20/11/2025
SADISME, MASOCHISME ET SADOMASOCHISME : DÉFINITION, DIFFÉRENCES, ET ENJEUX DANS LE COUPLE
Le sadisme, le masochisme et le sadomasochisme sont des concepts souvent évoqués dans le champ de la sexualité, de la psychologie et de la culture populaire. Ils sont parfois associés à des pratiques sexuelles marginales ou “extrêmes”, mais leur réalité, bien plus nuancée, fait écho à la complexité des désirs humains. Comprendre leurs différences, la spécificité de ceux qui se définissent comme sadiques, masochistes, ou sadomasochistes, ainsi que les dynamiques qui peuvent naître dans un couple autour de ces tendances est important pour aborder la vie intime sans jugement et avec respect du consentement.
Le sadisme puise sa racine dans le nom du Marquis de Sade, écrivain du XVIIIe siècle dont les récits mêlaient plaisir, domination et cruauté. Sur le plan psychosexuel, une personne sadique éprouve du plaisir (souvent, mais pas uniquement sexuel) à infliger de la douleur, de la souffrance ou de l’humiliation à autrui. Il peut s’agir de douleur physique, mais aussi de pouvoir, d’humiliation verbale, de jeu de rôle où la domination est centrale. Le sadisme, pour la majorité des personnes concernées, s’exerce dans le respect du partenaire et dans un cadre consensuel. Toutefois, lorsque cette tendance conduit à infliger de la douleur sans consentement ou à générer des blessures profondes, elle sort alors du champ de la sexualité et devient une violence, qui peut être condamnée par la loi.
Le masochisme, qui a pour éponyme l’écrivain Leopold von Sacher-Masoch, se caractérise à l'inverse par la recherche de plaisir dans la douleur ou l’humiliation reçue. Les sensations douloureuses, physiques ou morales, sont vécues comme sources d'excitation, de libération ou d’apaisement. Comme le sadisme, le masochisme évolue sur un large spectre, de l’acceptation d’un petit inconfort ou d’une contrainte à la recherche de sensations intenses, dans des contextes rituels, sexuels, ou relationnels. Pour de nombreux masochistes, cette posture ne relève pas simplement du passif ou de la soumission, mais peut être aussi une manière de reprendre le contrôle de ses sensations ou de ses émotions à travers la douleur consentie.
Le sadomasochisme combine ces deux dynamiques dans une relation d’échange où le plaisir de l’un (donner douleur, dominer, humilier) rencontre le plaisir de l’autre (recevoir douleur, être dominé). Les partenaires alternent parfois les rôles, ou chacun garde une position dominante ou soumise selon ses préférences. Le sadomasochisme n’est pas simplement la somme du sadisme et du masochisme : il s’agit d’un véritable jeu de pouvoir négocié, avec ses rituels, ses codes et des principes de communication et de sécurité très forts (discussion en amont, mots de sécurité, consentement renouvelé). C’est ce cadre éthique qui le distingue fondamentalement de la violence ou de l’abus.
Il existe, cependant, des différences importantes entre les personnes qui se reconnaissent uniquement comme sadiques, uniquement comme masochistes, et celles qui se disent sadomasochistes :
- Les personnes “pseudo-sadiques” ou “sadiques exclusifs” retirent du plaisir uniquement à infliger la douleur ou la domination, et non à en recevoir. Elles préfèrent toujours le rôle de dominant, et n’apprécient pas, voire refusent, l’inversion des rôles.
- Les masochistes “purs” ou “exclusifs” ne sont excités que par la douleur ou la soumission subies, et n’éprouvent pas de plaisir à infliger de la douleur à autrui. Ils recherchent donc prioritairement la position de soumis.
- Les personnes dites “sadomasochistes” ou “switchs” apprécient aussi bien l’un que l’autre des rôles, et peuvent donner ET recevoir la douleur, alterner les positions selon les moments, les humeurs ou le partenaire. Cette versatilité permet plus de flexibilité, mais n’est pas systématique dans tous les couples.
La problématique dans la dynamique de couple
Ces différences soulèvent des enjeux importants dans la vie à deux. L’une des principales problématiques survient lorsque les désirs ou les préférences ne “matchent” pas parfaitement. Par exemple, il existe des partenaires qui souhaitent uniquement infliger la douleur (et ne veulent jamais la recevoir) face à des personnes qui aimeraient davantage échanger les rôles, ou inversement, des partenaires qui voudraient seulement la subir sans jamais la donner. Certains couples rencontrent aussi des situations où l’un n’éprouve pas de plaisir à la douleur, mais souhaite simplement faire plaisir à l’autre, ce qui peut à la longue générer des frustrations, des malentendus ou de la gêne.
Le cas n’est pas rare de rencontrer des couples où l’un recherche l’expérience sadique “pure” (donner de la douleur) tandis que l’autre recherche uniquement la position de soumis ou de masochiste (recevoir la douleur), ce qui peut fonctionner s’il y a un bon dialogue et une écoute attentive des limites de chacun. Mais lorsque le déséquilibre est trop lourd (l’un aspire absolument à alterner, l’autre jamais ; l’un ne veut pas du tout de douleur mais consent à en infliger “pour faire plaisir”, etc.), cela peut provoquer des tensions, de la culpabilité ou une sensation d’incompréhension. Pour ces raisons, la communication, la définition de règles communes, le respect du consentement et la capacité d’explorer ensemble sans forcer l’autre sont des éléments essentiels.
En conclusion, le sadisme, le masochisme et le sadomasochisme, dans leur version moderne et saine, abordent la diversité des désirs humains et la richesse du “jeu” dans la sexualité adulte consentie. Ils exigent toutefois un cadre fait de respect de soi et de l’autre, de confiance partagée, et de dialogue constant pour garantir l’épanouissement des deux partenaires dans la relation.
Source consultable :
- Dr Philippe Brenot, « Le sadomasochisme », dossier sur sexualité et pratiques B**M, Psychologies Magazine : https://www.psychologies.com/Couple/Sexualite/Aimer/Articles-et-Dossiers/Sadomasochisme-quand-la-douleur-devient-plaisir
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