06/04/2026
Voilà pourquoi je vous dis souvent quand vous arrivez avec une "étiquette".
Et sinon ???
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L’expérience de Rosenhan
En 1973, un psychologue américain, David Rosenhan, publie une étude qui va profondément marquer la manière dont on pense la psychiatrie. Son point de départ est assez simple, presque dérangeant : peut-on vraiment faire la différence entre une personne saine et une personne souffrant de troubles mentaux, surtout dans un hôpital psychiatrique ?
Pour explorer cette question, il met en place une expérience plutôt audacieuse. Lui-même et plusieurs autres personnes se présentent dans différents hôpitaux en prétendant entendre des voix. C’est le seul symptôme qu’ils simulent. Une fois admis, ils arrêtent immédiatement toute comédie et se comportent normalement. Pourtant, aucun membre du personnel ne semble remarquer quoi que ce soit d’anormal… ou plutôt, d’inhabituellement normal. Tous sont diagnostiqués comme souffrant de troubles graves, et ils restent hospitalisés parfois plusieurs semaines.
Ce qui frappe, c’est la manière dont leurs comportements sont interprétés une fois qu’ils ont été étiquetés comme « malades ». Prendre des notes devient suspect, attendre calmement est vu comme un signe de retrait, et chaque geste semble confirmer le diagnostic initial. Comme si, à partir du moment où une étiquette est posée, elle finissait par colorer toute la perception de la personne.
Un autre aspect assez troublant concerne les relations avec le personnel. Les échanges sont souvent rapides, distants, parfois inexistants. À l’inverse, certains patients, eux, semblent percevoir que quelque chose ne colle pas. Certains vont jusqu’à dire que ces « faux patients » ne sont probablement pas malades.
Dans un second temps, Rosenhan prévient un hôpital qu’il enverra prochainement de nouveaux faux patients. Cette fois, le personnel devient méfiant et identifie plusieurs personnes comme suspectes. Mais en réalité, personne n’a été envoyé. Cela montre à quel point les attentes peuvent influencer le jugement, dans un sens comme dans l’autre.
Au fond, cette expérience met en lumière un problème important : le diagnostic psychiatrique n’est pas aussi objectif qu’on pourrait le croire. Il dépend du contexte, des attentes, et de la manière dont les professionnels interprètent les comportements. Une fois qu’une personne est considérée comme malade, il devient difficile de la voir autrement.
Même si cette étude a été critiquée par la suite, elle a eu un impact durable. Elle a contribué à remettre en question certaines pratiques et à encourager une réflexion plus rigoureuse sur les critères diagnostiques. Aujourd’hui encore, elle reste une référence pour comprendre les limites et les enjeux du regard porté sur la santé Mentale.