24/03/2026
“Mais le docteur a dit que vous pouviez.”
Petit mot pour les prescripteurs.
Vraiment petit.
Enfin… on va dire “raisonnable”.
L’ordonnance, pour vous, c’est un geste quotidien.
Un réflexe.
Un coup de stylo entre deux consultations, un café, une urgence, un patient en re**rd.
Pour nous, infirmières et infirmiers libéraux…
l’ordonnance, c’est sacré.
C’est notre totem.
Notre amulette.
Notre gilet pare-balles face à la CPAM.
Sans elle, ou avec une ordonnance bancale, on ne soigne plus…
on négocie.
L’ordonnance, c’est ce qui nous permet d’être dans les clous de la convention, propres au niveau des caisses , tranquilles dans notre tête, et concentrés sur le soin plutôt que sur la paperasse.
Donc oui, il y a des règles.
Pas des caprices.
Pas des lubies d’IDEL tatillon.
Juste des règles de survie administrative.
Et là… comment dire…
on va rire un peu.
Arrêtez de mettre sur des ordonnances :
— “prise de tension”
— “donner à manger”
— “donner à boire”
— “mettre les chaussettes”
— “passer voir si ça va”
Parce que ce n’est pas de la NGAP.
Ce n’est pas facturable.
Et non, ce n’est pas transformé en acte magique parce que c’est écrit par un médecin.
Nous, quand on lit ça, on a un petit moment de solitude.
Un instant où on regarde le patient.
Puis l’ordonnance.
Puis le plafond.
— “Mais le docteur a dit que vous pouviez.”
Oui.
Pouvoir, on peut tout faire.
Mais facturer, c’est autre chose.
Et puis il y a les ordonnances “presque parfaites”.
Celles où il manque juste :
— “à faire par infirmier”
— ou “à domicile”
— ou “dimanche et jours fériés ”
— ou la date
— ou la signature
— ou la durée
Juste un détail.
Un petit mot.
Mais ce petit mot, pour la CPAM, c’est la différence entre :
“ok”
et
“indus”.
Et là, soyons clairs :
8 fois sur 10, l’ordonnance n’est pas valable.
Huit.
Sur.
Dix.
Parfois elle est lisible mais incomplète.
Parfois elle est complète mais illisible.
Parfois elle est là… mais invisible.
Écriture en ECG.
En hiéroglyphes.
En “j’ai écrit vite fait dans le couloir”.
Résultat ?
Ce n’est pas l’ordonnance qui fait des allers-retours.
C’est nous.
Appel au cabinet.
Secrétariat.
“Le docteur vous rappellera.”
Message laissé.
Relance.
Mails.
Re-relance.
Photo floue envoyée entre deux toilettes.
Nouvelle version.
Toujours pas bonne.
Pendant ce temps-là, la tournée continue.
Les soins s’enchaînent.
Les patients attendent.
Et nous, on passe notre pause à courir après une signature.
Et évidemment, quand la CPAM arrive, elle ne voit pas :
le temps passé,
l’énergie déployée,
les kilomètres,
la charge mentale.
Elle voit juste :
“Ordonnance non conforme.”
Et là, c’est nous le problème pour eux.
Alors non, ce texte n’est pas une attaque.
C’est un cri du terrain.
Un appel à la simplicité.
Une ordonnance claire, lisible, complète, conforme…
c’est moins de coups de fil pour vous,
moins de stress pour nous,
et plus de temps pour le patient.
Nous, on adore notre métier.
On adore soigner.
On le fait déjà beaucoup.
Parfois trop.
Alors s’il vous plaît, aidez-nous à ne pas devenir, en plus, des experts en archéologie d’ordonnance.
Promis, on continuera à bien s’occuper de vos patients.