16/03/2026
On m’a diagnostiqué le syndrome de l’aidant.
On me l’a dit comme ça, sans détour.
Comme s’il s’agissait d’une maladie de plus sur un dossier médical.
« Syndrome de l’aidant. »
Et moi, je n’ai pensé qu’à une chose :
— Comment appelle-t-on alors aimer jusqu’à se briser ?
Parce que personne ne voit quand tout a commencé.
Cela n’a pas commencé le jour du diagnostic.
Cela a commencé quand mes parents n’en pouvaient plus
et que j’ai décidé de rester
pendant que d’autres choisissaient de partir.
Cela a commencé la nuit où j’ai appris à dormir avec une oreille éveillée.
Quand le corps réclamait du repos
et que l’âme répondait : tiens encore un peu.
Cela a commencé quand j’ai cessé d’être un enfant
pour devenir des mains, un appui, une voix, une force empruntée.
On m’a diagnostiqué le syndrome de l’aidant
parce que mon dos me fait souffrir,
parce que mon esprit ne s’éteint jamais,
parce que je pleure sans m’en rendre compte,
parce que je souris en public
et que je me brise en silence.
Mais personne n’a diagnostiqué
ceux qui ont disparu.
Ceux qui ont promis d’être là
et ne l’ont été qu’en paroles.
Ceux qui donnent leur avis de loin
sans connaître le véritable poids
de relever celui qui t’a donné la vie.
Personne n’a donné de nom
aux frères absents,
aux proches confortablement éloignés,
à ceux qui arrivent quand tout est terminé
et osent dire :
« Tu aurais dû faire ceci… »
Moi, oui, on m’a donné un nom.
Aidant.
Épuisé.
À bout.
Parce que prendre soin ne fatigue pas…
ce qui fatigue, c’est de le faire seul.
Ce qui rend malade, ce n’est pas l’amour,
c’est l’indifférence des autres.
C’est tout porter
pendant que d’autres dorment tranquilles,
la conscience en mode avion.
On m’a diagnostiqué le syndrome de l’aidant
mais je ne regrette rien.
Parce que lorsque mes parents avaient besoin de moi,
je n’ai pas détourné le regard.
Je suis resté.
Avec la peur.
Avec la fatigue.
Avec les larmes.
Mais j’étais là.
Et si ce texte fait mal,
s’il dérange,
s’il réveille quelque chose que tu préférais taire…
ce n’est pas à cause de mes mots.
C’est parce qu’au fond,
tu sais qu’aimer ainsi
ne devrait rendre personne malade,
et pourtant
ce sont toujours les mêmes
qui paient le prix de ne pas abandonner.
Parce que prendre soin de celui qui t’a donné la vie
n’est pas une obligation.
C’est un acte d’amour si immense
que parfois
la vie en présente la facture au corps.
Et malgré tout…
si je devais choisir à nouveau,
je resterais encore.
Parce qu’il existe des douleurs qui épuisent
et des absences
qui ne se pardonnent jamais. 😔🫂