15/01/2026
L'INTERNET DE LA TERRE
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La biologiste Toby Kiers remporte le “Nobel de l’environnement” pour ses travaux sur les réseaux mycorhiziens cachés et le rôle essentiel de ces champignons pour la vie sur Terre.
Article assez complet du Monde à ce sujet, réservé aux abonnés :
https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/14/le-nobel-de-l-environnement-attribue-a-une-specialiste-des-champignons-mycorhiziens-invisibles-mais-fascinants-et-essentiels-a-la-vie-sur-terre_6662105_3244.html
Un extrait quand même :
"Le Français Marc-André Selosse, microbiologiste et écologue, l’a rencontrée pour la première fois en 2003, à l’occasion d’un colloque sur la symbiose à Halifax, au Canada. « Elle m’avait marqué par sa vivacité et son intelligence. C’est quelqu’un qui sidère l’audience lorsqu’elle fait un exposé », se souvient-il. « Toby Kiers est l’une des meilleures scientifiques de la discipline, mais elle a aussi beaucoup de charisme et un pouvoir de conviction très fort, confirme Francis Martin, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et membre du conseil scientifique de la SPUN. Elle a réussi à convaincre des philanthropes américains de financer ce genre de recherche. Et elle fait un excellent marketing pour partager cette activité scientifique et susciter l’adhésion du public. »"
Traduction de cet article de France 24 en libre accès.
https://www.france24.com/en/live-news/20260114-scientist-wins-environment-nobel-for-shedding-light-on-hidden-fungal-networks
Washington (États-Unis) (AFP) – Sous la surface des forêts, des prairies et des terres agricoles du monde entier, d’immenses réseaux de champignons forment des systèmes d’échange souterrains qui troquent des nutriments avec les racines des plantes, agissant comme des régulateurs climatiques essentiels en captant chaque année 13 milliards de tonnes de carbone.
Jusqu’à récemment pourtant, ces « réseaux mycorhiziens » étaient largement sous-estimés : considérés comme de simples auxiliaires des plantes plutôt que comme l’un des systèmes circulatoires vitaux de la planète.
La biologiste évolutionniste américaine Toby Kiers s’est vu décerner le prix Tyler pour la réussite environnementale — parfois surnommé le « Nobel de l’environnement » — pour ses travaux ayant permis de rendre visible ce monde souterrain.
En cartographiant la répartition mondiale des champignons mycorhiziens dans un Atlas souterrain mondial lancé l’an dernier, Kiers et ses collègues ont contribué à éclairer la biodiversité du sous-sol — des connaissances susceptibles d’orienter les efforts de conservation visant à protéger ces immenses réserves de carbone.
Les plantes envoient leur excédent de carbone sous terre, où les champignons mycorhiziens captent 13,12 milliards de tonnes de dioxyde de carbone — soit environ un tiers des émissions totales liées aux combustibles fossiles.
« Je pense à toutes les manières dont le sol est utilisé de façon négative — avec des termes comme “sale type”, par exemple », a confié à l’AFP lors d’un entretien la professeure titulaire d’une chaire de recherche universitaire à la Vrije Universiteit Amsterdam, âgée de 49 ans. « Alors qu’un sac de terre contient une galaxie ! »
— Marketplace biologique —
Kiers a commencé à étudier les champignons à 19 ans, après avoir rédigé une demande de financement qui lui a permis de participer à une expédition scientifique dans les forêts tropicales du Panama : « et j’ai commencé à me poser des questions sur ce qui se passait sous ces arbres gigantesques, dans cette jungle d’une grande diversité ».
Elle se souvient encore très nettement de la première fois où elle a observé au microscope un arbuscule — la minuscule structure arborescente des champignons mycorhiziens qui pénètre les cellules végétales et constitue le site d’échange des nutriments — qu’elle a qualifiée de « si belle ».
En 2011, Kiers a publié dans Science un article fondateur montrant que les champignons mycorhiziens se comportent comme des négociants avisés sur un « marché biologique », prenant des décisions fondées sur l’offre et la demande.
Grâce à des filaments plus fins qu’un cheveu, les champignons fournissent du phosphore et de l’azote aux plantes en échange de sucres et de lipides issus du carbone.
À l’aide d’expériences en laboratoire, son équipe a démontré que les champignons déplacent activement le phosphore des zones d’abondance vers celles de pénurie — et obtiennent davantage de carbone en exploitant ces déséquilibres. Autrement dit, les plantes sont prêtes à payer un « prix » plus élevé pour ce qui leur manque.
Les champignons peuvent même thésauriser des ressources afin de faire monter la demande, adoptant des comportements qui rappellent les tactiques des traders de Wall Street.
Le fait que tout cela se produise sans cerveau ni système nerveux central soulève une question plus profonde : comment les champignons traitent-ils l’information — et les signaux électriques circulant dans leurs réseaux en détiennent-ils la clé ?
— Une dette de reconnaissance —
Plus récemment, Kiers et ses collègues ont encore fait progresser le domaine avec deux articles parus dans Nature, rendant ce monde caché plus visible que jamais.
L’un a dévoilé un système d’imagerie robotisé permettant aux scientifiques d’observer en temps réel la croissance, la ramification et la redistribution des ressources au sein des réseaux fongiques ; l’autre a cartographié la répartition mondiale des différentes espèces.
Cette analyse globale a livré un constat préoccupant : la majorité des points chauds de diversité fongique souterraine se situe en dehors des zones écologiquement protégées.
Les champignons étant largement ignorés par les cadres de conservation, Kiers a cofondé la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN) afin de cartographier la biodiversité fongique — et de plaider pour sa protection.
À l’occasion de l’attribution du prix, assorti d’une dotation de 250 000 dollars, SPUN lance cette semaine un programme « Underground Advocates » destiné à former des scientifiques aux outils juridiques nécessaires pour protéger la biodiversité fongique.
Son objectif, explique-t-elle, est d’amener les gens à renverser leur manière de penser la vie sur Terre — de la surface vers le sous-sol.
« La vie telle que nous la connaissons existe grâce aux champignons », affirme-t-elle, rappelant que les ancêtres algaux des plantes terrestres modernes ne possédaient pas de racines complexes et que leur partenariat avec les champignons leur a permis de coloniser les milieux terrestres.
(publié par Cyrus Farhangi)