02/04/2026
Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme.
Et si je prends la parole, ce n’est pas pour attirer l’attention sur moi. C’est pour mettre des mots sur une réalité que beaucoup de gens ne voient pas.
Je suis TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme) et THPI (Très Haut Potentiel Intellectuel). Et pendant longtemps, comme beaucoup d’autres, j’ai appris à faire en sorte que ça ne se remarque pas trop.
Parce que l’autisme, ce n’est pas toujours l’image que l’on s’en fait. Ce n’est pas toujours visible. Ce n’est pas toujours « évident ». Parfois, au contraire, il est masqué derrière quelque chose qui ressemble à de l’adaptation, de la maîtrise, ou même de l’aisance.
C’est ce qu’on appelle le camouflage.
Le camouflage, c’est quand on observe les autres en permanence pour comprendre comment parler, comment réagir, quand sourire, quand regarder dans les yeux, comment répondre « comme il faut ». C’est apprendre les codes sociaux comme on apprend une langue étrangère, puis les rejouer presque sans arrêt.
De l’extérieur, on peut avoir l’impression que tout va bien. Que la personne gère. Qu’elle est intégrée. Qu’elle n’a pas de difficulté particulière.
Mais ce qu’on ne voit pas, c’est le prix que ça demande.
On ne voit pas l’hypervigilance. On ne voit pas le cerveau qui analyse tout, tout le temps, dans les moindres détails. On ne voit pas la fatigue immense après une interaction, après une journée, parfois même après un simple moment qui, pour d’autres, paraît banal.
On ne voit pas non plus ce décalage permanent. Cette impression de devoir traduire le monde en continu. D’être présent, mais jamais tout à fait naturellement à sa place. Cette impression constante de ne pas être né sur la bonne planète.
Et c’est pour ça qu’il est important de parler d’autisme comme d’un handicap parfois invisible. Invisible ne veut pas dire léger. Invisible ne veut pas dire imaginaire. Invisible veut souvent dire : difficile à repérer, difficile à expliquer, et très lourd à porter seul.
Avoir de grandes capacités n’efface pas la difficulté. Au contraire, parfois, cela permet surtout de compenser davantage, plus longtemps, jusqu’à l’épuisement, de rentrer maitre dans l'art du camouflage social.
Si je partage cela aujourd’hui, ce n’est pas pour être mis dans une case. C’est pour rappeler qu’avant de juger quelqu’un « trop sensible », « bizarre », « intense », « distant » ou « compliqué », il faudrait peut-être se demander ce qu’il est en train de porter en silence.
Le 2 avril, on ne parle pas seulement de sensibilisation. On parle aussi de dignité, de compréhension, d’acceptation et d’inclusion.
Alors si vous retenez une seule chose, que ce soit celle-ci : ce n’est pas parce qu’un handicap ne se voit pas qu’il ne fait pas mal. Et parfois, ce qui semble le plus discret est justement ce qui coûte le plus.