27/03/2026
LE LIEU DE LA MÉDITATION (CONTE DIIT PAR L'AUTEUR)
J’avais rendez-vous pour une méditation, mais je n’ai pas réussi à trouver le lieu de la réunion. J’ai erré longtemps, cherchant sans succès, jusqu’à ce que la lassitude m'incline à renoncer. C’est alors qu’une porte s’est ouverte devant moi. Intrigué, je suis entré. La maison semblait vide, silencieuse, presque hors du temps. Je me suis assis par terre et j’ai attendu. Personne n’est venu.
Les heures ont passé, lentes, étirées comme une respiration sans fin. L’endroit était vaste, une demeure immense, mais bizarrement dépouillée : une seule pièce, trois murs seulement. Le quatrième, absent, semblait se cacher entre deux zones d’ombre. Je le sentais là, pourtant, invisible, impalpable, mais bien présent. Sa réalité n’apparaissait qu’à travers ce qu’il reflétait : un immense miroir transparent, traversé par des bruits de vie, des éclats de voix, des rires d’enfants.
De l’autre côté, s’étendait comme une cour de récréation sans début ni fin, non délimitée. Des gens y construisaient des châteaux de sable, qu’ils détruisaient aussitôt, dans un élan inépuisable d’ardeur joyeuse, en riant comme des fous. Tout cela se faisait sans rivalité, sans malice : chacun bâtissait, défaisait, recommençait, pris dans une sorte de transe magnifique et désordonnée. Il n’y avait ni bons ni méchants, seulement des êtres jouant ensemble le grand jeu de la vie. Même la peine, la détresse et la colère s’y mêlaient, comme des notes mélodiques nécessaires pour composer une vraie symphonie.
Et de ce tumulte jaillissait, paradoxalement, une harmonie. J’étais là, à la fois spectateur et participant, distant et pourtant entièrement immergé. Ici, dans ma pièce silencieuse, je percevais la même présence invisible, la même paix profonde. J’étais seul, mais heureux – nu comme un dieu, et plein du monde tout entier.
Je n’attendais plus rien. Comme un roi sans royaume, je goûtais la liberté d’être simplement moi, sans imposer ni loi ni croyance.
À un moment, j’ai voulu sortir par la fenêtre, mais j’ai compris qu’il n’y avait pas de dehors : cette pièce était la conscience même de mon être. Alors, je suis resté, définitivement enfermé ici, au plus proche de moi, en plein cœur de moi-même, là où je vis désormais : en compagnie du monde entier.
(à paraître dans prochain livre de JEAN-PAUL INISAN : "CONTES DE LA LUMIÈRE EN PLEIN MILIEU DE L'OMBRE", mai/juin 2026)
COMMENTAIRE :
Ce conte propose une allégorie de la méditation, présentée comme dévoilement de la conscience elle-même, et non comme accès à un lieu extérieur (à soi-même). L’errance initiale symbolise la recherche spirituelle quand elle est tournée vers des objets ou des cadres, donc vouée à l’échec tant qu’elle méconnaît son véritable but (qui est une absence de but).
La pièce aux trois murs représente une conscience ouverte, incomplète selon les catégories ordinaires, mais totale dans sa capacité d’accueil. Le miroir transparent suggère une relation non duelle au monde : celui-ci n’est pas nié, mais vu comme jeu, impermanence et coprésence de la joie, de la colère, de la souffrance. La liberté finale, sans loi ni croyance, désigne un soi recentré, délivré de la volonté de maîtrise (un lâcher-prise).
La méditation se présente ainsi comme reconnaissance d’une unité absolue où le sujet méditant et le monde coïncident (pas de distance, pas de distinction "ici"...).