13/01/2026
✋ LE RÔLE DE L’OSTÉOPATHE, LA CONTRAINTE ET LE CONSENTEMENT ✅
🤲 Reprenons un point basique mais essentiel : l’ostéopathe (animalier ou humain) est un thérapeute manuel. Il utilise ses mains — et uniquement ses mains — pour appréhender le corps de son patient, identifier les dysfonctions qui brisent l’harmonie et accompagner le corps vers un nouvel équilibre.
Il y a donc, par définition, une nécessité de contact lors d’une séance d’ostéopathie.
💥 Pourquoi enfoncer des portes ouvertes ?
Parce qu’en 2025, j’observe une évolution de l’éducation (canine et équine notamment) qui me questionne profondément. À force de vouloir une liberté totale pour nos animaux, on oublie parfois une chose essentielle : la liberté ne peut exister que si elle est contenue par un cadre.
Aujourd’hui, poser un cadre est parfois perçu comme de la maltraitance. Or, le cadre, ce n’est pas la violence. Ce n’est pas tabasser son animal à coups de pelle. C’est lui apprendre ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas — et dans la majorité des cas, c’est indispensable pour des raisons de sécurité (coucou le cheval de 500 kg qui se cabre quand on lui demande un pied 👋).
Dans mon métier, le premier cadre que je demande est simple : un chien qui tolère le contact et n’essaie pas de mordre au premier regard. Si un chien n’est pas prêt à être touché, je ne suis pas la bonne personne pour travailler sur lui. Non, le chien ne comprend pas spontanément que je suis là “pour son bien”. Et non, je ne prendrai pas le risque de me faire mordre pour désensibiliser un chien : ce n’est ni mon rôle, ni mon domaine de compétence.
Deux options existent alors :
🔘 Travailler en amont avec un professionnel qualifié de l’éducation ou du comportement
🔘 Ou accepter une contrainte temporaire lorsque la séance est nécessaire (tenir le chien, le museler si besoin. La muselière n’est pas une punition encore moins une étiquette “chien méchant” : c’est une sécurité, pour tous. Si le chien mord, il blesse quelqu’un et finit en contrôle mordeur..).
En 2025, j’ai vécu trois séances particulièrement difficiles. Trois fois le même scénario. Trois fois le même sentiment d’échec et d’incompréhension.
🔴 Trois jeunes chiens présentés comme “peureux” par leur propriétaire, alors qu’ils sont arrivés au cabinet déterminés, queue droite et avec une assurance maximale ➡️ mauvaise lecture/interprétation des émotions du chien par leur humain.
🔴 Trois chiens totalement intolérants au contact physique ➡️mauvaise attente vis à vis de l’ostéopathe.
🔴 Trois chiens totalement abandonnés par leurs propriétaires et laissés en roue libre pendant la consultation, les humains refusant de les tenir pour “ne pas contraindre” ➡️mauvaise définition de la contrainte.
🔴 Trois chiens ayant tenté de mordre au premier contact, malgré les “il est gentil, juste un peu peureux” ➡️mise en danger du professionnel.
Alors parlons franchement de la contrainte.
👉 Tenir un chien est-il une contrainte ? Oui.
👉 Mais une contrainte est-elle forcément violente, abusive ou traumatisante ? Non.
Le chien n’a pas pris son téléphone pour prendre rendez-vous. C’est vous qui avez estimé que votre animal avait besoin d’un soin ostéopathique. Or, je le rappelle, l’ostéopathie est une thérapie manuelle : je dois pouvoir toucher votre chien.
🤔 Et souvent, j’ai besoin de votre aide. Vous êtes son référent, la personne en qui il a confiance. C’est à vous de le guider vers ce qu’on attend de lui. Le laisser totalement décider dans un contexte qu’il ne comprend pas, c’est le placer en insécurité : c’est comme laisser son gamin dans un pays dont il ne parle pas la langue, sans carte (ni téléphone, on est en 2026 pardi !), ni instructions et lui dire : “fais comme tu veux”. Sans repère, sans cadre et sans accompagnement, la liberté devient une charge, pas un confort.
🤯 Laisser prendre toutes les décisions à son chien n’est pas une bonne idée selon moi. Si vous faites partie de ces gens, leaders dans l’âme, qui ne doutent jamais et affrontent la vie avec force et audace, je vous admire, vous n’avez besoin de personne (spoiler alert : ou pas !). Mais si, comme moi, vous faites partie des gens un peu plus timides, réservés, angoissés chroniques, anxieux… vous êtes certainement bien contents d’avoir une main à tenir lorsque les difficultés s’accumulent. Et que quelqu’un prenne des décisions à votre place, quand vous n’en êtes pas capable.
Prendre toutes les décisions, c’est une charge mentale. Quand on est dans l’émotion, encore plus. Votre chien, quand il vient au cabinet se faire manipuler, n’est pas en état de prendre toutes les décisions. Vous devez l’aider, le soutenir.
Et le consentement, alors ?
✅ Le consentement total, dans le cadre très précis d’une séance d’ostéopathie animale, est selon moi une utopie bienveillante mais irréaliste, à quelques exceptions près (coucou Nicky, le chouchou number 1 ever 👋).
👐 Une fois sur la table, il faut le tenir, non pas pour l’immobiliser de force, mais simplement lui éviter de sauter et se blesser. Et accessoirement pour que je puisse sentir quelque chose, maintenant que je peux le toucher. De manière générale, je m’adapte au maximum aux chiens que je reçois, du petit papy grognon au jeune chien de ring complètement azimuté (coucou Riddick ! 👋). Mais je ne peux rien faire sans vous. Et sans un minimum de “contrainte”. Mais ce n’est pas parce que votre chien n’est pas totalement consentant qu’il est terrorisé / traumatisé / en détresse profonde.
😉 Accepter un inconfort temporaire (45 minutes), une à deux fois par an, pour aller mieux, me semble tout à fait envisageable pour n’importe quel individu — humain ou animal.
🚪 Cette contrainte est aussi parfois indispensable à ma séance. Je m’explique : quand je travaille sur le corps de votre animal, je cherche une zone de rétention d’énergie, je la trouve et alors je mets en tension tous les tissus autour, je verrouille toutes les portes de sortie, sauf une seule : celle que je veux faire emprunter au chien. Cela crée un léger inconfort (pas de douleur), une sensation de déséquilibre. Le corps cherche, résiste parfois, puis finit par trouver la voie de libération.
🪂 Lorsque le corps résiste, surtout, je ne lâche pas. Si je le fais, ce serait comme pousser quelqu’un dans le vide sans élastique ni parachute.
🦸♂️ Mon contact constant et ma pression permanente disent au corps :
“Je suis là. Je ne te lâche pas. Tu ne vas pas tomber. Cherche encore la sortie, elle n’est pas loin.”
C’est ce que l’on appelle en ostéopathie un fulcrum.
Selon Pierre Tricot : « Le fulcrum est un point puissant d’immobilité autour duquel le mouvement s’organise. »
🌳 Lors de mes séances, je m’astreins à être ce fulcrum : ce point d’appui stable et solide sur lequel le corps de mon patient peut s’appuyer pour se libérer.
Et pour obtenir cette confiance, il faut parfois accepter un peu de contrainte.
🌿 Respecter un animal, ce n’est pas tout lui laisser décider.
🌿 C’est parfois le guider, le contenir et l’accompagner, quand il n’est pas en capacité de le faire seul.