21/11/2025
Être thérapeute, c’est une profession de foi. Quand j’ai choisi d’être naturopathe, puis psychopraticienne, je savais que ce métier n’offrait ni sécurité, ni garanties, ni certitudes. Ce n’est pas un travail que l’on fait “pour vivre”. C’est un engagement, une manière de tenir debout dans un monde où beaucoup s’effondrent en silence.
Mais du côté des personnes qui consultent, une autre réalité se joue, parce que nous vivons dans un pays bien particulier. En France, on a grandi avec l’idée que la santé doit être remboursée et que ce qui n’entre pas dans les circuits officiels est accessoire, presque étrange. Alors on hésite, on attend, on se dit qu’on verra plus t**d, quand vraiment il n’y aura plus d’autre choix. Ce n’est pas un manque de courage : c’est un conditionnement collectif tissé depuis longtemps.
Pourtant, chacun le sait intuitivement : la souffrance ne rentre pas dans les cases, encore moins dans celles du monde médical où elle est souvent tue à coups d’antidouleurs pour le corps, et à coups d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques pour l’esprit. La douleur déborde, dérange, ne suit aucun protocole. Et souvent, c’est en dehors des chemins convenus que le travail commence réellement. À cela s’ajoute un autre aspect : avec des tarifs conventionnés si bas, les professionnels de santé n’ont pas le temps d’écouter, d’entendre, de comprendre, et ce n’est d’ailleurs pas pour cela qu’ils ont été formés.
Alors que dans nos cabinets de thérapeutes, il est possible de se poser autrement, dans une présence qui ne dépend d’aucun remboursement, un lieu où l’on peut réellement entendre ce qui cherche à se dire. Quand nous sommes correctement formés, nous avons aussi un rôle à jouer auprès de celles et ceux qui traversent la souffrance.
Ce décalage — entre la profession de foi du thérapeute et l’hésitation du client — dit quelque chose de l’état actuel de notre culture, mais il ne dit pas tout. Car quelque chose bouge, lentement mais sûrement. De plus en plus de personnes franchissent la porte avant l’effondrement. Elles viennent parce qu’elles sentent que leur vie mérite mieux que de survivre en apnée. Elles viennent pour comprendre, pour relier, pour ne plus se perdre dans l’histoire qui les traverse.
L’espoir est là, dans chaque personne qui ose avancer hors des rails, dans chaque thérapeute qui tient la place coûte que coûte, dans chaque rencontre où la vérité trouve enfin un lieu pour respirer. C’est subtil, c’est fragile, mais c’est déjà en train de se faire. Et peut-être que, pour guérir, il faut aussi parfois sortir des sentiers battus.