08/03/2026
🩸 𝐂𝐨𝐦𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥’𝐚𝐧𝐞́𝐦𝐢𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐳 𝐥𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 : 𝐟𝐚𝐮𝐭-𝐢𝐥 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐞́𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐞𝐧 𝐟𝐞𝐫 ?
Depuis plusieurs mois et en collaboration avec des vétérinaires, nous travaillons sur le sujet de l’anémie chez le cheval, afin de comprendre pourquoi les supplémentations en fer sont encore souvent conseillées en première intention, alors que cela va à l’encontre de la majorité des recommandations nutritionnelles, des valeurs statistiques des fourrages et des résultats sur le terrain.
➡ Comme nous n'avons malheureusement pas trouvé la réponse à cette complémentation systématique, nous vous partageons différents éléments permettant de mieux comprendre l'anémie chez le cheval et complémenter en connaissance de cause de cas échéant.
Il s'agit ici d'un résumé de l'article complet que nous vous invitons à lire ici :
https://harmonienutritionequine.com/comprendre-lanemie-chez-le-cheval-faut-il-complementer-en-fer/
🔎 𝐂𝐨𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐞 𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭 𝐥’𝐚𝐧𝐞́𝐦𝐢𝐞 ?
Il s’agit d’une diminution du nombre de globules rouges ou de l’hémoglobine (la protéine contenue dans les globules rouges, qui donne sa couleur au sang).
Si chez l’humain (et particulièrement chez la femme), la carence en fer est souvent à l’origine de l’anémie, cette analyse n’est pas transposable chez le cheval.
🌿 𝐁𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐞𝐧 𝐟𝐞𝐫 𝐝𝐮 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐞𝐭 𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭𝐬 𝐦𝐨𝐲𝐞𝐧𝐬 𝐝𝐮 𝐟𝐨𝐮𝐫𝐫𝐚𝐠𝐞 :
Le besoin en fer d’un cheval de 500kg est de 400mg par jour environ.
En moyenne, le fourrage apporte 200mg de fer par kilo (avec une fourchette pouvant varier de 40mg à plus de 2000mg par kilo).
➡ En consommant 2 à 2,5% de son poids en MS de fourrage, le cheval va consommer en moyenne 2000mg de fer (400mg au minimum, parfois plus de 20 000mg).
À moins de manquer drastiquement de fourrage (chevaux dénutris), il est donc peu probable (pour ne pas dire impossible) que notre cheval manque de fer. L’organisme ayant la capacité de stocker le fer, si l’on se retrouve dans le rare cas où le fourrage est pauvre en fer, alors l’organisme pourra le déstocker, ce qui sera bienvenu pour son organisme (les foies de chevaux autopsiés étant souvent noirs en raison de l’excès de fer accumulé).
➡ Nous abordons la notion d’assimilation du fer dans l’article complet.
𝐈𝐥 𝐜𝐨𝐧𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐜 𝐝𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐚𝐮𝐬𝐞𝐬 𝐝’𝐚𝐧𝐞́𝐦𝐢𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐞𝐳 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐮𝐱 :
📍 Pertes sanguines (aigüe en cas de grosse blessure, légères mais chroniques en cas de gros ulcères ou parasitisme) par exemple.
Dans ce cas, l’anémie résulte d’une perte de sang et pas d’un manque de fer.
📍 Troubles hépatiques, expositions à certaines toxines végétales.
📍 Réactions immunitaires, infections par des bactéries, virus ou parasites.
Dans ces cas-là, on parlera d’anémie hémolytique.
𝐋’𝐞𝐱𝐞𝐦𝐩𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐢𝐫𝐨𝐩𝐥𝐚𝐬𝐦𝐨𝐬𝐞 :
Cette maladie, provoquée par des protozoaires appelés piroplasmes, illustre parfaitement ce type d’anémie.
Les parasites (Theileria equi et Babesia caballi) se développent à l’intérieur des globules rouges, les détruisant au fur et à mesure de leur cycle. Chaque fois qu’ils se multiplient, ils provoquent l’éclatement des hématies (hémolyse). Cette destruction massive des globules rouges entraîne une anémie parfois sévère, sans lien avec une carence en fer, mais directement liée à l’infection parasitaire. Ainsi, lors d’une piroplasmose, la prise de sang révèle une anémie, mais celle-ci traduit une atteinte infectieuse et hémolytique, et non un déficit en fer.
🩸 𝐋’𝐚𝐧𝐞́𝐦𝐢𝐞 𝐢𝐧𝐟𝐥𝐚𝐦𝐦𝐚𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 :
Elle apparaît en cas d’infection persistante, de troubles digestifs ou de maladie métabolique, etc.
Sous l’effet de l’inflammation, le foie augmente la production d’une hormone clé : l’hepcidine.
Véritable régulatrice du métabolisme du fer, elle bloque à la fois l’absorption du fer alimentaire et la libération du fer stocké dans les réserves.
Le fer est donc présent, mais séquestré et inaccessible aux pathogènes comme aux cellules sanguines.
➡ Cette stratégie de défense protège le cheval : les pathogènes ne trouvent plus le fer dont ils ont besoin pour se multiplier.
❌ Rajouter du fer dans la ration demande donc à l’organisme d’en séquestrer encore plus, ce qui peut perturber la réponse immunitaire et, paradoxalement, favoriser le développement du pathogène !
𝐋𝐞 𝐜𝐚𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐮𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐥𝐚𝐝𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐋𝐲𝐦𝐞 :
Alors que la plupart des organismes pathogènes ont besoin de fer pour assurer leur survie et leur virulence, la bactérie responsable de la maladie de Lyme peut survivre et se multiplier sans avoir recours au fer !
Lorsque l’organisme du cheval limite volontairement la disponibilité du fer dans le sang comme nous l’avons vu ci-dessus, les bactéries responsables de Lyme continuent de se développer en exploitant le manganèse.
➡ Cette adaptation unique leur permet d’échapper à une défense immunitaire pourtant très efficace contre la plupart des microbes.
➡ Elle contribue également à expliquer pourquoi la maladie de Lyme peut devenir chronique et reste parfois difficile à traiter, d’autant que la majorité des fourrages apportent des quantités de manganèse bien suffisantes à couvrir les besoins des chevaux.
🩸 𝐋’𝐚𝐧𝐞́𝐦𝐢𝐞 𝐝’𝐨𝐫𝐢𝐠𝐢𝐧𝐞 𝐧𝐮𝐭𝐫𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞 :
📍 Les protéines et acides aminés :
Les globules rouges sont constitués de protéines et, en l’absence d’acides aminés essentiels, leur synthèse est compromise.
Il faut donc veiller à apporter suffisamment de lysine et de méthionine, ces 2 acides aminés étant les plus limitants dans la ration des chevaux, particulièrement ces dernières années avec des fourrages pauvres en protéines.
📍 Le cuivre
Le cuivre joue un rôle clé dans la mobilisation du fer et dans la synthèse de l’hémoglobine, ce qui le rend indispensable à la formation des globules rouges (on parlera d’anémie fonctionnelle). Le cuivre contribue également à protéger les globules rouges contre le stress oxydatif, limitant ainsi leur destruction prématurée.
➡ Le fourrage et la majorité des aliments distribués en quantité raisonnable ne permettent pas du tout de couvrir les besoins en cuivre des chevaux, il est donc indispensable de faire un apport adapté via une complémentation minérale.
De plus, l’absorption du cuivre peut être réduite en cas d’excès de fer et/ou de manganèse (ainsi que de zinc, mais les fourrages en étant faiblement pourvus, le risque est moins important).
Plus les apports en ces 2 éléments sont élevés dans la ration, plus il faudra équilibrer l’apport en cuivre.
➡ Tous les détails sur les besoins en cuivre et les apports du fourrage sont dans l’article complet.
📍 Les vitamines B
Les vitamines B, en particulier la B9 et la B12, jouent un rôle essentiel dans la production de globules rouges. Une carence entraîne une anémie mégaloblastique, caractérisée par des globules rouges de taille anormalement grande et inefficaces.
🦠 Chez le cheval, l’état de la flore digestive est déterminant pour la disponibilité de ces vitamines, car elles sont en partie synthétisées par les micro-organismes qui la composent.
Un bon soutien de la flore digestive est donc indispensable à chaque fois qu’un événement peut venir la perturber (chez le cheval, presque tout est un facteur de dégradation de la flore 🥲), et une complémentation en vitamine B à chaque période compliquée sera très utile pour prévenir les risques.
𝐄𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 :
L’anémie chez le cheval est rarement (pour ne pas dire jamais – sauf cas bien particuliers) synonyme de carence en fer.
✅ Comprendre les causes réelles (même si cela demande plus d'investigations et peut sembler plus coûteux au départ) est crucial car un diagnostic précis permet d’adapter la prise en charge et d’éviter des supplémentations inutiles ou contre-productives (qui finiraient par coûter bien plus cher en terme de santé et de dépenses associées).
De plus, la régulation étroite de l’absorption intestinale du fer chez le cheval ne doit pas être interprétée comme la garantie d’une tolérance illimitée aux apports excessifs. Ce contrôle physiologique vise précisément à limiter l’entrée du fer lorsque celui-ci est disponible en quantité suffisante.
➡ Il constitue ainsi un mécanisme de protection contre l’accumulation excessive plutôt qu’un argument justifiant de dépasser largement les besoins établis.