08/02/2026
Aujourd'hui, c'est dimanche. Vous êtes donc bien sur Radio Truffière, je suis le Dendrobate Doctor et nous sommes ensemble pour faire l'état de la recherche sur l'épidémie de Covid-19 et le reste.
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Bienvenue à tous sur l'Echo des Labos.
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FAKE DE LA SEMAINE
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un fake que je voulais aborder depuis longtemps, mais je ne trouvais pas l’occasion adéquate pour ça.
Sauf qu’il s’avère que Babor vient de sortir une vidéo sur le sujet (que je vous recommande https://youtu.be/02sU0ffhuKg?si=OdWCz7a5GzkI0-rw), et donc c’est l’occasion idéale pour aborder la Miracle Mineral Solution, aussi appelée MMS, aussi appelée chlorite de sodium, aussi appelée « en vrai c’est pas tout à fait de la javel mais presque, sérieusement tu vas pas boire cette m***e quand même ? »
Et la réponse est, pour certains, si, sinon je n’en parlerais pas. Comme son nom l’indique, c’est un remède miracle. Il soigne tout : les cancers (et en vrai « tout ce qui est une maladie avec laquelle on n’est pas né directement » d’après le fondateur), la sclérose en plaques, la chute des cheveux (vachement plus grave que le cancer) et, bien entendu, l’autisme. Est-ce que cela implique qu’il y a des gens qui font boire de la javel à des enfants autistes ? Absolument, c’est même de plus en plus à la mode. Est-ce que c’est pas un peu beaucoup carrément dangereux ? Evidemment, c’est de la javel, vous croyez quoi, y a probablement votre pancréas en train de se faire seppuku tandis que vos intestins vous fuient par l’anus quand vous faites ça. Est-ce qu’il y a des répercussions, quelqu’un qui bouge pour faire stopper ça ? Allons, les enfants. Aux USA, c’est un ver dans le cerveau d’un conspirationniste qui est aux commandes et en France, on préfère croire les groupes Facebook que les « merdias ». Vous croyez que les mecs qui vendent ce truc risquent quoi que ce soit ?
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DECOUVERTE DE LA SEMAINE
Dans une collaboration fructueuse mais hélas de plus en plus rare, des équipes françaises (CNRS) et américaines (Harvard) viennent de mettre au jour un mécanisme crucial dans le développement de la maladie de Charcot.
Pour rappel, il s’agit d’une pathologie qui compte parmi les plus terribles au monde : vous êtes un adulte au sommet de sa carrière, en bonne santé, probablement avec une famille, et du jour au lendemain toutes vos fonctions motrices vont peu à peu commencer à disparaître. Vous resterez conscient et lucide jusqu’au bout, même lorsque vous perdrez la capacité à marcher, à écrire, à utiliser un ordinateur, à mâcher de la nourriture solide, à rester assis sans vous pi**er dessus et, finalement, à respirer sans assistance. C’est une des reines aliens des saloperies.
Retour à nos moutons. Enfin, nos souris. Oui, parce que, pour l’instant, les progrès sont dans des souris, mais les chercheurs ont réussi à les traiter pour, justement, empêcher (et pas juste ralentir, non, là on parle réellement d’arrêter) la dégénérescence des neurones impliqués dans le mouvement et qui ne font plus leur job.
Leur angle d’attaque est le suivant : dans plus de la moitié des cas familiaux de la maladie (où on a d’autres membres qui sont atteints), on trouve le même gène avec la même anomalie (« quoi ? mais du coup ça veut dire que c’est une maladie qui existe dans notre corps depuis la naissance et qu’on peut ni la coller sur le dos des vaccins ni la soigner en buvant de la javel ?! »), et ça fait que des portions de gènes qui devraient être ignorées lors de la copie de l’ADN dans nos cellules sont lues et traduites en protéines qui n’ont rien à fo**re là, et donc toxiques.
Pour une fois, plus que le papier en lui-même, j’ai envie de vous mettre l’explication que le CNRS fait du papier (là https://www.cnrs.fr/fr/presse/decouverte-du-mecanisme-essentiel-pour-enrayer-la-forme-genetique-la-plus-frequente-de-la) parce que c’est quand même plus clair quand on parle d’un truc très pointu. Mais en gros, ils ont sorti les ciseaux génétiques, ils ont enlevé au cœur des cellules la séquence qui pose problème, et pouf, les souris sont guéries. Pas juste la maladie ralentit, non. Guéries. Et c’est bien sûr un espoir immense, mais comme l’usage des ciseaux génétiques sur l’humain est un sujet très surveillé et réglementé, il faudra sans doute attendre encore un peu avant de voir des essais sur l’humain (même si, en vrai, il existe un moyen que ça aille vite : il n’y a à l’heure actuelle aucun traitement pour la maladie de Charcot, donc pas mal de gens pourraient solliciter l’usage « compassionnel » de cette méthode, ce qui veut dire « c’est un truc pas prouvé, mais en vrai, gars, on a tellement rien à te proposer que vas-y, si tu le veux, on te le donne », et on leur souhaite que ça leur soit accordé).
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PISTE DE LA SEMAINE
La recherche avance également sur la lutte contre les cancers, et en particulier celui qui fait encore le plus frémir à l’heure actuelle : le pancréas.
Découvert quasi-systématiquement trop t**d, ce type de cancer foudroyant laisse très peu de chances à ceux qu’il touche, avec un taux de survie à 5 ans d’à peine 5%. Qui plus est, à cause du changement de mode de vie, et en particulier de la détérioration de la qualité de l’alimentation, ce cancer augmente.
C’est donc une avancée très porteuse d’espoir qui a été faite par une équipe espagnole qui, en combinant plusieurs thérapies (pour le détail, vous pouvez lire ici https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2523039122) pour inhiber une série de trois gènes bien particuliers, est parvenue à stopper la prolifération des cellules cancéreuses, les rendant également plus sensibles au traitement classique, et permettant ainsi leur destruction sans réapparition pendant 200 jours (l’expérience ne va pas au-delà pour l’instant).
C’est super, mais comme d’habitude, c’est chez la souris, et le passage chez l’humain risque d’être long (même si, là aussi, le pronostic très sombre de la maladie devrait faciliter les usages compassionnels).
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IMPASSE DE LA SEMAINE
La rougeole se répand comme une trainée de poudre aux USA. Alors que 2022, 2023 et 2024 avaient à peine plus de 500 cas à elles trois, 2025 a cumulé à plus de 2000 cas et 2026 s’annonce encore plus grave, le premier mois de l’année ayant, à lui seul, cumulé plus de cas que 2024. Le CDC a beau être sous contrôle de Bobby Goa’uld Kennedy, les chiffres qu’il produit, eux, ne mentent pas. Pas encore.
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MAUVAISE NOUVELLE DE LA SEMAINE
Après la récente très grave agression d’une enseignante par un élève manifestement très perturbé, un constat sans appel est à remettre sur le devant de la scène : sans argent permettant l’accès aux consultations libérales, il faut entre 6 et 18 mois pour obtenir un suivi en pédopsychiatrie, aujourd’hui, en France.
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BONNE NOUVELLE DE LA SEMAINE
La semaine prochaine, c’est la St-Valentin. Vous avez horreur de cette fête ? Vous pensez encore à votre ex qui [insérer ici suffisamment de malédictions pour que ses descendants aient une vie mouvementée sur 6 générations] ? Vous êtes parfaitement heureux en mariage, pas une ombre au tableau, si ce n’est l’insupportable collègue de la compta qui dr**ue votre moitié comme s’il était le dernier mâle reproducteur sur Terre ?
Bonne nouvelle, vous pouvez évacuer votre frustration ET participer à la protection animale ou la préservation de la biodiversité ! Plusieurs institutions zoologiques vous proposent, par exemple, de nommer après l’infidèle un animal qui sera donné en pâture aux pensionnaires le nécessitant (le zoo de San Antonio vous donne le choix entre un cafard et un rat qui sera ensuite donné à manger aux pensionnaires https://give.kshumane.org/campaign/758856/donate?c_src=LO0126WB1t et de lui donner le prénom de votre ex (le zoo de Birmingham le fait avec la blatte de Madagascar https://www.birminghamzoo.com/2026/01/08/birmingham-zoo-offers-a-hilariously-honest-valentines-day-fundraiser-name-a-cockroach-after-your-ex/), ou de financer les besoins de refuges animaliers en traçant le prénom de votre ex…dans de la litière pour chat (la Kansas Human Society https://give.kshumane.org/campaign/758856/donate?c_src=LO0126WB1 le propose mais elle est très loin d’être la seule).
Vous avez le droit d’être mesquin, c’est pour la bonne cause.
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« QU’EST-CE QUE PU**IN DE QUOI ? »
C’est l’histoire de Laura. En tout cas, c’est sous ce prénom d’emprunt que la désigne l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone (ici, si vous parlez espagnol https://elpais.com/salud-y-bienestar/2026-02-02/vall-dhebron-realiza-con-exito-el-primer-trasplante-de-cara-del-mundo-a-partir-de-una-donante-que-recibio-la-eutanasia.html). Laura, pour des raisons qui ne regardent que elle et ses médecins, a décidé qu’il était temps pour elle de mourir. Quoi que soit sa vie, elle estime que plus rien, en son sein, ne vaut le coup qu’elle continue à se l’infliger. Laura est donc entrée dans un programme d’euthanasie, mais elle est embêtée. En effet, l’euthanasie provoque l’arrêt cardiaque par injection de plusieurs substances mortelles. Et elle disqualifie donc les personnes euthanasiées du don d’organes. Mais Laura interroge ses médecins, elle voudrait que sa mort serve à quelque chose, que ça rende service à quelqu’un. Et l’hôpital a une idée f***e. Car au sein de cet hôpital, bagarre Carme (aussi nommée ainsi pour anonymat). Carme a un jour contracté une bête infection sur une petite plaie à la joue, et la bactérie dedans lui a dévoré le visage avant que les médecins ne parviennent à lui faire la peau. Carme ne peut plus manger, sourire, parler. Carme a, désespérément, besoin d’une greffe. Et Carme et Laura sont compatibles. Les médecins vont alors expliquer à Laura qu’elle ne peut pas donner ses organes, c’est vrai, mais elle peut donner ses tissus, des éléments de son corps qui ne seront pas altérés par les produits qu’on va lui injecter pour la faire mourir. Et Laura, avant de choisir la mort, accepte de donner son visage à quelqu’un qui en a besoin d’un nouveau pour vivre.
Il s’agit de la première greffe de visage au monde pour laquelle les chirurgiens auront eu le temps de préparer les découpes, modéliser la reconstruction, et préparer les jonctions. Parce qu’elles étaient avant cela toujours faites dans l’urgence, avec un donneur décédé accidentellement, les greffes de visage étaient jusqu’à présent très mal préparées au regard de la complexité de l’opération. Aujourd’hui, Carme parle et boit son café sans paille. Elle apprivoise peu à peu son nouveau visage, celui d’une femme qu’elle ne connait pas et n’a jamais rencontrée. Mais qui a, vraisemblablement, été jusqu’au bout un être humain formidable.
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POINT METHODE DE LA SEMAINE – tomber dans une secte, cas d’école
Il existe énormément de raisons de tomber dans une secte. En vrai, il en existe autant que de trajectoires, mais on peut relever des patterns tout de même. La chute se produit souvent dans des moments de grande fragilité, comme il en arrive à tout le monde. Et un cas a été particulièrement mis en lumière dans une enquête du Guardian (https://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2025/nov/22/free-birth-society-linked-to-babies-deaths-investigation) : l’accouchement.
Je ne parle pas des cas qui surfent sur les peurs pendant la grossesse et qui vous font faire ou manger n’importe quoi, ni de tout ce qui tourne autour de la parentalité et de son cortège d’anti-tout (antivax, anti-médicaments, anti-écrans etc.). Ici, il va juste être question de l’accouchement. Un moment particulièrement dangereux pour tous les mammifères, encore plus quand ils ont eu l’idée géniale de continuer à développer la taille de la tête sans élargir celle du bassin. Un moment où, à part sous un camion au milieu d’un accident de la route, l’humain est à son point le plus vulnérable. Un moment où les hormones qui do**hent l’encéphale font qu’il est le moins rationnel aussi. Et un moment où les violences institutionnelles, gynécologiques et obstétricales recensées depuis des années (l’INSERM estime qu’elles concernent un quart des accouchées, une paille pas vrai) font qu’il est de plus en plus difficile de se reposer sur les autres pour se sentir en sécurité.
C’est sur cette base légitime, évitable et mal prise en charge qu’est née la Free Birth Society. La FBS se concentre sur l’accouchement (qui devrait être à domicile, sans médecin ni sage-femme, jamais provoqué peu importe les conditions médicales liées… et sans réanimation néonatale) mais il y aussi quelques dingueries autour (comme le fait de refuser les échographies ou les examens pré-nataux). Evidemment, vous en doutez, ce truc ne peut prospérer qu’un certain temps : l’issue de ce genre de choix est fatale (ou au mieux délétère) beaucoup, beaucoup trop souvent pour passer inaperçu.
La FBS est fondée par la doula Emilee Saldaya (dont la fortune est estimée à 13 millions de dollars aujourd’hui, amassée grâce à sa secte), actuellement poursuivie dans plusieurs pays pour exercice illégal de la profession de sage-femme, dans des affaires variées dont plusieurs ont impliqué la mort de l’enfant à naître, de sa mère, et parfois des deux. Des femmes qui étaient en position de grande vulnérabilité, et qui étaient incapables d’écouter qui que ce soit d’autre que cette femme leur expliquant, alors qu’elles en étaient à leur 6e jour de travail, que tout allait bien, que l’accouchement était un acte sûr, bien plus sûr chez elle qu’avec des médecins. Incapables d’écouter autre chose, alors même que leurs vies en dépendaient. Et je pense que cela devrait inviter à la prudence n’importe qui, lorsqu’on se demande comment des gens peuvent bien ne pas se rendre compte qu’ils sont dans une secte et que quelque chose cloche. Lorsque la mauvaise personne trouve votre vulnérabilité et s’y accroche, votre vie en dépendrait que vous ne pourriez pas la décrocher. Et tout le monde, un jour ou l’autre, est vulnérable.
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En espérant avoir pu apporter un peu de lumière dans le chaos ambiant, je rends l'antenne, et on y retourne la semaine prochaine, car l'épidémie ne se termine pas avec la Chandeleur (mais attention aux perroquets quand vous faîtes des crêpes, les vapeurs de teflon sont mortellement toxiques pour eux). En attendant, prenez soin de vous et des chercheurs qui bossent dur, et, aimez la science, la vraie, et ceux qui la font. Bisous.
Crédits illustration : Tom Gauld