15/01/2026
[Salamols] Une pension pour les vétérans… ou quand la municipalité bonifiait l’engagement des vétérans sapeurs-pompiers volontaires
Annoncé ce mercredi 14 janvier 2026 dans un communiqué du président de la FNSPF, le Conseil Constitutionnel a donné son avis favorable à l’instauration de décret de bonification de retraites des sapeurs-pompiers volontaires. « Le décret prévoit une bonification d’un trimestre pour chaque sapeur-pompier volontaire après 10 ans d’engagement, de deux trimestres après 20 ans et de trois trimestres après 25 ans. »
Ceci afin de fidéliser et de récompenser l’engagement des SPV d’aujourd’hui, face au manque de disponibilité ou d’effectifs principalement.
Dans un tout autre contexte, les vétérans de Ribeauvillé ont connu une situation similaire en 1929, mis en place par le conseil municipal à la demande du commandant Xavier Ley :
En décembre 1929, pressentant le pire, l’inspecteur départemental Xavier Ley rend compte au maire des difficultés que rencontre la Compagnie de Ribeauvillé à assurer le bon fonctionnement du service d’incendie et de secours.
Cette situation, écrit-il, est liée à de « fâcheuses circonstances » ayant entraîné la démission des deux seuls officiers du corps. Circonstance aggravante, l’effectif du corps est au plus bas et ne compte plus qu’une cinquantaine d’hommes. Et pour achever de noircir le tableau, toujours selon le commandant Ley, « la tenue des registres ainsi que la comptabilité sont négligées, l’entraînement des hommes est à relever ». Face à ce constat, le commandant déclare sans détour que la « réorganisation s’impose d’urgence ».
À la lecture du courrier de l’inspecteur départemental, son analyse apparaît d’une si grande sévérité qu’une question s’impose d’emblée : comment la Compagnie de Ribeauvillé a-t-elle pu sombrer dans une telle incurie ?
Bien qu’aucun document ne nous soit parvenu sur les raisons de cette malheureuse situation, le témoignage oral d’un dernier vétéran, témoin de cette époque, nous apporte une version des événements. Il semblerait que le chef de corps Eugène Faller ne fût plus en mesure d’assurer le commandement de la Compagnie environ un an avant son décès, survenu le 9 mars 1930. Son état de santé déclinant plongea peu à peu le corps dans une instabilité qui suscita désaffection et mouvements d’humeur au sein des équipes.
Dans sa longue lettre adressée au maire Charles Hofferer, datée du 8 décembre 1929, le commandant Ley dresse un constat qui évoque bien une profonde crise au sein du corps des sapeurs-pompiers. Cependant, la gravité de la situation ne laisse transparaître aucun signe de désarroi chez le commandant. Au contraire, bien loin de céder à la résignation, il déploie avec fermeté sa conviction pour rétablir les compétences du corps.
Il est vrai que l’homme n’apparaît pas sans ressources. Ancien chef du corps de Ribeauvillé, inspecteur départemental du Haut-Rhin, adjoint au maire, chevalier de la Légion d’honneur, le parcours du commandant esquisse un profil énergique et volontariste.
Preuve en est la suite de son courrier, dans lequel il annonce fermement une reprise en main de l’effectif restant. Sa détermination le conduit non seulement à régler les problèmes d’encadrement et de discipline, mais aussi à proposer une solution à la difficulté du recrutement. Il poursuit :
« Le recrutement devient très difficile actuellement. Il s’agit, dans ce cas, d’encourager la bonne volonté des hommes qui se donnent volontairement à la cause des sapeurs-pompiers en leur offrant certains avantages matériels…
Je propose à la municipalité ce qui suit :
- Allocation d’une subvention annuelle à la caisse privée du corps de 1 000 francs pour 1929, et davantage si possible par la suite ;
- Un deuxième avantage à offrir, et qui serait très apprécié, consisterait à accorder une petite pension aux sapeurs-pompiers ayant servi 25 ans dans le corps de Ribeauvillé et comptant 60 ans d’âge (vétérans).
Je trouve équitable que ces vieux serviteurs bénévoles et dévoués puissent profiter de cette petite marque de reconnaissance de la part de la ville qu’ils ont servie fidèlement…
Je suis convaincu que si ces deux propositions sont acceptées, elles contribueront efficacement à la stabilité du corps, faciliteront le recrutement et stimuleront le dévouement… »
Quelques jours plus t**d, lors de sa séance du 12 décembre 1929, le conseil municipal débattait du point 18 à l’ordre du jour : *« Gesuch des Herrn Commandant der Feuerwehr um Zuschuss an die Amicale der Pompiers »* (Requête de M. le commandant du corps pour une allocation à l’Amicale des sapeurs-pompiers).
À l’unanimité, les membres du conseil satisfirent à la requête avec une telle fidélité que la délibération reprit presque mot pour mot la demande du commandant. L’attribution d’une subvention de 1 000 francs (70 255 euros de 2025) pour l’Amicale fut donc votée, ainsi que l’allocation d’une pension annuelle de 200 francs (14 183 euros de 2025) à chaque sapeur-pompier qui comptait 60 ans et 25 ans de service dans le corps de la ville.
Comme nous venons de le voir, la détermination du commandant Ley aura été payante, et la délibération du 12 décembre 1929 marquera en grandes lettres les annales du corps de Ribeauvillé. Cette décision du conseil municipal, approuvée à l’unanimité, trouve aujourd’hui encore un prolongement. Les conseils municipaux n’ont jamais manqué, dès lors, d’inscrire à leur budget les crédits nécessaires au versement d’une pension en faveur des vétérans du corps des sapeurs-pompiers de la cité.
Sources :
Archives municipales et archives des Sapeurs-Pompiers de Ribeauvillé
Insee.fr
CRHRE, « Une pension pour les vétérans », in CHRIST Jean-Louis, La R***e historique de Ribeauvillé et environs, Bulletin n° 10, Ribeauvillé, CRHRE, 1996, p. 12.
Illustration : Rassemblement des sapeurs-pompiers à l’occasion des 50 ans de service du commandant Xavier Ley, ancien chef de corps de Ribeauvillé, inspecteur départemental, et président de l’union régionale des sapeurs-pompiers. Archives des sapeurs-pompiers de Ribeauvillé, 1930.