Le seuil de cinq symptômes chez l'adulte n'est pas arbitraire : il repose sur l'étude de cohorte de Pelotas (Matte et al., 2015, n = 4 000) qui a montré par analyses ROC que ce seuil prédisait le mieux le retentissement clinique.
La prétendue notion "vague" des termes "souvent" et "plusieurs" est opérationnalisée depuis longtemps dans les outils structurés : la K-SADS, la DIVA-5, la SWAN-F, les Conners. Aucun de ces outils n'est mentionné dans l'article.
Enfin, la redondance des symptômes ne tient qu'au niveau comportemental : dès qu'on intègre les mécanismes cognitifs sous-jacents, les profils se distinguent plus nettement.
Le diagnostic du TDAH n'est pas une simple liste de comportements à cocher. Quand va-t-on le comprendre ? C'est un travail clinique qui intègre l'histoire développementale, l'évaluation transversale, le retentissement, et l'investigation des mécanismes cognitifs. Présenter la limite normal/pathologique comme indistincte revient à occulter ce travail.
La science avance par la critique, et il est sain qu'un tel article vienne secouer les certitudes diagnostiques. Mais la critique perd de sa force lorsqu'elle ignore les outils qui opérationnalisent le diagnostic, lorsqu'elle réduit le trouble à sa surface comportementale en oubliant ses mécanismes cognitifs, et lorsqu'elle présente comme intrinsèquement floues des frontières qui sont en réalité définies par la conjonction de la fréquence, de l'intensité et du retentissement.
Le TDAH n'est pas une fiction diagnostique. Il n'est pas non plus une entité parfaitement délimitée, et personne dans le champ scientifique ne le prétend. Il s'agit d'une configuration clinique cohérente, opérationnalisable par des outils structurés, reposant sur des mécanismes cognitifs documentés, et dont le retentissement fonctionnel justifie la prise en compte clinique. Les critères actuels sont imparfaits ; ils doivent évoluer ; mais ils ne sont pas pour autant infondés.
Lien vers ma réponse complète à l'article Szymaniak et al. (2026) est en premier commentaire 👇