12/01/2026
Elle avait 63 ans, pas d’argent, un vieux cheval et deux années à vivre. Alors elle traversa les États-Unis à cheval pour voir l’océan avant de mourir.
En 1954, Annie Wilkins avait tout perdu.
Elle vivait dans le Maine. Elle était fermière. Elle avait 63 ans. Sa ferme avait été saisie. Elle n’avait plus de famille proche. Pas d’économies. Et son médecin venait de lui annoncer une phrase qui ne laisse aucune place aux projets à long terme :
Il lui restait, au mieux, deux années de vie.
Le conseil fut clair et pratique.
Qu’elle s’installe dans la maison de retraite du comté.
Qu’elle se repose.
Qu’elle attende.
Annie écouta.
Puis elle fit exactement le contraire.
Car il y avait une chose qu’elle n’avait jamais faite de toute sa vie.
Voir l’océan Pacifique.
Elle vendit donc le peu qu’elle possédait, acheta un vieux cheval brun, castré, nommé Tarzan, prit son chien Hurry Up, enfila une salopette d’homme et, à la mi-novembre 1954, quitta son carrefour rural… vers le sud.
Elle n’avait pas de carte.
Pas d’itinéraire.
Pas de plan.
Elle n’avait qu’une idée : avancer.
Et une foi très simple : croire que, au fond, les gens étaient bons.
Annie ne traversa pas un pays de cartes postales.
Elle traversa un pays en pleine transition.
Les États-Unis se couvraient d’autoroutes. Les voitures roulaient toujours plus vite. Les petits villages se vidaient. Les portes commençaient à se fermer à clé. La télévision entrait dans les foyers.
Et, sur les marges de ce monde moderne, avançait une femme âgée à cheval, avec un chien maigre et quelques affaires.
Pendant deux ans, Annie parcourut plus de 4 000 kilomètres.
Elle traversa des tempêtes de neige.
Franchit des rivières à gué.
Passa des montagnes.
Dorma dans des granges, des fossés, des arrière-cours et des stations-service.
Elle se cramponnait aux bas-côtés étroits tandis que les voitures frôlaient Tarzan à toute vitesse.
Parfois, elle ne savait pas où elle se trouvait.
Parfois, elle ne savait pas qui l’aiderait.
Mais il y avait toujours quelqu’un.
Une famille qui lui offrait à manger.
Un fermier qui lui prêtait une étable.
Un mécanicien qui ferrait Tarzan gratuitement.
Une femme qui lui donnait une couverture.
Les gens voyaient Annie… et choisissaient d’être meilleurs.
En chemin, elle rencontra des artistes comme Andrew Wyeth, qui dessina Tarzan. Elle apparut à la télévision avec Art Linkletter et Groucho Marx. On lui proposa du travail, des maisons, des mariages.
Elle refusa tout.
Non parce qu’elle n’en avait pas besoin.
Mais parce qu’elle n’avait pas encore atteint l’océan.
Et puis, un jour, après deux ans de poussière, de froid, de fatigue et de bonté humaine… elle arriva.
Annie Wilkins vit le Pacifique.
Pas comme une touriste.
Pas comme une gagnante.
Mais comme quelqu’un qui avait décidé que sa vie ne se terminerait pas dans l’attente.
La femme à qui l’on avait donné deux ans à vivre en vécut bien davantage. Elle écrivit un livre. Raconta son histoire. Et laissa quelque chose qui ne se mesure pas en kilomètres, mais en permission :
La permission de ne pas abandonner quand le monde ne t’offre qu’une chaise pour t’asseoir et attendre.
Parfois, tu n’as pas besoin de force.
Ni de jeunesse.
Ni d’argent.
Parfois, tu as seulement besoin de décider que tu n’as pas encore fini.
Et de faire le premier pas.
Même avec un vieux cheval, un chien fidèle et une idée impossible.
Auteur inconnu