25/09/2025
Industries culturelles : l’oreille, outil fragile et menacé
Les métiers du spectacle et de la création exposent leurs travailleurs à des risques auditifs souvent méconnus. Une étude de l’INRS et de Thalie Santé, menée sur 63 000 professionnels suivis entre 2000 et 2023, met en évidence une réalité préoccupante : un travailleur sur dix présente une audition plus dégradée que la normale. Chaque année, environ 28 personnes atteignent le seuil de surdité professionnelle.
Si la prévalence globale reste proche de celle de la population française, des différences apparaissent. Les décorateurs (1,3 %) et les artistes, notamment musiciens et chanteurs (1,1 %), sont les plus touchés. Les métiers de l’image, de la lumière et de la réalisation présentent également un risque accru. À l’inverse, le secteur du son affiche un taux étonnamment faible (0,4 %). Une apparente contradiction : ces professionnels quittent souvent leur métier dès les premiers signes de perte auditive, ce qui limite les statistiques mais révèle une grande fragilité.
Autre constat : les surdités dans les industries culturelles et créatives (ICC) ne sont pas reconnues comme maladies professionnelles liées au bruit. Leur déclaration reste rare, freinant la prévention. Or, dans un secteur où l’oreille est l’outil de travail principal, une altération auditive peut mettre fin brutalement à une carrière.
Les chercheurs appellent à des mesures adaptées, rappelant que la précarité et la pluriactivité des intermittents repoussent souvent l’achat de protections auditives vers les individus eux-mêmes. Un paradoxe d’autant plus marquant que des secteurs réputés bruyants comme la métallurgie déclarent proportionnellement bien moins de cas (moins de 0,01 % en 2021).
En conclusion, si la prévalence dans les ICC ne diffère pas fortement de la population générale, la spécificité de ces métiers rend le problème d’autant plus critique. Protéger l’audition des travailleurs du spectacle devient donc un enjeu majeur de santé au travail.