28/01/2026
J'ai adoré ce texte écrit par tof, tellement vrai...
"Les Toilettes en Libéral
À l’IFSI, la toilette, c’était joli.
Un mot rond. Propre.
“Moment relationnel.”
“Soin global.”
“Respect de l’intimité.”
En libéral, la toilette…
c’est un sport de combat doux,
une pièce de théâtre sans répétition,
et parfois une discipline olympique non reconnue.
La toilette, c’est le soin où tu découvres la vérité sur l’humanité.
Et sur ta souplesse lombaire.
Scène 1 — Monsieur René, 87 ans, champion de la pudeur intégrale
J’arrive chez Monsieur René.
Petit monsieur. Poli. Propre sur lui.
Je présente le soin.
— « On va faire la toilette, d’accord Monsieur René ? »
— « Oui oui… mais je garde tout. »
Tout.
Le slip.
Le maillot de corps.
Les chaussettes.
Il hésite même avec la ceinture.
Je commence.
Je lave le torse en contournant le tissu.
Je lave le dos en négociant avec l’élastique.
Je fais des passes techniques dignes d’un jeu vidéo niveau expert.
À un moment, je change la protection sans jamais voir la peau.
Je ne sais toujours pas comment j’ai fait.
C’était comme jouer au Twister.
— « Ça va comme ça ? »
— « Parfait, impeccable. »
Mensonge professionnel partagé.
J’ai lavé environ 12 % de la surface corporelle.
Mais un 12 % de grande qualité.
Scène 2 — Madame Lucette, zéro pudeur, zéro suspense
Chez Madame Lucette, 91 ans, c’est l’exact inverse.
Je pose mon sac.
Je commence à expliquer.
— « Alors pour la toilette… »
Je n’ai pas fini ma phrase.
PLOUF.
Le peignoir tombe.
Nu intégral.
Debout.
Souriante.
— « Allez-y, je suis prête ! »
Je redécouvre la géométrie humaine sous des angles que même Euclide n’avait pas anticipés.
Lucette discute météo.
Moi, je cligne des yeux et je continue le soin comme si tout était normal.
Professionnalisme.
Toujours.
Scène 3 — Salle de bain tropicale, ambiance fin du monde
Chez Monsieur et Madame Martin, la salle de bain est un concept climatique.
J’entre.
Je transpire.
Avant même de dire bonjour.
Chauffage au sol.
Chauffage mural.
Sèche-serviettes nucléaire.
Fenêtre fermée.
Il fait 70 degrés.
Hammam officiel.
Je lave Monsieur Martin.
J’essuie Monsieur Martin.
Je m’essuie.
J’essuie mes lunettes.
Je suis trempe de sueur.
Limite malaise.
En sortant, Madame Martin me sourit.
— « Il fait bon, hein ? »
Oui.
Si on aime fondre lentement en silence.
Scène 4 — La salle de bain version Antarctique
Chez Madame Jeanne, 89 ans, c’est l’inverse.
J’entre, ma respiration fait de la buée.
— « On a coupé le chauffage, ça coûte trop cher. »
Je lave quelqu’un dans de l’eau tiède, dans une pièce à 3 degrés.
Je tremble.
Madame Jeanne, elle, va très bien.
— « Vous êtes bien là ? »
Non Jeanne.
Je perds des orteils, mais merci de demander.
Scène 5 — La salle de bain escape game
Il y a ces salles de bain impossibles.
La baignoire touche le lavabo.
Le lavabo touche les toilettes.
Les toilettes touchent le mur.
Le mur touche mon dos.
Je fais la toilette en position improbable.
À moitié assis.
À moitié debout.
En torsion.
À un moment, je maintiens une jambe et je réalise que je suis en train de faire un squat bulgare non consenti.
— « Vous êtes souple dis donc ! » me dit le patient.
Non.
Je suis coincé.
Scène 6 — La baignoire, ce piège mythologique
Faire entrer une personne âgée dans une baignoire, c’est faire monter une girafe dans une Smart.
— « Un pied après l’autre. »
— « Je peux pas. »
J’aide.
Je tire.
Je calcule le centre de gravité.
Je prie intérieurement tous les dieux.
Miracle.
Il est dedans.
Puis vient le moment le plus dangereux.
La sortie de baignoire.
Suspense.
Silence.
Netflix pourrait en faire une série.
Scène 7 — La do**he façon attraction aquatique
Certaines do**hes sont vivantes.
Tu finis mouillé.
La manche.
La cuisse.
Le pantalon.
Les pieds
— « Oh ! Vous êtes mouillé ! »
— « Un peu, oui. »
Scène 8 — Le savon, ennemi public numéro un
Il glisse.
Il vole.
Il disparaît.
Il roule sous le meuble.
Le patient le suit du regard.
Moi aussi.
Personne ne gagne.
Et puis… le moment qu’on n’oublie jamais
Parce qu’au milieu de tout ça, il y a autre chose.
L’essentiel.
La toilette, c’est l’intime absolu.
La vulnérabilité.
La confiance.
Quand Madame Lucette te dit doucement :
— « Merci… je me sens propre. »
Quand Monsieur René murmure :
— « Heureusement que vous êtes là. »
Tu comprends.
Tu n’as pas lavé qu’un corps.
Tu as lavé un morceau de vie.
Tu as rendu de la dignité.
Du confort.
Une normalité.
Conclusion — La vérité des toilettes en libéral
La toilette en libéral, c’est un mélange étrange et magnifique.
De comédie.
De yoga niveau expert.
De survie.
De fous rires.
De tendresse brute.
C’est le soin qui te ramène à l’essentiel.
Être là.
Vraiment là.
Et si tu n’es pas prêt à rire, transpirer, t’émouvoir et parfois finir trempé…
c’est que tu n’as jamais fait de toilettes en libéral."