07/05/2024
« Quand j’arrive le matin, je fais les transmissions avec mes collègues de la nuit. En général, il y a une dizaine de femmes dans le service, mais parfois elles sont 12, 13, 14. Sans compter les bébés bien sûr. On fait le point sur les priorités, les besoins de chacune… Mais la plupart du temps, la priorité, c’est faire les lits avec l’auxiliaire de santé. »
Cette tâche d’hygiène de base ne fait pas partie des attributions d’Agate. Mais face au manque de bras et de moyens, elle participe comme elle peut à l’effort général.
Le nombre de patientes qu’Agate gère chaque jour est évidemment très aléatoire.
Émue, elle se remémore sa journée de la veille. Seule, Agate a dû gérer deux patientes dont les besoins étaient radicalement opposés. Dans une chambre, une femme donne naissance à son deuxième enfant. Dans la chambre d’à côté, une autre femme subit une interruption médicale de grossesse (IMG, avortement thérapeutique, réalisé uniquement lorsque la santé de l’enfant ou de la mère est en cause). La sage-femme souligne la difficulté de la situation :
« Vous imaginez ? Passer d’une femme heureuse, où tout se passe bien, à cette autre femme qui va donner naissance à son bébé sans vie d’un moment à l’autre ? Une IMG, ce n’est pas juste prendre un médicament. Nous, notre rôle, c’est aussi qu’il y ait une prise en charge psychologique des femmes dans ces moments-là.Quand j’étais avec l’une, je pensais à l’autre. Et quand j’étais avec l’autre, je pensais à la première. »
Agate s’interrompt quelques secondes. Les larmes embuent ses yeux bleus foncés. « Désolée, mais c’était très dur ». La jeune femme raconte encore que ses collègues étaient toutes occupées avec d’autres patientes. « Forcément, après, quand je rentre chez moi le soir, j’ai l’impression de ne pas avoir donné le meilleur accompagnement possible à chacune de ces femmes. » 💬
Agate Le Mellec, sage-femme de 32 ans.
« Mépriser les sages femmes c’est mépriser les femmes ».
Plus qu’un métier, le socle d’une société. Continuons à nous mobiliser pour nos héroÏnes de l’ombre. 🤍