15/01/2026
Quand protéger un enfant devient le contrôler
Depuis plusieurs années, j’accueille en consultation des parents profondément investis auprès de leur enfant, mais épuisés, anxieux, et souvent convaincus de « mal faire » malgré tous leurs efforts.
Ce que j’observe n’est pas un manque d’amour, mais une parentalité guidée par la peur, où le contrôle a progressivement pris la place du lien.
Quand le protocole remplace l’observation.
Certains parents élèvent aujourd’hui leur enfant comme on suivrait un manuel :
chapitre après chapitre, règle après règle.
Par exemple :
- un bébé de 3 mois doit vivre dans le silence, car « le bruit est mauvais pour lui ».
- un nourrisson ne peut pas être touché sans autorisation, même par un proche bienveillant
un geste tendre (une main sur la tête) devient source d’alerte.
- toute adaptation simple (rythme, épaississant, ajustement du quotidien) est refusée au nom d’un principe théorique.
Dans ces situations, le parent n’observe plus l’enfant réel.
Il vérifie s’il respecte la règle.
Ce qui se joue réellement : l’angoisse déplacée.
Ces comportements ne sont pas des choix éducatifs anodins.
Ils relèvent d’un mécanisme anxieux.
Lorsque l’angoisse est trop forte pour être nommée (peur de mal faire, séparation, reprise du travail, fatigue, sentiment d’incompétence), elle se déplace vers des éléments concrets et contrôlables :
- le bruit
- le toucher
- l’hygiène
- l’environnement
Ces éléments ne sont pas dangereux en soi.
Ils deviennent simplement les supports visibles d’une peur invisible.
Ce qui rassure le parent est autorisé.
C’est un point central.
Dans la parentalité anxieuse, la hiérarchie des risques n’est plus médicale, elle est émotionnelle.
- Ce qui échappe au contrôle angoisse.
- Ce qui rassure le parent est autorisé.
Exemple parlant : le tabac tertiaire.
Le tabac tertiaire correspond aux résidus toxiques du tabac qui persistent :
- sur les vêtements
- la peau
- les cheveux
- l’haleine
Même lorsque le parent fume à l’extérieur, se lave les mains ou utilise un bain de bouche, une exposition indirecte persiste.
Ce risque est scientifiquement reconnu, même s’il est modéré.
Pourtant, dans certaines situations,
le tabac est toléré, rationalisé (« je fais attention »).
Tandis qu’un toucher affectueux (par un membre de la famille) ou le bruit de la vie quotidienne sont interdits.
Pourquoi ?
Parce que le tabac fait partie du cadre connu et maîtrisé du parent.
Le toucher ou l’imprévu, eux, échappent au contrôle et réveillent l’angoisse.
- Ce n’est pas une logique de danger réel, mais une logique de soulagement anxieux.
Ce que l’enfant reçoit, sans mots.
Un bébé ne comprend pas les règles.
Il ressent l’état émotionnel de l’adulte.
Son système nerveux, immature, se régule par co-régulation.
Lorsque le parent est anxieux :
- l’enfant reste en hypervigilance
- le sommeil devient fragile
- l’apaisement est difficile
- le corps s’exprime (coliques, reflux, tensions, troubles alimentaires).
L’enfant n’apprend pas que le monde est sûr.
Il apprend que le monde doit être surveillé.
Quand la protection devient envahissante
Protéger un enfant est fondamental.
Mais lorsque la protection est guidée par la peur, elle devient sur-contrôle.
L’enfant n’est plus sécurisé par la présence de l’adulte, il devient attentif à son état émotionnel et tente inconsciemment de s’y adapter.
Certains enfants deviennent :
- très sages, hyper-adaptés, anxieux intérieurement.
D’autres :
- agités, hypersensibles, en difficulté face à l’imprévu.
Dans les deux cas, le système nerveux reste en alerte.
Et le couple parental ?
Cette dynamique ne s’arrête pas à l’enfant.
Souvent, un parent détient les règles et le « bon savoir », l’autre se met en retrait, se justifie ou se désengage.
Le couple devient un espace de gestion et de contrôle, plus qu’un espace de lien.
La fatigue, le ressentiment et la distance émotionnelle s’installent progressivement.
Donald Winnicott était un pédiatre et psychanalyste britannique.
Il a introduit une idée centrale en parentalité :
le parent suffisamment bon.
Un parent suffisamment bon :
- n’est pas parfait
- fait des erreurs
- s’ajuste
- répare
- fait confiance au lien
Selon Winnicott, ce n’est pas la perfection qui sécurise un enfant, mais la fiabilité émotionnelle de l’adulte.
Conséquences à long terme si l’anxiété persiste.
Pour l’enfant :
- anxiété durable
- besoin de contrôle
- peur de l’erreur
- hypersensibilité
- difficulté à faire confiance à l’imprévu
- parfois, à l’âge adulte, fatigue psychique et somatisations.
Pour les parents :
- épuisement chronique
- perte de confiance en soi
- culpabilité persistante
- rigidification éducative
- fragilisation du couple.
Ce qui devait protéger finit par enfermer.
Message essentiel :
- Protéger un enfant, ce n’est pas tout contrôler.
- C’est lui transmettre, par la présence d’un adulte suffisamment apaisé, que le monde peut être habité sans peur.
Apaiser le parent, c’est souvent déjà soulager l’enfant.
Redonner confiance au lien, c’est rendre à la parentalité sa fonction première : sécuriser, pas surveiller.
C’est dans une présence suffisamment calme, imparfaite mais fiable, que l’enfant découvre peu à peu que la vie peut être vécue sans être constamment surveillée.
Natacha Guiraud Hypnothérapeute, Psychanalyste & Sexologue
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