25/04/2026
Magnifique message de marie Johanne Croteau sur le fait de vieillir…🌟🙏
À tous… et à tous les autres « Moi »…
Vieillir… est-ce une chance ?
Peut-être. Oui, peut-être. Mais il serait trop facile de n’y voir qu’une douce sagesse, une lumière tranquille posée sur les épaules. La vérité est plus nue. Plus exigeante. Vieillir, c’est entrer dans une saison où la vie ne donne plus comme avant… elle retire. Elle dépouille. Elle ramène …
Je le sens en moi. Dans ce souffle qui s’est fait plus mesuré. Dans cette énergie qui ne jaillit plus avec la même évidence. Elle ne me porte plus de la même manière… elle m’oblige à m’arrêter, à écouter, à consentir. Et ce simple ralentissement, déjà, ébranle quelque chose. Car j’ai connu l’élan, la force, cette insouciance du corps qui répond sans attendre. Aujourd’hui, je dois composer avec lui… comme avec un compagnon devenu plus fragile, plus silencieux.
Et puis il y a mes mains.
Je les regarde.
Elles ont tant donné. Tant aimé. Tant porté. Elles ont été des instruments de vie, de tendresse, de création. Et pourtant… aujourd’hui, leur peau se transforme, se relâche, se marque. Elles ne sont plus celles d’hier. Mon ventre aussi , lui qui a donné la vie à deux beaux enfants qui sont des âmes magnifiques et retrouvées… Et dans ce simple constat, une émotion surgit. Pas violente… mais profonde. Une forme de tristesse tranquille.
Alors la question vient. Inévitable. Presque irrépressible :
Pourquoi faut-il que le corps s’efface ainsi ? Pourquoi cette lente dégradation du véhicule ? Pourquoi quitter la vie à travers ce dépouillement qui ressemble parfois à une déchéance ?
Et… comme si cela ne suffisait pas, il y a ceux qui partent. Un à un.
Des visages aimés. Des présences familières. Des êtres qui habitaient notre quotidien… et qui, soudain, n’y sont plus. Le cercle se transforme. Il s’éclaircit. Il se creuse de silences nouveaux. Et dans ces silences, une pensée traverse, presque malgré soi : À qui le prochain ?
Et parfois… plus bas, plus intime…
Est-ce que ce sera moi ?
Il n’y a pas de fuite possible face à cela. Pas de distraction suffisante. Ces questions viennent, et elles touchent juste. Elles viennent fissurer quelque chose de profond : l’illusion que tout allait durer. Elles nous placent face à une vérité que nous avions repoussée, ou simplement oubliée.
Et pourtant…
Au cœur même de cette fragilité, quelque chose demeure.
Quelque chose qui ne se fissure pas. Qui ne tremble pas. Qui ne part pas. Une présence silencieuse, presque oubliée, mais intacte. Une présence qui ne dépend ni du corps, ni du regard des autres, ni même du temps qui passe. Une présence qui regarde tout cela… sans se perdre.
C’est elle qui parle maintenant.
À toi.
À vous tous.
À tous les autres « Moi » qui lisent ceci …
Elle ne nie pas la douleur du passage. Elle ne cherche pas à adoucir la réalité. Mais elle voit autrement. Elle voit que ce qui s’efface n’est pas l’essentiel. Elle voit que ce que tu perds… n’est pas ce que tu es.
Car oui, l’énergie change. Elle ne disparaît pas, elle se transforme. Elle cesse de courir vers l’extérieur pour revenir vers l’intérieur. Elle devient plus dense, plus profonde, plus consciente. Elle n’éclaire plus le monde de la même façon… mais elle éclaire davantage en toi.
Oui, les êtres que tu aimes quittent la scène visible. Mais le lien ne meurt pas. Il change de forme. Il descend en toi. Il devient une présence intérieure, plus subtile, plus vaste. Ce que tu crois perdre à l’extérieur… tu le retrouves autrement, à l’intérieur.
Et oui, le corps se transforme. Il se fragilise. Il s’allège. Mais ce dépouillement n’est pas une punition. C’est une initiation.
Une initiation à ne plus s’identifier à ce corps matériel…
À cesser de croire que tu es ce visage, cette peau, cette force qui décline. À lâcher doucement cette image à laquelle tu t’étais attaché. À accepter que ce que tu es ne peut pas être contenu dans une forme qui, de toute façon, devait un jour se transformer. Une forme qui a une finitude.
Car vient un moment dans une vie où tout ce qui n’est pas essentiel commence à tomber.
Comme les feuilles en automne.
Et l’automne peut sembler triste… parce qu’il emporte. Parce qu’il vide. Parce qu’il dépouille. Mais il révèle aussi. Il révèle la structure profonde. Il laisse apparaître ce qui, jusque-là, était caché par l’abondance.
C’est cela, vieillir. Ce n’est pas disparaître. C’est apparaître autrement. C’est être ramené à ce que tu es… sans masque, sans rôle, sans façade. C’est ne plus pouvoir te fuir dans l’agitation, dans l’image des artifices, dans le regard des autres. C’est être conduit, parfois de force, vers cet espace intérieur que tu avais laissé en friche.
Et dans cet espace… il n’y a ni âge, ni comparaison, ni perte. Il y a une présence.Stable. Silencieuse.
Vivante. Une présence qui était là quand tu étais enfant. Qui était là dans ta jeunesse. Qui est là aujourd’hui. Et qui n’a jamais changé.
C’est elle… le vrai.
Alors, à vous tous… et à tous les autres « Moi »…
Lorsque la fatigue vous touche, ne pensez pas que vous êtes en train de vous éteindre.
Lorsque les départs vous traversent, ne pensez pas que tout s’effondre. Lorsque le corps vous échappe, ne pensez pas que vous vous perdez.
Vous êtes en train d’être ramenés. Ramenés à l’essentiel. Ramenés à ce qui ne peut pas être enlevé. Ramenés à vous-mêmes.
Ce chemin n’est pas doux. Il peut être rude. Il peut être déstabilisant, parfois même déchirant. Mais il est juste. Profondément juste.
Vieillir est peut-être une chance…
mais pas celle de conserver. C’est la chance de se dépouiller. Pas celle de rester tel que l’on a été…
mais celle de découvrir ce que l’on est, lorsque tout le reste s’en va.
Et au bout de cette marche vers la dernière saison… il n’y a pas seulement une fin. Il y a un seuil. Un passage et un retour.
Et dans ce retour… à ta maison infinie…
il y a une paix que rien de ce monde ne peut offrir.
Parce qu’elle ne dépend de rien.
Parce qu’elle est là. En toi . Elle vit et s’appelle le souffle. Elle ne compte pas les saisons, ton âme … elle voit les ponts et les horizons qui t’attendent à nouveau… à l’infini !
Marie Johanne Croteau