15/05/2026
Hier j'ai repoussé mes limites.
Lors de ma première participation au NTMF il y a 7 ans, une traileuse (coucou Thérèse-Marie) m'avait parlé de tenter l'aventure aux mythiques 100km à pied de Steenwerck . En effet, l'épreuve existe depuis 1976. J'ai toujours gardé cette suggestion dans un coin de ma tête. Et cette année, après 7 ans de réflexion, j'ai osé franchir le pas.
Départ le mercredi 13 mai à 19h. Casquette rose de sortie — malheureusement pas pour le soleil, mais pour ne pas trop me prendre la pluie sur le visage et les lunettes. Des averses étaient prévues, ainsi qu'un temps frais.
Arrivées une heure plus tôt avec Anne, mon amie sportive, nous avons retiré notre dossard et récupéré un magnifique t-shirt floqué pour le 50ème anniversaire — un collector, à n'en pas douter. Malgré l'appréhension du départ tout proche, j'arrive à me détendre car l'ambiance est franchement festive dans la salle. Personne ne se prend la tête, la convivialité des gens du Nord est omniprésente.
À 18h45, on sort de la salle remplie de chaleur humaine pour se retrouver sous un rayon de soleil au départ, par temps frais. Nous sommes plus de 1100 courageux à aller battre le bitume pour un temps indéterminé.
Avant le 2ème kilomètre, une averse nous mouille bien les vêtements — mais pas notre motivation. Je me sens bien jusqu'au 30ème kilomètre. En m'inscrivant aux 100 km, je m'étais dit de manière très simple que c'était 20 fois 5 km. J'avais décidé de découper chaque 5 km en 4 km de course et 1 km de marche pour récupérer. C'est la théorie — elle a fonctionné sur les 30 premiers km, avant un coup de mou. Il était minuit. Il faisait noir depuis un moment. C'était beau — des étoiles brillaient dans le ciel. J'ai décidé de poursuivre en marchant, car je ne savais pas du tout comment mon corps et mon cerveau allaient appréhender cette première nuit de ma vie sans sommeil.
Cette nuit a pris des allures d'exploration intérieure, de quête presque spirituelle. Pour quelles raisons avais-je voulu m'inscrire ? Qu'est-ce que cela allait m'apporter ? En serais-je capable ? N'avais-je pas été trop ambitieuse ? Cette portion de trois heures était étrange et belle à la fois, mais je me suis rendu compte que je ne m'étais pas assez couverte. J'ai franchement eu froid, j'avais oublié mes gants. Un bonnet et une couche supplémentaire m'auraient été grandement bénéfiques. Heureusement, des ravitaillements étaient disponibles tous les 5 km environ — merci aux organisateurs. Durant la nuit, j'ai bu du chaud: deux soupes, deux thés et deux cafés.
Je me suis surprise à faire une micro-sieste en marchant dans le noir. Mon corps ne savait plus où il habitait et ne comprenait pas pourquoi je le privais de sommeil. J'ai poursuivi ma longue marche, persuadée qu'avec le lever du jour je retrouverais de l'énergie — mais c'était une utopie. Plus les heures avançaient, plus mon rythme ralentissait. Entre-temps, des soucis digestifs sont apparus. Je ne pouvais plus boire ni manger grand-chose, et il me restait 40 km avant la ligne d'arrivée.
Que faire ? Abandonner ? Beaucoup l'ont fait avant moi et il n'y a aucune honte à cela. Après tout, je voulais tester mes limites — je les touchais du bout des doigts. J'ai douté, j'ai erré, j'ai souffert, j'ai hésité. Puis j'ai utilisé mon joker : l'appel à une amie. J'ai entendu la voix d'Anne — loin devant moi dans ce 100 km — qui m'a dit que j'étais capable d'aller jusqu'au bout, que je devais juste penser au prochain kilomètre, pas calculer ceux qui restaient. Les mots réconfortants de mon mari et de mes filles par messages m'ont donné un coup de boost décisif.
Le chemin a pris des allures de chemin de croix. Pour l'anecdote — et au point où j'en étais, tout était permis — je me suis même arrêtée pour prier devant une chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs, croisée sur le parcours. À la fin de l'avant-dernière boucle, comme un mirage, les yeux abasourdis par la fatigue, j'ai vu arriver mon mari et mes filles. Ils m'ont apporté une veste chaude, des gants — que je n'ai pas pu enfiler car mes mains étaient gonflées — et surtout de la chaleur humaine. Devant eux, je ne pouvais pas abandonner.
J'ai entamé la dernière boucle d'environ 16 km avec la tête qui voulait avancer et le corps qui faisait de la résistance. Chaque kilomètre me semblait en valoir cinq. Mes forces m'abandonnaient. J'ai repensé à mon introspection de la nuit, aux raisons qui m'avaient motivée à m'inscrire — et puis ce n'est pas le genre de la maison d'abandonner.
J'ai échangé quelques mots de soutien avec des compagnons d'infortune tout aussi épuisés que moi. J'ai notamment rencontré Jean-Charles, qui prenait le départ pour la 30ème fois. Il m'a donné de précieux conseils — merci à toi, Jean-Charles, si tu me lis.
Pour les cinq derniers kilomètres, mon mari et ma fille cadette sont venus à mes côtés pour m'encourager et m'aider à terminer. Après 19 heures, 27 minutes et 52 secondes, après une nuit sans sommeil, j'ai foulé le tapis rouge — non pas celui de Cannes, mais celui de Steenwerck — en donnant la main à mes filles. Un moment inoubliable, et une magnifique médaille à l'arrivée.
Incroyable. Je l'ai fait. Je suis allée au bout de moi-même, en ce 14 mai 2026.
J'ai pensé aussi à l'extraordinaire Courtney Dauwalter, qui parle de sa "pain cave". Je n'oserais pas la comparaison — elle est hors du commun. Mais moi, femme ordinaire, j'ai osé rêver d'aller au bout d'une distance extraordinaire.
Et j'y suis arrivée
🙏
Merci à toute l'équipe au top du top, aux nombreux bénévoles qui nous ont apporté de la chaleur humaine en cette nuit froide. 🥰