19/04/2026
J’observe que nous avons perdu l’art de l’errance.
Regardez autour de vous : dans la rue, personne ne marche « pour rien. » Nous marchons vers un rendez-vous, ou une destination déjà pré-définie. Nous marchons avec un téléphone à la main pour combler le trajet, ou des écouteurs pour ne pas entendre le bruit de nos propres pas. Nous avons transformé le déplacement en une simple transition entre deux utilités.
J’observe que cette marche utile est une autre forme de clôture. Nous sommes tellement focalisés sur la destination que nous ne voyons plus le chemin.
Pendant les séances de Walking thérapie, ce besoin de savoir « où nous allons » est assez immédiat à observer. Il y a une forme d’anxiété à l’idée de juste déambuler, sans itinéraire précis. Mais je crois que c’est quand le GPS interne se coupe que nous descendons vraiment dans le corps. Quand nous acceptions de nous perdre un peu géographiquement que nous finissons par nous retrouver intérieurement. De quoi avons-nous peur dans l'errance ? Probablement de l'imprévu. De ce qui pourrait surgir si nous ne sommes pas occupés à arriver quelque part. Nous avons peur que le vide du trajet nous force à regarder ce que nous fuyons d'habitude.
Pourtant, la pensée a besoin d'espace pour se déployer. Elle a besoin de ce rythme lent, sans but, où l'œil peut enfin se poser sur un détail inutile,, un sentier cabossé, un reflet dans l'eau, le balancement d'une branche.
J’observe que c’est souvent sur les chemins qui ne mènent nulle part que nous faisons les plus grands voyages.
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Melissa | La Psy qui sort du cadre ☀️