15/11/2025
Je viens de relire “L’étranger” de Camus avant de voir le film d’Ozon, et il ne m’a pas semblé aussi génial que la première fois.
Peut-être parce que je le lis maintenant avec d’autres yeux, peut-être parce que je l’ai lu juste après “Le soleil des Scorta” de Gaudé.
Le style dépouillé correspond à Meursault, certes, mais en pensant à l’adaptation ciné, je me demande : comment filmer tant d’indifférence intérieure ? Au-delà de la scène du meurtre sur la plage, le reste semble peu visuel.
Ce qui me frappe en 2025, ce sont les éléments qu’on ne peut plus ignorer :
1) la misogynie brutale (Raymond qui bat “la Mauresque”, Marie réduite à objet érotique, et même cette phrase “aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme” où la femme reste métaphore sans valeur propre).
2) Le colonialisme et le racisme décomplexés : les Arabes sans nom, toujours “les Arabes” ou “la Mauresque”, jamais des personnes. Cette obsession pour la peau “quatre hommes noirs” au veillée, “nos corps bruns”, les Parisiens à “peau blanche”. Une hiérarchie raciale constante. Meursault tue un homme et ce qu’il regrette, c’est d’avoir “détruit l’équilibre du jour, le silence d’une plage où j’avais été heureux”. La victime n’a aucune importance. Violence banalisée contre des corps racisés qui ne méritent même pas un nom.
Ce qui garde sa force, c’est le final : la rage existentielle contre l’aumônier, le rejet du réconfort religieux, la solitude face à l’absurde. Ça résonne encore.
Mais lu en 2025, ses fissures sont criantes. Une œuvre profondément ancrée dans les dominations de son époque, qui n’a pas aussi bien vieilli qu’on le croyait.
Qu’en pensez-vous?