27/01/2026
Et vous, l'avez vous entendu cette phrase ?
Arrête de pleurer pour rien.
Je l’ai entendue tellement souvent. De la bouche d’éducatrices, de parents. Je l'ai probablement dit et je l’ai entendue aussi quand j’étais enfant.
La plupart du temps, elle est dite sans méchanceté. On la dit pour calmer, pour que ça passe plus vite, pour pouvoir continuer la journée.
Mais on est qui, exactement, pour décider que ce qu’un petit humain en plein développement vient de vivre… ce n’est rien ?
Ce n’est peut-être rien pour nous. Mais pour lui, c’est ce qu’il vit, ici et maintenant. C’est réel, c’est intense, et ça prend toute la place.
Cette phrase-là n’est pas neutre. Elle apprend quelque chose de très précis à l’enfant : que ce qu’il ressent est trop, qu’il exagère, que sa peine n’est pas valable. Elle lui apprend que, pour être accepté, il doit se taire.
Parce que pour un enfant, ce n’est jamais " pour rien ". Il pleure parce que quelque chose déborde. Parce qu’il a mal, parce qu’il est frustré, dépassé, fatigué. Parce qu’il ne sait pas encore comment faire autrement avec ce qui monte en lui.
Quand on lui dit d’arrêter de pleurer, on ne lui apprend pas à se réguler. On lui apprend à se couper de ce qu’il ressent.
Et plus t**d, ça donne des adultes qui minimisent leurs émotions, doutent de leur propre souffrance et encaissent beaucoup trop longtemps avant de craquer.
Ce qui est ironique, c’est qu'aujourd'hui, on nous répète que nos émotions comptent, que notre vérité intérieure est importante, qu’il faut apprendre à s’écouter. Mais on a encore énormément de difficulté à transmettre ça à nos enfants.
Souvent, si on demande à un enfant d’arrêter de pleurer, ce n’est pas parce que son émotion est trop grande. C’est parce qu’elle nous rend inconfortables. Parce qu’on ne sait pas quoi en faire. Parce qu’on n’a pas appris, nous non plus, à rester présents face à la détresse.
Pleurer n’est pas le problème. Le problème, c’est de ne pas savoir quoi faire avec ce qui déborde.
Accompagner un enfant, ce n’est ni dramatiser ses émotions, ni les faire taire. C’est lui apprendre, doucement, que ce qu’il ressent a une raison d’exister, et qu’il peut traverser ça sans perdre le lien.
Un enfant à qui on apprend à comprendre ses larmes devient un adulte qui se fait confiance, qui ne remet pas constamment ses émotions en doute et qui sait reconnaître celles des autres.
Sabrina entre les lignes 🖤🤍🖤